IDÉE DE LA PHILOSOPHIE. LES DEGRÉS DU SAVOIR
basse à la connaissance la plus haute, celle de la vérité ou des idées.
1. La première est la sensatmi^ a'{cr8T,a-iç. Celle-ci est Timpression que font sur nos sens les objets extérieurs et la perception qui la suit. Ses caractères sont d'être mobile, confuse, de ne donner qu'une image ou apparence, cpat,v6[ji£vov, souvent trompeuse, des objets. Elle ne peut en aucune façon être prise pour la mesure du vrai. Contradictoire, elle nous montre les objets tantôt grands, tantôt petits, selon la distance et la position des corps, la disposition des organes et les causes qui la font varier. Aucun jugement certain ne peut s'appuyer sur elle [Théétète...).
2. Une seconde forme, déjà supérieure, est celle de Vopinio?î, ôo^a, c'est-à-dire le jugement que porte l'esprit avant d'avoir réfléchi ou raisonné. C'est l'affirmation positive ou négative des objets, de leurs qualités ou de leurs rapports sans qu'on ait une raison suffisante de les affirmer. Elle peut être vraie ou fausse. Vopinion vraie^ opQyi ooÇa, est une sorte de révélation ou à'' inspiration de la vérité. Elle vient soit d'une disposition naturelle, £?iç, ou rectitude de jugement, opQoTYiToç, soit de l'éducation, Tca^ôeU, soit même d'une faveur divine, Oeloc {jioLpa {Mé?20?i, 99, E). Mais le jugement non raisonné est plus souvent faux que vrai. Son caractère essentiel est la mobilité^ Vinstabilité. Celui qui le porte ne sait se tenir ferme dans son opinion. Il ressemble aux statues de Dédale^ qui, lorsqu'on veut les toucher, se meuvent et ne peuvent se saisir [Méno7i^ 97, D...). Elle a donc besoin d'être fixée. Vraie elle tient le milieu entre Vignorance absolue et la sagesse véritable [ASTa^u cppovyio-sws xal Trîç àjAaQiàç [Banquet^ 202).
3. \2 opinion raisonnée^ l^sTà Xo-^ou^ ou XoYt.a-Tt.x7] 86Ça, est un degré supérieur de la connaissance. Mais si elle approche déjà de la science, elle n'est pas la science. Le raisonnement, XoYt-cxTixov, l'engendre ou la produit; sa supériorité est due à ce qu'elle sait se rattacher à des principes; mais, comme ils sont dérivés, qu'elle ne les a pas eux-mêmes raisonnes, qu'elle les emploie sans les avoir approfondis ni discutés, ils ne lui appartiennent pas. Elle relève de la faculté discursive^ de cette forme de la pensée que Platon appelle ot.àvo',a,
distincte de la vraie pensée, voTio-iç. Celle-ci, la raison véritable, le Xoyo; ou le yoîi:;, est seule capable de concevoir et d'établir les principes. La première le cède donc à la vraie sciefice, quoiqu'elle-méme soit une science. La différence, c'est que le vrai savant a le secret de la science, qu'il sait remonter aux véritables principes, s'en rendre compte et les coordonner. Ces principes, ce sont les idées [ibid.].
4. La science (£7wLaTy-tj.r,), on voit dès lors en quoi elle consiste et quelle en est la définition. Elle est la science des principes. Elle seule est la vraie connaissance. Sa vérité est la Vérité des idées. \J opinion raisonnée peut bien fonder les sciences particulières qui prennent ou usurpent ce nom. Les plus vraies sont les sciences mathématiques, V astronomie, la physique mathématique, la musique elle-même (science des nombres). Elles donnent la certitude, mais non Vintelligence de ce qui est. On voit en quoi V opinion vraie, même certaine et raisonnée, diffère de la science Qi àeV intelligence, ooÇa vou o'.atpspcL Cette science supérieure, nous dit Platon, « est le partage des dieux et d'un petit nombre d'hommes » [Timée], qui encore très imparfaitement la possèdent.
Mais ce qui est propre à la théorie platonicienne et la caractérise, c'est que la connaissance, comme il a été dit des idées, étant à la fois objective et subjective^ le côté subjectif y emprunte du premier son intelligibilité avec sa certitude. Elle doit sa propre clarté à l'être qui lui communique sa lumière. Aussi y a-t-il une correspondance parfaite entre les degrés de la connaissance et les degrés de Y être ou de la vérité.
Ce parallélisme est marqué dans la République et le Théétète de la manière suivante :
1. Au plus bas degré la sensatio?î, ah^r^^iç. A elle répond dans la sphère de la vérité l'apparence, sUaciU, le non-être , (XTi 6v, qui n'est pas pour cela le néant, la négation absolue de l'être, mais le non-être relatif;
2. A un second degré V opinion, la oôÇa. Elle-même est divisée en opinion simple et opinion raisonnée, aoy^-ttixtI oôja; la croyance, t^lttlç, qui l'accompagne, fait partie de la raison discursive, oiàvoia;