DANS LE PASSE
Si je la rappelais à la clarté du jour, Elle y remonterait avec sa solitude.
Je me suis retiré doucement pour rêver
Dans ce coin où les chants se perdent en murmures.
Le vertige du bal tombe au pied des tentures,
Et la blonde aux yeux gris ne peut plus me trouver.
Voici ma vision qui s'emplit de vieillesse ; Je vois au fond de moi des bals, des bals lointains, Avec leurs pas confus et leurs feux incertains, Et la voix qu'ils avaient en mourant de tristesse.
J'ai construit au hasard le doux» rêve effleuré... Une vieille habitude y revient la première, l^uis un peu de musique y tremble sans lumière Et cherche le bonheur dont elle avait pleuré.
Je ne sais plus la main qui s'est abandonnée, Mais mon cœur se souvient qu'elle frémit un peu J'ai perdu lentement la parole d'aveu, Mais gardé la douceur qui me Pavait donnée.
Je n'ai rien ajouté qui ne fût pas en moi ; Je n'ai point ici-bas de lyre ni de muse, J'ai fait parler le songe avec sa voix confuse Et j'ai laissé l'oubli dormir auprès de toi.
Et pourtant, j'ai senti dans la vision brève Quelle mélancolie erre sous la clarté, Et regardé longtemps le départ attristé Que tes pas fugitifs ont laissé dans mon rêve.