‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 15 sur 168 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I. Idée de la philosophie. — La philosophie identique à la science. — Les degrés du savoir humain; le vrai savoir. — Les conditions : côté pratique allié à la spéculation. — L'amour et l'enthousiasme. — La sagesse humaine et son idéal. — II. L'esprit et le caractère philosophiques. — La sophistique. — III. Rapports : avec les autres sciences; avec les arts et la poésie, le sens commun et le langage. — IV. Origine et division de la philosophie.

I. La philosophie. — 1" Aux yeux de Platon, qui ne prend pas la peine de la définir, la philosophie est le plus haut degré du savoir humain. Pour mieux dire, elle est la science même dans l'acception propre et véritable. Les autres sciences ne sont pas des sciences ou elles ne méritent ce nom qu'autant qu'elles sont parties intégrantes de la science une et universelle, comme ayant en elle non seulement leurs principes ou leur base commune, mais aussi leur achèvement ou terme final dans le principe supérieur, l'être absolu, à la fois source de l'être et du savoir [Rép.^ VI, YII).

Ainsi Favaient entendu sans doute ses prédécesseurs (Socrate, Pythagore^ les Éléates)\ mais, chez lui, cette idée en rapport avec tout k système, se détermine et se précise. Elle est formellement exprimée, et partout impliquée dans ses principaux écrits {Théétète, Phèdre^ Philèbe^ Phédoii] Rép.,\l,YU).

L'homme ne parvient à ce savoir supérieur que par l'emploi légitime et régulier de toutes ses facultés, de la raison surtout, la faculté souveraine qui le met en rapport avec les

idées. Cette science est la seule vraie [Théétèté). Seule elle peut embrasser l'ensemble des choses. Ce qui sera dit de la dialectique lui convient. Elle seule est capable de remonter aux vrais principes, d'en déduire les autres vérités, d'expliquer les faits du monde réel, physique et moral, etc. Aristote, qui fait honneur à Platon de cette conception et qui l'adopte pour lui-môme (Met,, I, m), s'exprime à ce sujet en termes formels *.

2** Au côté spéculatif se joint le côté pratique, celui d'une égale perfection dans tous les actes de la vie humaine. Les deux aspects, comme pour Socrate, ne peuvent se séparer. Tout ce qui est excellent dans l'âme douée de sensibilité, d'intelligence et de volonté, doit s'y trouver, fait partie intégrante de la sagesse. Ainsi, l'amour, un amour pur et désintéressé, le désir et les affections nobles y sont compris dans leur tendance la plus élevée. C'est avec l'âme tout entière qu'on doit philosopher. (Bép.y YII, 518 c.)

Cette notion, déjà si précise, s'éclaircit et se complète à mesure qu'on avance dans le système et que les degrés de la connaissance et de l'amour y sont mieux marqués {Phèdre, Banquet). On y distingue d'abord l'élément intellectuel, celui du vrai savoir. « La philosophie est l'acquisition de la science, x-rrio-'.; iTziT-zr^^ri:; [Eutfiyd., 288). Elle est la science entière, la science des autres sciences et d'elle-même {Phi-

lèbe, 518), aG-rr,;; os xal te twv àXXcov £7:t,TTTj[jLtov aÙTr^ saG-rr,^. [Charm., 168; cf. Rép., V, 135, 476.)

3"* Nous nous bornons ici à indiquer les degrés de la connaissance qui mènent à la connaissance suprême, la seule au sens platonicien qui soit la science véritable.

L*homme, esprit qui anime un corps, dans sa vie présente, ne peut connaître la vérité que dans la mesure et selon les conditions attachées à sa nature et à l'exercice de ses facultés.

Pour y parvenir, son inteUigence doit passer par plusieurs degrés qui sont les formes successives de la pensée humaine, et qui conduisent de la connaissance élémentaire ou la plus

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