I. La liberté MORALE ET LE LIBRE ARBITRE. De tOUteS
les questions qui, à propos de la vertu et des sujets qui s'y rattachent, apparaissent dans les écrits de Platon, mêlées à la polémique ou en divers endroits de la théorie, la plus importante, sans contredit, est celle qui a trait à la volonté libre de l'homme et au libre arbitre^ cette condition première de la moralité. On peut dire qu'à ce titre, elle prime toutes les autres. Explicite ou implicite, la solution qui en est donnée, rayonne dans
toutes les directions de la science des mœurs : la morale proprement dite, la politique, la législation, Téducation, etc.
Les autres questions, elles aussi souvent débattues déjà par Socrate (Xénoph., Mém., III, 9), et qui reparaîtront plus tard dans les écoles (Stoïc. , Acad.), si la vertu peut senseigîier {Ménon, Protag.), de Vunité et de la pluralité des vertus {ibid.)j sont à côté d'un intérêt secondaire. Faciles d'ailleurs à résoudre, si elles sont comprises selon l'esprit du système, on leur doit une attention particulière proportionnée à leur importance.
Avant d'exposer ce qui est, sur le point le plus grave, la doctrine platonicienne, il est bon de faire observer qu'elle est antérieure aux débats qu'un tel sujet depuis a provoqués et sur lequel sont loin encore de s'entendre les moralistes des diverses écoles.
Il ne faut donc pas s'attendre à y trouver la clarté précise et l'homogénéité d'une théorie formulée au cours de ces discussions et qu'a dû précéder l'analyse. Platon, d'ailleurs, nulle part n'a directement abordé le problème. Sa doctrine est plutôt implicite, éparse et fragmentaire que formelle et régulière. Elle a droit à être traitée en conséquence, non avec la rigueur logique qu'exige une théorie véritable. Platon est-il fataliste^ déterministe^ prédéterministe ^ nécessiiariste, etc.? Il faut oublier ce langage moderne et se placer au point de vue du philosophe, disciple de Socrate, étranger à tout le mouvement de la pensée dans les siècles suivants.
En second lieu, bien que ce qui est ici de Socrate et ce qui est de Platon soit très intéressant à distinguer, nous pensons qu'il ne faut pas trop s'appesantir sur les différences, mais plutôt faire ressortir les ressemblances, d'autant plus qu'il est très difficile de marquer d'une manière bien précise, ce qui est vraiment socratique et platonicien. Qui peut dire, en etfet, du Protagoras, par exemple, dialogue réputé socratique, et de la jeunesse de l'auteur, s'il est pris comme point de départ, que Socrate y soit bien partout lui-même et que le disciple s'y soit complètement eflacé? Pour nous, qu'un examen aussi déHcat, en ce qui est le point essentiel, laisse libre, sinon indifférent, nous nous bornerons à ce qui est clair et d'une