‹ Pleuro-Tuberculose Primitive et Méningite Tuberculeuse Étude comparée des liquides pleural et céphalo-rachidienChapitre 22 sur 40 · Gilbert et Lion. — Annales de l'Institut Pasteur · texte numérisé non relu

Gilbert et Lion. — Annales de l'Institut Pasteur

pleurales à formule lymphocytique examinées avec M. Froin. L’inoculation de ces 41 épanchements nous a donné 37 résultats positifs : soit une proportion de succès de 88 p. 100. Cette proportion, déjà considérable, aurait pu être plus grande encore, si nous n'avions à certains moments, à propos de recherches entreprises sur les liquides filtrés, négligé de suivre à la lettre notre technique ; un seul animal était inoculé, et les insuccès étaient fréquents. Les exemples suivants montrent combien il est nécessaire d’inoculer toujours, comme le recommande

M. Widal, au moins deux animaux : dans trois cas (Obs. XL XII, XVIID) où nous avons inoculé un seul animal nous comptons deux cas négatifs ; tandis qu'avec deux animaux par malade nous n'avons qu’un seul cas négatif (Obs. XIX) sur 38, et un cas nul (Obs. XVI), les deux cobayes étant morts rapidement par intoxication.

Nous avons eu soin d’inoculer les animaux dès l'entrée du malade à l’hôpital, le plus tôt que nous pouvions. Cette précaution a de l’importance, depuis que MM. Bezançon et Griffon ont fait remarquer qu'un liquide pleural tuberculeux est d’autant plus virulent qu’il a été prélevé à une date plus proche du début de la pleurésie. Chez trois malades, dont le liquide a été injecté vers le début et vers la fin de la maladie(obs. XIIT, XX et XXI), nous avons fait des constatations analogues; le liquide, d’abord virulent, s’est montré par la suite non tuberculigène.

En inoculant le culot de centrifugation immédiate d'une quantité de liquide égale à eelle qui tuberculisait le cobaye MM. Bezançon et Griffon (1) ont obtenu dans trois cas sur quatre un résultat positif. Péron, dans sa sa thèse, compte six insuccès avec sept pleurésies tuberculeuses ; il n'inoculait, il est vrai, que le culot, en négligeant le coagulum fibrineux. La technique, que nous avons précédemment exposée, nous a permis d'inoculer à la fois le culot cellulaire et le coagulum

1. F. Bezançon et V. Griffon. — C. R. de la Soc. de biologie, 21 février 1903, p. 209.

fibrineux, sans la sérosité pleurale. Dans ces conditions nous avons obtenu neuf fois sur dix la tuberculose du cobaye, et nous n’avons compté aucune mort par toxicité, soit quatrevingt-dix résultats positifs pour cent avec l’inoculation du culot de centrifugation (cellules et fibrine).

Les constatations précédentes prouvent, contrairement à l’opinion généralement admise, ainsi que le remarquent MM. Bezançon et Griffon, la possibilité de réunir dansle dépôt provoqué par la centrifugation un grand nombre de bacilles en suspension dans l’épanchement pleurétique. Pourtant, tous les bacilles de Koch ne sont pas projetés au fond du tube, car l’inoculation de liquide pleural centrifugé et soigneusement décanté dans dix cas a provoqué chez les cobayes quatre fois le développement de lésions tuberculeuses, quatre fois la mort rapide par toxicité ; enfin, deux fois la sérosité centrifugée s'est montrée absolument dénuée de toute virulence. Soit, en ne tenant pas compte dans la statistique des quatre cas dans lesquels les cobayes ont été Lués par intoxication, une proportion de 66,6 cas positifs pour 100, avec le liquide centrifugé.

Ces expériences nous indiquent que la centrifugation la plus rigoureuse est impuissante à séparer d’une façon certaine le bacille de Koch des liquides pleuraux ; seule la filtration sur bougie leur enlève toute virulence, ainsi que nous l'avons observé chez quatre de nos malades (Obs. IX, XI, XH, XII).

TOXICITÉ

La toxicité des liquides pleuraux, injectés à trop fortes doses est aujourd'hui bien connue. Elle ne se rencontre guère que dans ceux qui proviennent de pleurésies séro-fibrineuses en apparence primitives, et reconnues ultérieurement tuberculeuses (Ravaut). |

Le liquide pleural non éosinophilique (ou très légèrement éosinophilique), de nos 41 malades a tué 16 fois rapidement par toxicité le cobaye, soit 39,02 pour 100. Cette statistique

concorde avec le pourcentage que l'on peut établir de la toxicité des liquides examinés par M. Ravaut et dont il rapporte les observations dans sa thèse : sur 28 cas, le cobaye a été tué 10 fois (36,4 p. r00) par intoxication.

Il est possible qu’il existe un stade particulièrement toxique de la maladie. Cette opinion semble confirmée par l’observation d'un malade, que nous avons suivi avec M. Froin, dont le liquide, inoculé à trois reprises différentes, a tuberculisé aux première et troisième ponctions, tuant deux cobayes par toxicité à la période intercalaire.

L'inoculation deliquides pleuraux centrifugés et soigneusement décantés a tué quatre fois sur dix par toxicité. Si, comme nous l'avons vu, la centrifugation enlève quelquefois au liquide sa virulence, elle lui laisse donc par contre toute sa toxicité. Celle-ci, réside toute entière dans la sérosité et non dans les cellules ou le coagulum fibrineux, qui constituent le culot de centrifugation. Ce culot nes’est jamais montré toxique.

De cette dernière constatation on peut tirer une application pratique :

Les pleurésies à éosinophiles ont une étiologie encore mal déterminée ; elles le doivent en grande partie aux propriétés éminemment toxiques de leur épanchement. Tous les auteurs qui ontétudié l’éosinophilie pleurale, MM. Widal et Ravaut, Barjon et Cade, Burnet, sont d’accord pour admettre qu’elle n’est pas fonction de tuberculose ; quel nouvel argument à l’appui de leur thèse seraient les résultats négatifs de l’inoculation aux animaux! Malheureusément les cobayes injectés meurent presque toujours rapidement par toxicité. Appliquée à l'étude de ces pleurésies, l’inoculation du culot de centrifugation donnera sans doute d’utiles renseignements sur leur nature véritable. En injectant ainsi la partie la plus virulente de l’épanchement, débarrassée par dééantation de la sérosité seule toxique, on n'aura plus à craindre la mort immédiate du cobaye ; après une attente suffisante, pour qu’elles aient eu le temps de se développer, on pourra apprécier si ces animaux présentent, ou non, des lésions de tuberculose expérimentale.

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