L'HABITUDE
Et tout seul, sans un mot, parmi les sentiers vides
Des sous-bois où j'allais, Pendant quelques instants j'aurai les mains timides
Comme si tu tremblais.
La nuit, quand le sommeil tombe des hautes branches
Comme une mort d'espoirs, J'irai voir l'azur calme et les étoiles blanches
Parmi les rameaux noirs.
J'irai voir, morne et doux, comme l'hiver s'effeuille,
Quand le vent fait gémir Le bois mystérieux, le bois qui se recueille
Et qui va s*endormir.
Les hommes penseront au vieux passé qui tremble,
Les vieux, vagues aïeuls...
Avec leurs yeux vivants ils nous verront ensemble,
Nous qui sommes tout seuls.
m PLEUREUSES
Ils croiront que j'attends doucement que tu viennes
Sur la route où je viens; lis croiront que mes mains pensent encore aux tiennes
Et mes regards aux tiens.
îls ne comprendront pas que nos âmes sont closes
Aux regards du réel.
î!s ne savent pas bien quelle est la mort des choses
Qui pleurent sous le ciel.
Qu'il ne nous est resté que la forme sans sève Et que l'humble décor,
Que nous n'avons gardé que le rôve du rêve, Et que le reste dort.
Puisque les libertés dorment de lassitude Aux cœurs vides de deuil,
Oh ! puissé-je garder la suprême habitude De révolte et d'orgueil !
L'PIABITUDE 97
Oh! puissé-je en remplir, sourd à la voix du blâme,
Sourd aux cris du remords, Mes deux bras qui seront la tombe de mon âme
Avec leurs gestes morts.
Redresse-toi, géant de pierre, être paisible,
De toute ta hauteur; Et que des cris d'orgueil dans^ta tête impassible
Montent avec lenteur.
LES CHOSES
Dans le sourire et l'habitude.
Les yeux dans tes yeux de beauté, Quand je mets ma main dans la tienne, J'évoque les choses anciennes, Dans toute leur tranquillité.
Tous nos rêves les plus rapides Lès aiment un peu tour à tour, C'est pourquoi leur confus amour Nous suit avec ses yeux placides.
Nous leur donnons un peu d'été Lorsque les rayons nous regardent.., Un peu de gloire qu'elles gardent Avec leur immobilité.
Les souvenirs seront fidèles, Car ils ont leur recueillement; Nous les trouvons exactement Quand nous revenons auprès d'elles.
Forts, riants, rêvant d'avenir.
Nous semions notre âme ravie; Elles nous ont rendu la vie Pacifique du souvenir.
Et ce soir, lassé des paroles, Sans le savoir sage et pieux.
Je sens ma chair lever les yeux Et prier, ô toi qui t'envoles...