LES LOIS, APERÇU GÉNÉRAL
d'ailleurs est nécessaire à l'homme d'Etat qui doit diriger les affiiires publiques, veiller à l'observation de ses lois. Ils formeront un conseil suprême dont le choix de ses membres, les attributions seront fixés. Par là se terminera la composition totale et s'achèvera Tédifice.
Tel est, en aperçu, le contenu principal des lois de Platon, après sa République ^ l'écrit le plus considérable sorti de sa main, l'un des deux monuments principaux de sa philosophie que nous avons à faire connaître et à apprécier '.
L'ensemble offre un tout un peu confus ou disséminé où il n'est pas aisé de se reconnaître. Outre ce qui est de l'œuvre d'art, qui cache le dessein, du dialogue qui permet la liberté des conversations, on y signale des obscurités de détail, des répétitions, une certaine pesanteur ou moindre élégance de style, un ton plus solennel, le tour quelquefois embarrassé des périodes, ce qui trahit une œuvre non achevée et la main affaiblie de la vieillesse ^ Ce n'est pas une raison d'en nier, comme on l'a fait {Ast.)^ l'authenticité. Le témoignage seul d'Aristote qui en fait la critique [Polit., 11^ 4) est décisif. Ce qui est vrai, c'est que le chef-d'œuvre, l'œuvre capitale c'est la République. Gela est au point de vue de la science comme de l'art. La science qui l'a conçue seule, en a tracé le modèle et l'a exécuté. Par là elle garde sa supériorité. Mais ce modèle, l'auteur le dit bien, il est trop parfait pour convenir à des hommes. Les dieux ou les enfants des dieux seuls pourraient
1. V. Cousin [Argument des Lois, XYIIl) a trace ainsi le plan général : « Les quatre premiers livres renferment les principes généraux des Lois, l'esprit qui y règne, la méthode qui préside à toutes les recherches. L'ouvrage véritable commence au V^ livre et comprend, avec l'ordonnance extérieure de l'État et la répartition de la population, son organisation intérieure, savoir : en premier lieu, la constitution politique et la composition du gouvernement; en second lieu, la législation proprement dite, avec le nombreux cortège de ses lois de toute espèce, tout cela jusqu'au IX" livre, où les lois sont établies sur leur base nécessaire et rattachées à un code pénal qui occupe les trois derniers livres tout entiers et embrasse tous les grands délits politiques, civils, religieux, commerciaux et militaires.
« Telle est l'économie sur l'ordonnance philosophique des Lois. »
2. Diogène de Laërte, liv. III, ch. ni, rapporte comme une opinion généralement reçue, que Platon n'avait pas publié les Lois, qu'elles furent trouvées dans ses papiers par son parent Philippe d'Oponte, qui les transcrivit et les publia. (V. Cousin, Arg. des Lois, CXXV.)
le suivre et s'en accommoder. (V. 739, D.) La forme, ainsi que la méthode, aussi est inférieure. Rapprochée autant que possible du réel, elle est une forme mixte, à laquelle manque la pureté avec la simplicité. C'est l'œuvre combinée de la sagesse pratique et de la raison spéculative plutôt de la première, laquelle est l'opinion raisonnée, la oo^a, non la science même [supra). Pour la faire et la conduire à bonne fin, la prudence éclairée par l'expérience, une sagesse commune est nécessaire, il suffît d'être éclairé et prudent cppovs'.v xal (r^i'^or^niv. La formule qui lui convient est celle-ci : voG oiàvoijLrj, une sage distribution, où l'intelligence préside. (Liv. lY, 713.)
Cela explique pourquoi cette œuvre, tout imparfaite qu'elle est avec ses défauts , quoiqu'elle soit très inférieure à Tautre, du côté de la logique ou de la dialectique comme de la composition artistique, mais plus riche en aperçus nouveaux, en questions spéciales, en détails et en faits historiques, d'un vif intérêt, sera toujours préférée des hommes pratiques, des savants, des historiens, des légistes, etc.
Cette richesse même de détails, qui en rend pour nous l'analyse impossible, simplifie aussi notre tâche. Ce qui suffit à notre dessein, c'est, après en avoir indiqué les ressemblances générales et fait ressortir les différences avec l'œuvre principale, la République, d'insister sur les points particuliers les plus importants, dont le parallèle nous intéresse le plus, afin d'en tirer la conclusion générale sur l'ensemble de la politique platonicienne.
Au fond, les principes sont les mêmes que dans la République. Ce sont les mômes grandes vérités, à côté aussi d'erreurs souvent aussi grandes, surtout aux yeux des modernes, et qui dérivent les unes et les autres des principes déjà connus comme servant de base à toute la politique platonicienne. Il n'y a qu'à les brièvement rappeler.
1" Le but moral est partout proclamé et appliqué ici dans la législation comme dans la politique. Platon, qui partout ailleurs en fait l'objet principal sinon unique et qui prend soin souvent de le rappeler, le fait (au livre VI) dans des termes qui méritent d'être cités :