‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 108 sur 168 · LA VERTU ET LE BONHEUR · texte numérisé non relu

LA VERTU ET LE BONHEUR

humaines, soit privées, soit publiques, du moraliste et de l'éducateur, de l'homme d'État, du législateur, etc.

De plus, puisque chez Platon, comme on Ta vu, il y a non seulement accord, mais à peu près identité entre ces idées, le bien^ le vrai^ le beau^ lejuste^ etc., on doit retrouver partout chez lui comme synonymes ces mêmes termes ou expressions : la vertu et la beauté, le vice et la laideur, la vertu et la justice, l'injustice et le vice. Ainsi, la vertu est l'harmonie en toutes choses, koevri àpjjiovia [Théétète^ 176), ri o-ujjLcpwvU ^upiTTao-', àpsTYi {Lois^ 232; Rép,^ IV).

Ceci est le point de vue moral.

Si on s'élève plus haut jusqu'au principe supérieur d'où le bien ou la vertu dérive, la vertu, au point de vue religieux, sera la ressemblance avec Dieu, Teffort constant pour lui ressembler , sU o^-ov ûuvaxov àvQpwTicL) LijAO',ouo-Ga!. Gstp {Rép., X, 613).

C'est la définition finale, qu'ont admise, répétée et copiée, avec des nuances à peine différentes, les moralistes des écoles idéalistes suivantes, Aristote lui-même, les Stoïciens, les Alexandrins et leurs disciples, Plutarque, Gicéron, Sénèque, Marc-Aurèle, etc.

IL La vertu et le bonheur. — Ici reparaît, sous une face nouvelle, cette question, déjà plus haut traitée, du rapport entre les deux idées dont se compose le bien ou le souverain bien (voir supra), A la vertu qui est le bien moral est attaché le bonheur. Gela est vrai pour Platon comme pour Socrate. On a vu les différences. De même le vice ou la méchanceté ont pour conséquence le malheur^ malheur inéluctable, distinct d'un faux bonheur qui n'est qu'apparent et n'est jamais enviable. Ces idées qui sont partout dans Platon, on ne voit pas qu'il les définisse. Mais la notion est facile à dégager de toute la doctrine et du langage qui l'exprime.

Le bonheur, £L»oa'.|jLovia, c'est la joie intime et profonde qu'éprouve, au dedans de lui-même, l'être raisonnable qui se sent d'accord avec lui-même ou avec le bien, l'essence de sa raison. C'est le perpetiium et constans mentis gaudium^ tel que le décrivent les moralistes postérieurs, les Stoïciens sur-

tout (Sénèque, de Vit. beat.). De cette union intime avec le bien, de la conscience de cette conformité ou harmonie des puissances de l'âme naît celte satisfaction profonde qui est un plaisir pur, sans mélange, calme et désintéressé. C'est ainsi que Platon le décrit {P/iilèbe) et l'oppose aux faux plaisirs, ceux-ci extérieurs, toujours mêlés de crainte, de trouble et d'amertume {ibid.^ Rép.^ IX).

Quant au rapport des deux termes^ l'un, on Ta vu, est le principe^ l'autre la conséquence. Ajoutons que rien n'égale la force de démonstration que Platon donne à ce point de sa doctrine. Il ne permet pas môme de supposer que le désaccord soit possible. 11 en raisonne, on l'a dit, comme d'une vérité mathématique. Gela lui paraît résulter de la définition même du bien^ comme de celle de la vertu et du vice. 11 y puise pour sa polémique tous ses arguments. Si la vertu est la santé, le bon état de l'âme; le vice, la maladie, le désordre porté dans la région la plus intime de l'âme, comment concevoir que le bonheur puisse y résider? Gomment le malheur ne serait-il pas la conséquence du désordre ou du mal? Jl n'y a que la folie des ignorants qui puisse le supposer. Donc l'homme juste vivra heureusement, le méchant misérablement. 6 oixaUo; àvr,p eu êub^a». xàxco; oà hZ\Y.<j^ {Rép., I, 353). Demander si l'on peut être heureux en étant vertueux, c'est demander s'il vaut mieux être sain que malade, si on peut être heureux étant malade et s'il vaut mieux être sain {ibid. ; cf. Gorgias, 506). Jamais Platon ne varie sur ce point qu'il affirme avec une assurance imperturbable.

Tout cela sans doute est à la fois dans Socrate et dans Platon, mais ici avec une rigueur et une précision, un enchaînement logique que l'esprit et les conversations du maître ne comportent pas. C'est bien le témoignage qu'en donne Aristote. Bien vivre et être hejjreux sont la même

chose, T'J £'J çf,V Xal T'J £'J TrpaTTÎlV TaJTOV TCO £j6a».ti.0V£'J£!.V (Etfl.

Nie, I).

Mais le point de vue plus élevé de P/ato/i, iolnl à la rigueur scientifique do la méthode et du système, donne à sa pensée une valeur théorique, une force et une fermeté que le caractère seul de Socrate ne pouvait lui conférer et lui maintenir.

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