‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 139 sur 168 · LES LOIS · texte numérisé non relu

LES LOIS

premier rang sont ceux où l'on pratique le plus à la lettre, dans toutes les parties de l'Etat, l'ancien proverbe qui dit que <( tout est véritablement commun entre amis », que les femmes soient communes, les enfants communs, les biens de toute espèce communs... Qu'on apporte tous les soins imaginables pour retrancher du commerce de la vie jusqu'au nom même de propriété, de sorte que les choses mêmes que la nature a données en propre à chaque homme deviennent, en quelque sorte, communes à tous, autant qu'il se pourra, comme les yeux, les oreilles, les mains.

« C'est pourquoi il ne faut point chercher ailleurs le modèle d'un gouvernement.

« L'Etat que nous avons entrepris de fonder, est très peu éloigné de cet exemplaire immortel. »

Il en annonce aussi un troisième dont le plan n'a pas été exécuté.

Cette seconde forme, telle qu'elle est conçue et exposée, comporte un bien plus grand nombre de matières à traiter et aussi plus de détails que la précédente. Beaucoup de nouveaux problèmes y sont résolus, qui ne figurent pas dans la République. Cela tient précisément à ce qu'elle est plus rapprochée du réel. Tout ce qui est relatif au plan et à l'organisation de la cité, sa situation géographique et topographique, la division des classes et leurs attributions, la constitution, les institutions, les lois, les règlements, la magistrature et ce qui concerne l'industrie, le commerce, les arts, la guerre et l'éducation elle-même, à un point de vue nouveau, agrandissent le cadre et doivent le remplir. Le titre seul des Lois indique ce changement. La République est une conception abstraite, affranchie de toutes les causes qui compliquent la vie réelle, elle n'a pas de lois ou en a très peu. L'éducation en tient lieu ou les rend inutiles. Les Lois commencent par un vaste préambule où, avec l'esprit qui doit y présider, sont exposés les principes de la moralité humaine comme leur base véritable.

La morale elle-même n'y étant pas séparée de la religion, celle-ci a partout une place bien plus grande que dans la République où préside la science. Elle y est mêlée aux lois

et aux règlements. Le législateur pénétré de cette idée que la loi s'adressant à des êtres raisonnables, il ne suffit pas, pour être obéi, de leur commander, mais qu'il est besoin avant tout de les persuader, se croit obligé pour l'ensemble de ses lois et pour chaque loi importante de donner la raison de ce qu'il ordonne ou défend. De là un exposé des motifs ou une sorte àQ prélude qui l'accompagne ou le précède. La critique et l'histoire ont aussi à réclamer dans l'œuvre nouvelle une part plus grande. Là où l'auteur, sans s'assujettir à ce qu'ont fait avant lui les législateurs ou hommes d'Etat, ni sans les prendre tout à fait pour modèles, leur emprunte ce qu'ils ont de meilleur, le devoir est de les faire connaître, d'en faire ressortir les mérites, les vices et les défauts. Une revue et une appréciation des législations et des constitutions antérieures, des formes de gouvernement qui ont eu le principal rôle en Grèce et ailleurs, accompagnera presque partout la théorie.

Le plan d'éducation lui-même, quoique composé dans le même esprit, sera modifié pour être approprié à la nature et au but de la constitution nouvelle. Une foule de règlements de détail s'y ajoutent et doivent s'y introduire. Ce n'est pas tout. Les lois ont besoin d'une sanction qui n'a pas sa raison d'être là où les lois sont remplacées par les mœurs. La loi pénale amènera une discussion sur la criminalité, et la hberté, la responsabilité des actes volontaires et involontaires qui en est le principe (liv. IX). La religion qui a été donnée comme la base des lois en est aussi le couronnement. La législation contient des détails sur le culte, les sacrifices, les cérémonies, le sacerdoce, etc., et une épuration de la rehgion vulgaire. Tout un abrégé de théologie populaire, dont on a plus haut l'aperçu, remplira un livre presque tout en entier (liv. X).

La philosophie proprement dite, pour être au second plan, n'est pas exclue de la nouvelle cité. Les philosophes ne la gouvernent plus; mais elle a d'autant plus besoin d'une réunion d'hommes éclairés d'une sagesse éminente plus pratique ou moins spéculative, formés à rétude des sciences encore élevées ([ui précèdent la philosophie et dont la connaissance

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