‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 81 sur 168 · DIEU, LA TRINITÉ DANS PLATON · texte numérisé non relu

DIEU, LA TRINITÉ DANS PLATON

Rien de pareil n'est clans Platon. On peut trouver trois termes, mais qui rentrent les uns dans les autres, dont le rôle et le rang n'ont rien de fixe et de déterminé. Les trois hypostases des Alexandrins admises par Plotin ou Proclus, etc., conçues comme telles, ne sont nullement à ce titre dans la dialectique ni dans la théologie de Platon. Chez lui, elles ne se distinguent tout au plus que comme de simples attributs. Ce ne sont pas même des puissances, de vrais principes en dehors les uns des autres, ayant leur nature propre, leur rôle ou leur fonction spéciale ou particulière.

2^ Encore moins trouve-t-on dans Platon rien qui ressemble au Dieu en trois personnes de la Trinité chrétienne. Celle-ci en effet consiste essentiellement dans la personnalité des trois termes qui sont des personnes divines et dans leur unité substantielle ou consubstanlialité. Rien de semblable dans Platon. Dans le Timée il est vrai Dieu, l'auteur du monde, est appelé aussi le père, TràTTip. Pour créer le monde à son image il se sert de l'exemplaire divin qui est en lui, sa pensée. Celui-ci peut être considéré comme le Yerbe divin, loyoç Bsloç. Est-il le fils engendré par le père? Au sens métaphysique, cela peut être; mais il en est aussi autrement. Au sens réel et à la rigueur, le fils, c^est le monde lui-même, appelé ainsi toxoç, engendré éternellement. C'est par là que finit le Timée. Le troisième terme, que serait-il? l'âme du monde? Mais celle-ci n'est qu'un intermédiaire. Ce principe de la vie dans les êtres ne procède ni du père ni du fils. Ce n'est pas V esprit-, car Pesprit, c'est le vouç. Est-ce l'amour? Dans Dieu, il n'existe que comme attribut. Encore tout cela n'est-il pas clair, se confond et se mêle sans cesse au point de s'identifier.

3" Mais il y a un autre élément, la matière, qu'on oublie, et qui à elle seule forme un dualisme [supra). Elle vient prendre rang dans le système et briser cette unité. Ou bien elle constitue un quatrième terme. Elle est appelée la mère, [j^'/i^-zip, ou la nourrice des êtres. D'ailleurs, je le répète, ce qui est appelé personne divine ou hyposlase est tout au plus un attribut distinct dans Dieu.

Il n'y a donc pas lieu d'admettre une trinité réelle dans Platon. Le point d'ailleurs est si obscur et si confus qu'il y a

autant de trinités différentes que de partisans de ropinion qui l'admet. Tout au plus aperçoit-t-on le germe ou l'ébauche àh ce qui deviendra plus tard une théorie plus précise chez les alexandrins. Quant à la Trinité chrétienne, celle des trois personnes divines, elle a une autre source.

Si l'on vient à préciser, dans la comparaison avec la Trinité chrétienne, une autre différence apparaît. Non seulement on trouvera : 1° que ce ne sont pas des personnes; 2° que le troisième terme manque ou se complique d'un quatrième, la matière; 3° mais la participation remplace la procession.

Le ternaire dans Platon. — Mais s'il n'y a pas trinité dans Platon, il y a triplicité. C'est ce qui a donné lieu à cette confusion chez les auteurs qui, au lieu d'une notion précise, se sont contentés d'une vague assimilation. Seulement une semblable trinité se trouve partout dans la métaphysique de toutes les religions et de toutes les philosophies anciennes et modernes, qui appartiennent à l'idéalisme. Elle est dans Pythagore, dans les Orphiques, comme dans les rehgions de Tlnde et de la Perse, etc. Platon en cela hérite du pythagorisme comme, si l'on veut, des plus antiques traditions. La triade pythagoricienne, c'est le nombre ternaire {Phil. a?îc,, p. 34). Ce nombre est partout dans Platon et se reproduit dans toutes les parties du système avec les changements ou progrès qu'il comporte.

La dialectique, la physique et leurs divisions partout la reproduisent.

l*" Dans la Dialectique (théorie des idées). Vidée est à la fois unité et pluralité ; elle est une dans sa pluralité. Elle est immobile et mobile, identique et diverse, le même et l'autre, l'être et le non-être, le repos et le mouvement, l'infini ^t le fini. Le troisième terme est le lien qui unit les deux autres. Il y a retour à l'unité qui est le terme principal. La méthode ellemême organisée en synthèse réconcilie les deux termes dont le résultat est le troisième.

Il y a trois degrés dans la connaissance : sensation, opinion, science. De même dans l'amour, etc.

2° Dans la Physique : Dieu, l'exemplaire divin et le monde. — Psychologie : l'àme a trois facultés. Le corps est divisé en trois parties, supérieure, inférieure et moyenne.

Page 1