LE POISSON SEC
Parmi la boutique un peu noire, Reflet morne demi-caché, Tu n'es, pauvre poisson séché, Que les lettres de ton histoire.
Te rendrait-on ton cœur amer Ta vie âpre et dévoratrice, Quand tu sombrais avec délice Dans la caresse de la mer ;
Te rendrait-on ton doux sillage, Monarque fluide aux yeux d'or, Ton rêve assiégeant et sans bord.
Ta vie, étroit et grand voyage,
Quand même entre tes petits os Tandis que tu gis sur la planche, On mettrait en poussière blanche La grande amertume des eaux !...
Ce matin, j'ai jeté nos lettres Dans le feu, neuf et clair frisson...
Elle n'a rien dit, la chanson Qui chantonnait auprès des lettres.