‹ Pleureuses; poésiesChapitre 23 sur 67 · L HABITUDE · texte numérisé non relu

L HABITUDE

Et leurs yeux pleureront tout seuls.

Un soir triste me prend après les jours de flamme

Dans son repos dormant ; Mes souvenirs sont seuls, ils ont perdu leur âme,

Et vont tout doucement.

Maintenant tout est mort dans ma morne vieillesse

Et sur mon front pâli, Où le bonheur paisible a jeté sa tristesse,

A jeté son oubli.

Le temps lava mon âme aux sanctuaires d'ombres,

Le temps, calme reflux, Et je marche guidé par de douces mains sombres

Que je ne connais plus.

Comme un fleuve tranquille et pâle dans ses rives Sous le deuil des rameaux.

Ma voix sans souvenir a des formes plaintives Qui pleurent sur les mots.

Je laisse sans penser, rêver ma vue errante,

Aux horizons voilés, Et je porte avec moi mon âme indifTérente

Et mes yeux désolés.

Je m'en vais dans le bois parmi la nuit pensive,

La nuit, parmi la paix, Avec ma marche lente et mon àme attentive,

Comme si j'écoutais.

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