‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 18 sur 168 · IDÉE DE LA PHILOSOPHIE. COTÉ PRATIQUE · texte numérisé non relu

IDÉE DE LA PHILOSOPHIE. COTÉ PRATIQUE

invariables, puisés à leur véritable source, Vidée du bien absolu^ les yeux fixés sur ce modèle d'où découlent tous les autres biens {Rép.^ VI). Ceux-là sont les vrais sages (o-o-^ol) ou plutôt les amis de la sagesse (cpdoTocpot.). Autant qu'il est donné à des êtres mortels, ils participent de la vie divine. Le philosophe n'est pas un dieu ; mais il est un être divin (oG Geos Osloç). La philosophie, pour Platon, c'est la divine philosophie. (©sU cp^oo-ocpia, Phèdre^ 239, B.) L'épithète ne lui semble pas outrée, malgré ce qui sera dit de la sagesse humaine.

Le parallèle que Platon établit entre la vertu philosophique et la vertu démotique ou populaire (Ménon, 99; Phédon^ 82; Rép.^ X) est dans le même sens. Celle-ci, fondée sur un autre principe que la science, l'habitude, le naturel, la faveur divine, n'est jamais bien sûre d'elle-même. Celle-là, éclairée de la science véritable, par là, non comme l'autre exposée à faillir, lui doit sa supériorité. Le caractère aristocratique de la philosophie de Platon s'y reconnaît, tempéré il est vrai par plus d'une contradiction. Ce point sera mieux traité ailleurs [Morale).

o"" Mais ce n'est pas là encore dans la pensée de Platon l'idée vraie et complète delà philosophie. Platon qui, on l'a dit, met en elle toute la perfection de l'être humain, prend l'homme tout entier, dans sa nature sensible aussi bien qu'intellectuelle et morale. V amour et V enthousiasme^ qui en participent, se mêlent chez lui au savoir et à Y action, Platon, de plus, est artiste. La philosophie est pour lui le plus grand des arts [Phédon). A l'idée du vrai et à la pratique du bien., s'ajoute l'amour du beau\ ces trois idées chez lui sont identiques. Si la spéculation n'est pas sans la pratique, l'intuition sans la volonté dans l'idée qu'il se fait de la sagesse, de même la contemplation de l'idée n'est pas sans l'amour, sans le désir de la posséder et de s'unir à elle. La vraie connaissance engendre l'amour, comme cela avait été pour Socrate.

Connaître, en effet, n'est que le premier acte de l'esprit. La vue claire et distincte de l'objet aimable excite dans l'àme le désir ardent de le posséder. Aussi l'amour ne va pas sans la connaissance, ni la connaissance sans l'amour chez le

philosophe. L'un et l'autre ne font qu'un. L'amour, lui aussi, est une science. Socrate se disait expert en amour; il n'avait, disait-il, qu'une science, celle de l'amour [Théagès, Banquet), Le disciple va plus loin : de l'amour il fait la théorie, qui coïncide avec celle des idées. Il en décrit la nature et l'origine, analyse ses formes ou espèces et remonte au principe [Banquet). L'amour, chez l'être fini, est l'effet du besoin, d'un manque ou défaut. De la privation, naît le désir de posséder l'objet aimé [ibid.). L'âme aperçoit-elle cet objet qui est la vérité, elle brûle de s'unir à lui. Lui est-il donné de la contempler et de la posséder, elle jouit d'un bonheur pur et sans mélange analogue à la félicité divine. « L'amour est philosophe », est-t-il dit dans le Banquet', mais la philosophie aussi est amour : « l'amour de la sagesse ».

A la suite de l'amour naît V enthousiasme. Ceci est, si l'on veut, le côté mystique dans Platon. Il est certain qu'il fait partie de sa philosophie. Le philosophe, pour lui, Tami des Muses est un homme inspiré (Phèdre). En cela Platon ne s'éloigne guère non plus de Socrate.

Socrate, on le sait [Phil. anc.^ 114), n'était pas étranger à l'enthousiasme. Lui-même, dans ses méditations profondes, était comme ravi en une sorte d'extase {Banquet). De ce fait mystérieux, son démon est une des formes (135). Sans doute, dans Platon, comme dans Socrate, la réflexion retient Télan mystique et le tempère. Autrement ce ne serait plus la pensée philosophique. Le philosophe est dialecticien; mais l'intuition s'allie très bien à la réflexion. Le raisonnement lui-même la suppose; elle l'accompagne et le suit. L'esprit ne cherche la vérité que parce qu'il en a l'idée et qu'ainsi déjà, en partie, il la possède (Ménon). Avant de la voir, souvent il l'a pressentie ou entrevue. L'a-t-il trouvée? il frémit, tressaille à sa vue; l'espèce de ravissement qu'il éprouve ne le laisse pas maître de lui [Phèdre). Gela s'appelle r^/i/Ao//5m^;?«e (svOouTiàÇs'.v); c'est une sorte de délire, jjiavLa. Celui-ci n'est pas toujours une maladie ; il y a plusieurs espèces de délires : le délire des initiés, le délire des amants, celui des poètes [Phèdre). Un quatrième délire est celui des philosophes, des amants de la vérité. Le philosophe est un inspiré, possédé de la divinité.

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