‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 107 sur 168 · LA VERTU EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LA VERTU EN GÉNÉRAL

retrouve dans chaque vertu particulière comme dans la vertu en général. La définition du vice ou du mal, de la perversité, est la même; c'est le renversement de Tordre. Tourné en habitude, cet état deviendra le vice, la maladie de Came. Prolongé, cet état contraire à la nature de l'être doit l'affaiblir, l'altérer, le corrompre et finalement le détruire *.

Cette idée, celle de la vertu et du vice, se trouve partout dans Platon; c'est le fond de toutes les maximes qui remplissent ses écrits. Elle s'applique à la solution de toutes les questions de la morale soit privée, soit sociale, aux problèmes les plus élevés de la politique, de l'éducation, comme à d'autres d'une nature plus élevée et mystérieuse, de l'immortalité de l'âme et de sa destinée future. (Voy. supra.)

Pour bien en juger, selon lui, il ne faut pas s'en rapporter à Yopinion vulgaire. On ne doit pas se fier surtout aux apparences; mais pénétrer au fond de l'être, interroger sa nature intime, voir s'il est ou n'est pas réellement conforme à sa loi, si chaque partie de cet être, elle-même, est ce qu'elle doit être, si elle accomplit sa fonction, si elle se tient à son rang, n'empiète pas sur les autres, si par là l'être entier obéit à sa loi. C'est ainsi, nous dit-il, qu'on verra si l'homme est vraiment vertueux, ou s'il ne l'est pas. (Voy. Gorgias^Rép,, Lois.) On verra aussi par là même s'il est ou n'est pas heureux. C'est ainsi qu'on pourra résoudre toutes ces questions relatives au bien, à la vertu, au bonheur des individus et des États comme des particuhers.

Platon est invariable sur ces maximes. Il v revient sans cesse, partout il les applique et par là résout les difficultés; il en tire les conséquences à la vie sociale, politique et individuelle.

La liberté morale ou le libre arbitre est-elle nécessaire pour constituer la vertu? Ce point très grave de la doctrine platonicienne est loin d'être aussi clair et facile à décider. Par sa gravité, il mérite un examen particulier.

\. « La vertu, c'est la santé, la bonne habitude de l'àme. Le vice est la maladie. Etre vicieux c'est loger en soi le mal et le desordre, dans sa nature intime, au fond de son être, un mal qui doit l'alTaiblir, le rendre misérable et finalement le détruire. » (Voy. liép..^ X.)

Pour ne pas rompre ici la marche des idées, nous continuons cet exposé de ce qui a trait à la vertu morale.

Si l'on vient à déterminer d'une façon plus précise cette idée et à l'appliquer, il n'y a qu'à considérer l'homme, dans sa nature complexe, dans chacune des parties qui le composent, et dans leur rapport véritable. Or, on le sait, l'homme se compose d'abord de deux natures intimement unies, Vdme et le corps. L'àme, c'est l'homme même, l'homme véritable. Cette partie divine et supérieure doit commander au corps; le corps doit lui obéir, et jamais ce rapport ne doit être interverti ni changé. (Voir supra.) De plus, c'est en vue de l'àme, non en vue du corps, que tout, même dans le corps, se fait ou doit se faire, du moins dans la conduite de l'être moral. Il doit en être ainsi même des actes qui ont pour objet le corps; car c'est l'âme qui est en réahté l'homme, à elle tout doit se rapporter.

Tel est ici l'ordre dont l'observation constante ou habituelle doit constituer la vertu.

Dans l'àme (voir supra) elle-même, il y a trois parties distinctes, ayant chacune leur fonction particulière : la raison {'^oûq)^V appétit noble (9u[ji6ç), et Vappétit sensible (£7r'.GjjLrjTt.xov). Ces trois parties de l'âme doivent être dans un parfait accord. Aucun trouble ni désaccord ne doit exister entre elles. Pour cela, le rapport doit être maintenu entre la partie haute., la basse et la moyenne., tel que leur nature elle-même le veut et le prescrit. Jamais la partie basse ou moyenne ne doit usurper la place et le rang de la première, qui seule doit commander. L'empire que celle-ci, la raison, doit exercer sur les autres, doit être constamment conservé. Toutes deux doivent être soumises à la raison qui est la puissance souveraine. Le courage doit lui prêter main-forte, les appétits rester soumis à Tune et à l'autre.

C'est là le bon état, l'état naturel de l'âme, ce qui constitue l'équilibre, l'harmonie dans l'être humain.

La vertu dans l'homme, ce sera donc le bien, résultant de cet accord et de cet équilibre. Maintenir cet accord, le rétablir, s'il est violé, sera le but et la règle suprême. Elle sera présente à l'esprit de quiconque voudra s'occuper des atlaires

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