‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 105 sur 168 · LE SOUVERAIN BIEN · texte numérisé non relu

LE SOUVERAIN BIEN

réunion des deux termes et dans leur ^subordination. Là, pour l'homme, et là seulement sera pour lui, la vie heureuse^ à la fois le bien et le bonheur^ telle que sa nature le comporte.

Yoilà ce qu'on trouve exprimé partout avec une parfaite et rigoureuse clarté, comme caractère et application constante du principe, en opposition aux autres doctrines, à celles des sophistes, des cyrénaïques, des mégariques et des cyniques.

Le souverain bien ne sera ni dans la vie ^e plaisir, comme le prétendent les hédoniques, ni dans la vie de pure sagesse, comme disent les mégariques, mais dans l'un et dans l'autre et dans leur juste accord. 11 ne sera pas non plus dans la vie privée de toute jouissance, comme le veulent les cyniques.

Chacun de ces principes obtiendra sa part, sera mis à sa place et à son rang, selon la loi de subordination que la raison leur assigne. Dès lors, les rangs seront ainsi fixés entre les diverses parties, dont se compose le souverain bien : 1° au premier rang la mesure, t6 jjiéTpov, pTpLOTTjç; 2° son effet, ce qui en résulte dans le monde réel, la régularité, l'ordre, l'harmonie; 3^ au troisième degré, l'intelligence, voG;, la sagesse, cppàv-^io-iç, 4° au quatrième degré, les arts et les sciences qui s'accordent avec l'opinion vraie; 5"* au cinquième degré, les plaisirs exempts de peines, purs, xaSàpa;, à).'j7ro'j;.

En ce qui est du plaisir grossier des sens, de la volupté non réglée, Platon ne lui assigne aucune place, pas même le sixième rang. — « Au sixième il faut s'arrêter. » Est-ce à dire qu'il exclut totalement le plaisir sensible? Ce serait contraire à ce qui est en d'autres endroits. Mais lui-même, pour être bon, doit être réglé, soumis à la loi de tempérance et de sobriété. Alors lui-même a sa place quoiqu'il ne puisse être pris pour fin. 11 est un moyen; ce qu'il a d'impur et de grossier disparaît. Ainsi en est-il des plaisirs de la vue, de l'ouïe, etc.

Par cette échelle graduée, dont quelques degrés se ressemblent, et qu'il ne faut pas, selon nous, prendre trop à la lettre, Platon a voulu marquer la distance des deux principes en question, du bien et du plaisir, ou de la jouissance sensible. Il n'exclut pas celle-ci lorsqu'elle-même est réglée, mais les plaisirs faux, trompeurs, excessifs, opposés au bien réel et

véritable, au bien moral, également opposés à la sagesse, voisins de la folie et qui y conduisent et d'où naissent avec rintempérance les autres vices.

Tel est le sens de cette théorie dont le résultat général seul doit être maintenu, à savoir :V ordre, la proportion^ la régularité comme déterminations générales de Vidce du bien.

C'est donc Vordre, \di proportion, la loi qui, dans le réel, révèlent la présence du bien. L'univers entier est Y ordre; il en tire son nom, xot^jio^ [Gorgias^ 207). Il faut l'entendre au moral comme au physique.

On voit le caractère à la fois moral et esthétique de la morale platonicienne, mais moral avant tout. Le principe ne permet pas qu'il en soit autrement; cela deviendra plus marqué encore et plus formel dans tout ce qui suit. En possession de ce principe, nous pouvons passer aux applications plus particulières qui contiennent cette grande doctrine, et dont la principale , la première , encore générale , est la théorie de la vertu et des vertus y \ arétologie platonicienne .

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