OBSERVATIONS
Observation I. — Méningite à forme comateuse.: Foyers tuberculeux primitifs multiples (poumons, ganglions trachéo-bronchiques, capsules surrénales, testicule, phalange). Granulie pulmonaire et méningée. Polynucléose prédominante. — G., âgé de 45 ans, journalier, est conduit à l'hôpital Cochin dans la nuit du 7 au 8 juin 1905. Il est reçu salle Strauss, lit n° 15, dans le service de M. Chauffard. On n’a sur lui aucun renseignement.
Entré dans le coma, le malade est dans le même état le 8 au matin. Ilest impossible d'obtenir de lui la moindre réponse. De temps en temps il sort de sa torpeur pour prononcer quelques mots inintelligibles. Il n’a pas de paralysies, mais les muscles de la nuque sont contracturés et les mouvements de la tête impossibles ou douloureux. Il a le signe de Kernig. Ses réflexes rotuliens sont exagérés. On ne relève aucun symptôme oculaire; les pupilles sont égales, et moyennement dilatées.
La langue est sèche ; le ventre légèrement creusé. Le malade n’a pas eu de vomissements depuis l’entrée, il n’a pas été à la garde-robe.
I n’y a rien au cœur; mais l’auscultation du poumon révèle l’existence d’une tuberculose pulmonaire avancée, se traduisant par la présence aux deux sommets de rôles sous-crépitants qui s'étendent même à la partie moyenne du poumon gauche. Le malade perd ses urines
La température qui était la veille de 37,2, est à 37,4. Le pouls est accéléré, 1l marque 140 pulsations par minute, mais il est régulier, égal, bien frappé.
Le soir. — La température est montée à 380. 11 existe un rythme respiratoire de Cheyne Stokes très net. Le membre supérieur gauche est manifestement paralysé, il retombe lourdement sur le plan du lit quand on l’a soulevé; il reste constamment immobile dans la position où on le place.
Le 9 juin. — Le malade est dans le stertor. La température est à 37°5. Les réflexes sont très diminués.
Le malade meurt dans la soirée, sans avoir présenté de symptômes nouveaux.
Autopsie. Encéphale. — A l'ouverture de la dure-mère il s'écoule une quantité assez abondante de liquide. Le cerveau est peu hyperémié ; mais le feuillet viscéral de l’arachnoïde est boursouflé, soulevé par une sérosité claire citrine que son incision évacue.
La base du cerveau est indemne de lésions.
Sur la face convexe des hémisphères on ne remarque, à part l’œdème que nous venons de signaler, que de très rares granulations. On ne trouve pas de trainées purulentes appréciables, pas de tuberculose en plaque sur la partie moyenne de la zone rolandique droite.
Le cervelet et le bulbe offrent leur aspect normal.
Les deux poumons sontfarcis de granulations miliaires grises. +
Le sommet du poumon gauche est en outre infiltré de tubercules anciens en voie de caséification et de ramollissement.
Les plévres des deux côtés sont atteintes ; de fortes adhérences retiennent en plusieurs endroits les poumons à la cage thoracique. Il n'y a pas trace d’épanchement.
La péricarde et le cœur sont normaux. .
Les ganglions trachéo-bronchiques sont nettement tuberculeux.
Le périloine est sain. |
Le fote est normal.
La rate estgrosse, molle, mais ne contient pas de ARE
Les reins sont congestionnés.
Un gros tubercule caséeux a presqu’entièrement détruit la capsule surrénale gqauche.
Le testicule gauche est tuberculeux.
L'index droit est le siège d’un spina ventosa.
Recherches de laboratoire. — Chez ce malade on a pratiqué une seule ponction lombaire.
Ponction lombaire. — Le 8 juin.
Position assise.
Quantité : 18 cent. cubes.
Ecoulement : goutte à goutte, Couleur : très légèrement jaune.
Limpidité : liquide transparent.
Fibrine : petit coagulum fibrineux.
Cytologie. — 1° Numération : ’
Glob. rouges, 5; épineux non décolorés.
Eléments blancs : 137.
Nombre total des éléments blancs : 9.590.000.
Le 1/3 au moins des éléments blancs est constitué par des cellules très granuleuses, souvent irrégulières, à bords frangés et s'émiettant. Débris protoplasmiques assez abondants.
2° Pourcentage.
lymphocytes HEC RENTRER ER NRS e Gros éléments uninucléés. . . . . . . 7,2 POlgnucléaiTés MORE TER OS TS SNA OR RO SIDO PILE CS AE, PRÉ RE RTE SR R 0,3
Les éléments cellulaires, en particulier les polynucléaires, sont très altérés.
Recherche du bacille de Koch. — Positive. On a vu deux bacilles extra-cellulaires sur une préparation.
“‘Inoculations. — Deux cobayes ont été inoculés le 8 juin 1905.
Le premier a reçu dans le péritoine 5 cc. de liquide céphalo-rachidien centrifugé pendant 2 heures à la turbine à eau.
Le second a reçu dans le péritoine le culot de centrifugation de 5 centimètres cubes délayé dans de l’eau physiologique.
Sacrifiés le 26 juillet, ils présentaient l’un et l’autre une tuberculose généralisée indéniable, plus avancée néanmoins chez le cobaye, n° 1 injecté avec le liquide centrifugé.
La recherche positive du bacille de Koch dans les lésions de ces deux animaux prouve la nature tuberculeuse de celles-ci.
Observation II. — Méningite tuberculeuse à forme céphalalgique. Granulie méningée. Foyers qganglionnaires primitifs. Lymphocytose prédominante. — E... Bertrand, 29 ans, cimentier, entre le 18 mai 1909 à l'hôpital Cochin, salle Antheaume n° 12, dans le service de M. Widal, car il perd ses forces et tousse depuis une quinzaine de jours.
C’est un homme amaigri, dont l’aspect est celui du candidat à la tuberculose. La respiration est soufflante au sommet droit; on pense qu'il y a là un foyer de tuberculose au début. Le malade crache peu, ses crachats sont muqueux, sans caractères, son appétit est faible, Il n’a pas de température.
Le 11 juin. — Le maladese plaint d’une céphalée intense, diffuse, continue, avec exacerbations passagères qui lui font pousser des gémisse-
ments. On ne trouve aucun autre phénomène méningé. On apprend seulement que cet homme est très constipé, mais il n’a jamais vomi. Sa température qui oscillait depuis son admission entre 370 et 3705 est élevée depuis deux jours, elle est maintenant à 3806.
Les Jours suivants l’état reste le même, la céphalée est toujours l’unique symptôme, elle est opiniâtre et ne cède pas aux antinévralgiques (antipyrine, phénacétine, aspirine) qu'on a successivement et inutilement essayés.
Le 14 juin. — La température atteint 4o° ; rien dans l’état des poumons, du cœur, des organes abdominaux, ne permet d'expliquer cette fièvre si vive. Le mal de tête est toujours atroce ; l'intelligence est complète. Ù
Le pouls bat 120 pulsations par minute, il est régulier et égal. La constipation est opiniâtre. Il n'y a ni raideur de la nuque, ni signe de Kernig. Aucune paralysie, pas de strabisme. On prescrit une purgation.
Le 15 juin. — La témpérature est tombée, elle oscille de nouveau autour de 38°. Les vomissements sont apparus, d’abord provoqués par la purge, puis spontanés, sans effort.
Un délire doux, tranquille, intermittent s’est installé.
Le 21 juin. — On constate du Kernig et de la contracture de la nuque. La température s'élève de nouveau, atteint 3898. Le 22 juin. — Strabisme interne de l’œil droit. Inégalité pupillaire,
Ja pupille droite étant mydriatique.
L'état général est toujours grave, le délire est continuel.
Le 23 juin. — Le malade est dans le coma le plus complet. Sa respiration est stertoreuse, son pouls bat 128 pulsations par minute. Mort à 3 heures de l’après-midi.
Autopsie faite 4o heures après la mort.
Encéphale: A l’incision de la dure-mère, il ne s’écoule pas de liquide. On est frappé par l'aspect sec des circonvolutions sur lesquelles la piemère et le feuillet viscéral de l’arachnoïde sont strictement appliqués, sans interposition de sérosité. ;
Les vaisseaux pie-mériens sont pär contre très dilatés, et la congestion du cerveau est marquée.
Il existe en deux points, le long de la scissure de Sylvius droite et au niveau du lobe occipital droit, des granulations miliaires très fines, groupées autour d'arborisations vasculaires dilatées ; elles donnent à l'écorce cérébrale un aspect bigarré.
A la base du cerveau : il existe aussi quelques granulations grises distribuées aux environs du chiasma, de la tige de l’hypophyse et de la fente cérébrale de Bichat ; on en trouve également quelques-unes
sur le bulbe et le cervelet. Nulle part, ni sur la convexité, ni à la base on ne remarque d’exsudat purulent.
Le ventricule latéral droit est dilaté, pointillé de vaisseaux ectasiés ; on remarque sur ses parois quelques granulations. A la coupe, le cerveau ne présente pas de lésions profondes. Poumons : sains, légèrement congestionnés.
Ganglions trachéo-bronchiques : très augmentés de volume, caséeux et même ramollis par places.
Cœur et péricarde : normaux.
Péritoine : sain.
Fote : pas hypertrophié, non congestionné, gras. Rate : normale.
Reins : sont congestionnés, se laissent facilement décapsuler. Capsules surrénales : ne présentent pas de lésoins. Recherches de laboratoire. — Chez ce malade on a pratiqué deux ponctions lombaires.
ire Ponction lombaire. — 22 juin 1905. Onzième jour de la maladie. Position assise.
Quantité : 15 cc.
Ecoulement : en jet pendant toute la ponction. Couleur : incolore, eau de roche.
Limpidité : légèrement trouble, aspect irisé, Fibrine : coagulum très net, peu abondant.
Cytologie. — 1° Numération.
Globules rouges : 70 par mmc.
Eléments blancs : 720 par mme. :
Nombre total des éléments blancs : 50.400.000. Les 2/3 des éléments blancs sont déchiquetés, déformés, granuleux. Il y a d’assez nombreux débris protoplasmiques. 2° Pourcentage.
Lyphoeyiesee Le LR SRE AE RE Oo Grands éléments uninucléés . . . . . pu Polynucléaires ee ES ST 6 Ge
Les lymphocytes sont bien conservés. Les grands mononucléaires sont représentés seulement par leur noyau, à peine teinté, très ombré. Les polynucléaires sont légèrement déchiquetés sur les bords.
Recherche du bacille de koch. — Positive,
Deux préparations ont été examinées avec soin à ce point de vue; sur lune on à vu un bacille court et trapu.
2° Ponction lombaire. — 23 juin. Douzième jour de. la maladie.
Position assise.
Quantité : 10 centim. cubes.
Ecoulement : goutte à goutte.
Couleur : liquide teinté par les globules rouges, provenant d’une piqûre vasculaire, Limpidité : impossible à apprécier à cause des hématies. Fibrine : Coagulum fibrineux très net formé en 1/2 heure. A:— 0,90.
Cytologie. — 1° Numération.
Globules rouges : 4.960.
Eléments blancs : 860.
Nombre total des éléments blancs : 60.200.000. I y a de nombreux éléments blancs, détruits, éclatés; quelques débris protoplasmiques.
2° Pourcentage.
LYMIDDOCYLES LAN Me RAR AR 183:5.
Grands éléments uninucléés . . . . . 1,2.
DOIMUCIÉATTESS LE Ne CL re EUR TO023%
Les grands éléments uninucléés sont très rares, ils sont à peine reconnaissables, représentés uniquement par leur noyau flou, estompé, très faiblement coloré. Les autres éléments ont les mêmes caractères qu’à la ponction précédente.
Recherche du bacille de Koch. — N'a pas été faite.
Inoculations. — Quatre cobayes ont été inoculés avec le liquide céphalo-rachidien retiré le 22 juin, onzième jour de la maladie.
Deux cobayes ont reçu l'un 4, l’autre 5 cc. de liquide céphalo-rachidien nature dans le péritoine. Sacrifiés le 26 juillet, ils avaient l’un et l’autre une tuberculose généralisée très avancée.
Le troisième cobaye a été inoculé avec 4 cc. de liquide céphalorachidien centrifugé pendant 2 heures à la turbine à eau. Sacrifié le 26 juillet, il n'avait pas träce de tuberculose.
Le quatrième a reçu dans le péritoine le culot de centrifugation des 4 ce. précédents. Sacrifié le même jour que les autres animaux, il présentait des lésions tuberculeuses aussi avancées que les deux premiers cobayes.
La recherche du bacille de Koch dans les lésions viscérales des cobayes n®% 1, 2 et { est positive. |
Observation III. — Méningite tuberculeuse, à forme hémiplégique. Granulie méningée et méningile en plaque. Foyer urinaire primitif. Lymphocytose prédominante. — J..., briquetier, âgé de 22 ans, entre le 20 juin 1905 à l'hôpital oh salle Woillez, lit n° 20, dans le service de M. Widal.
Il vient de Ricord, où il est en traitement depuis 3 mois pour une
cystite. On le fait passer dans un service de médecine générale parce que depuis 8 jours il est abattu, prostré, se plaint de la tête et qu'il a par moments du délire. De plus on a constaté aujourd’hui que tout son côté gauche est parésié.
C’est un homme jeune, d’aspect robuste; il est grand et bien musclé. Il est couché en chien de fusil, fuyant la lumière, presque complètement enfoui sous ses couvertures ; les yeux clos, il semble indifférent à tout ce qui se fait autour de lui. Il répond avec peine aux questions qu'on lui pose; on dirait qu’il regrette ses paroles qui sont pénibles, traînantes. Dès que l’on cesse de l’interpeller il retombe dans sa torpeur. Il est tranquille et ne délire pas.
A première vue on est frappé de l’immobilité des membres du côté gauche, qui restent toujours inertes sur le plan du lit, et retombent brutalement sur le matelas, quand, après les avoir soulevés, on les abandonne brusquement. La paralysie n’a pas respecté la face ; les traits sont nettement déviés vers la droite. À gauche, le réflexe rotulieu est exagéré, ilexiste de la trépidation épileptoide du pied, le signe de Babiadle est manifeste. À droite, les reflexes sont normaux, il n°y a pas de clonus du pied. On n’éprouve aucune difficulté à mobiliser les uns sur les autres les divers segments des membres paralysés; mais les muscles de la nuque contracturés immobilisent absolument la tête. En faisant asseoir le malade, et en s’efforçant d'étendre ses jambes sur ses cuisses, on observe le signe de Re dans toute sa pureté.
La sensibilité est intacte ; nulle part il n’existe de points névralgiques IL n’y a pas de douleurs code pas d'hyperesthésie cutanée ; il semble seulement que les sensations douloureuses soient mieux perçues à la racine des membres qu’à leur extrémité.
Les pupilles sont plus dilatées que normalement, elles sont égales, réagissent à la lumière et à l’accomodation. Il y a de l’hémianopsie temporale.
L’ouïe semble normale.
On ne trouve aucun trouble trophique ; les phénomènes vasomoteurs sont uniquement représentés par l'apparition rapide et la persistance de la raie méningitique.
La température est à 38,8 ; le pouls régulier, dur, bien frappé, bat 88 pulsations par minute.
L’auscultation du cœur et des poumons révèle l'intégrité de ces
| 1 organes.
La langue est sale, blanche au centre, rouge sur les bords. Le ventre est dur, creusé, rétracté en bateau. La constipation est opiniâtre. Il n’y a pas de vomissements. L’anorexie est complète.
Les urines sont très rares, franchemént hématuriques ; leur couleur
est celle du sang pur ; elles sont émises à intervalles très rapprochés ; les mictions sont très douloureuses et très peu abondantes.
On trouve de chaque côté quelques ganglions inguinaux. Les testicules sont sains, et le toucher rectal ne fournit aucun signe d’altération de la prostate.
Les antécédents héréditaires de cet homme sont excellents ; ses parents sont vivants et bien portants, il a quatre frères en bonne
‘santé.
Lui-même n’a jamais été malade. Il a eu la blennorhagie il y a 2 ans, ne s'est pas soigné, et à dû rentrer, il y a 3 mois, à Ricord pour de l’uréthrite chronique.
Le 22 juin. — L'état du malade ne s’est pas amélioré. La température est depuis la veille restée constammentau-dessus de 39°. Le pouls toujours régulier est à 76°. On pratique une ponction lombaire.
Le 24 juin. — La nuit précédente a été mauvaise, un délire doux et tranquille, mais continu, s’est installé. Pendant les périodes de calme relatif le malade est toujours couché en chien de fusil. Ce matin on constate très nettement de la danse des pupilles ; les pauses respiratoires s’observent à intervalles assez rapprochés.
Le pouls est à 100; il est égal et régulier. La température est à 370. On pratique dans un but thérapeutique une deuxième ponction lombaire.
Le 26 juin. — Aucun phénomène nouveau n’est apparu. Le malade est moins délirant mais il est presque comateux. L’hémiplégie gauche persiste avec les mêmes caractères qu'au début de la maladie. La fièvre tend à remonter, elle est à 37,6 à 7 heures du matin, elle atteint 38,2 le soir. Le pouls toujours régulier est à 120. On fait une troisième ponction lombaire.
Le 27 juin. — Le malade meurt à neuf heures du soir sans avoir présenté de nouveaux symptômes.
Autopsie. — Encéphale.— Dès que l’on incise la dure-mère on voit s'écouler beaucoup de liquide.
La base du cerveau est le siège d’un exsudat particulier, gélatiniforme, assez abondant, entourantlatige de la glande pituitaire, et attei gnant le chiasma des nerfs optiques. Autour de la fente cérébrale de Bichat on voit très nettement tout un semis de granulations miliaires. Nulle part il n’existe à la base d’exsudat purulent.
Hémisphère gauche. — On remarque le long d’un vaisseau qui rampe à la partie supérieure de la scissure de Rolando un exsudat purulent blanchâtre, très concret. ,
Au niveau de la scissure de Sylvius : exsudat gélatiniforme, de même aspect que celui de la base du cerveau.
Enfin sur la face externe de l'hémisphère on voit de place en place des suffusions hémorragiques pie-mériennes légères ; leur disposition paraît être régie par celle des granulations fines miliaires, qui en occupent le centre ; elles siègent surtout à la partie postérieure des lobes occipital et pariétal.
A la face interne de l'hémisphère, sur les circonvolutions du corps calleux et frontale interne, on trouve aussi de fines granulations miliaires.
Hémisphère droit. — Le long de la sylvienne existe un exsudat gélatiniforme presque purulent, remontant légèrement le long de la scissure de Rolando. Ailleurs il y a, plus encore que sur l’autre hémisphère, des foyers de suffusion hémorragique surtout abondants au niveau du lobe pariétal.
Mésocéphale et cervelet. — Rien de pathologique, si ce n’est un exsudat gélatineux à la partie antérieure du vermis supérieur.
Substance cérébrale. Ventricules. Les ventricules sont dilatés ; mais, macroscopiquement, la substance cérébrale est intacte.
Poumons très congestionnés, mais ni tuberculose pulmonaire chronique, ni granulie.
Il n’y a pas de pleurésie; il existe seulement quelques adhérences lâches, et faciles à rompre à la base droite. Pas de ganglions trachéobronchiques tuberculeux.
Cœur. L'endocarde, le péricarde et le myocarde ne présentent aucune altération pathologique.
Foie ee ue os congestionné.
Rate normale aussi, On n’y remarque pas de granulations miliaires.
Rein. Le rein droit est gros, rouge, mou, congestionné, pas de lésions tuberculeuses.
Le rein gauche est creusé de plusieurs cavernes bourgeonnantes, contenant un magma grumeleux caséeux, qui gagnent la périphérie de l'organe, dont elles sont seulement séparées par une faible bande de parenchyme congestionné, Ce sont les calices envahis par la tuberculose. L’uretère lui-même est atteint : il est épaissi, dilaté, Le rein est manifestement frappé de pyélonéphrite tuberculeuse.
Capsules surrénales. Sont macroscopiquement saines.
Vessie. La muqueuse est rouge, congestionnée ; à jour frisant on voit à sa surface quelques tubercules disséminés, clairs et transparents. Les parois vésicales sont hypertrophiées.
Prostate a un volume normal. A la coupe, on voit qu’elle contient en son centre trois tubercules caséeux en voie de ramollissement.
Testicules sont sains.
Recherche de laboratoire. — Examen bactériologique des urines
ET MÉNINGITE TUBERCULEUSE a11
pratiqué le 22 juin. La recherche du bacille de Koch est positive, il existe de nombreux amas de ce microbe sans le culot des urines fraichement émises et centrifugées.
Ponctions lombaires. — On a pratiqué chez ce malade trois ponctions lombaires.
ire Ponction lombaire. — 23 juin 1905. Dixième jour de la maladie. Position assise.
Quantité : 17 ce.
Ecoulement : goutte à goutte.
Couleur : eau de roche.
Fibrine : pas de coagulum fibrineux au bout de 24 heures. Globules rouges : 1.085 par mme.
Eléments blancs : 157 par mme.
Nombre total des éléments blancs : 10.940.000. Les globules blancs sont déchiquetés, allongés, étirés. 20 Pourcentage.
EAN OR ETES RER ER ER Grands éléments uninucléés . . .*. . . 2 RO ETUR CAO RUE SONNR PAT ASE NET 1
Tous les éléments sont altérés ; les polynucléaires sont échancrés, irréguliers, les lymphocytes déchiquetés, les mononucléaires réduits à un noyau pâle.
Recherche du bacille de Koch. —Négative, malgré l'examen attentif et complet de deux lames.
2e Ponction lombaire. — 24 juin 1905.Douzième jour de la maladie,
Position assise.
Quantité : 30 cc.
Ecoulement : en jet pendant toute la ponction. Couleur : eau de roche.
Limpidité : parfaite.
Fibrine : léger coagulum fibrineux en 1 heure 1/2 A: — Are
Cytologie. — 1° Numération.
Globules rouges : 342 par mme.
Eléments blancs : 385 par mme.
Nombre total des éléments blancs : 26.950.000.
2° Pourcentage.
Éysaphocyies PMR NQI EN ASE Cr SE a
Grands éléments uninucléés. . . . . . 8,9 Polynucléaires CR ee PR EE Re 0
Toutes les cellules sont altérées, les noyaux sont mal colorables. Les grands mononucléaires presque tous en voie de destruction. Recherche du bacille de Koch. — Positive.
On trouve deux bacilles de Koch après examen attentif de trois pré- : parations colorées au Ziehl.
3e Ponction lombaire. — 26 juin. Quatorzième jour de la maladie. * Position assise.
Quantité : 20 cc.
Ecoulement : goutte à goutte.
Couleur : eau de roche.
Limpidité : parfaite.
Fibrine : coagülum léger.
Cytologie. — 1° Numération.
Globules rouges : 172 par mme.
Eléments blancs : 445 par mmc.
Nombre total des éléments blancs : 31.150.000. : 2° Pourcentage.
Lymphocytes AT 80,/ Grands éléments uninucléés. . CONTE 2 Polfaucléaires res ES ACT ENRE 17,6
” Les éléments sont moins altérés que les jours précédents: on ne voit plus de noyaux pâles, restes de grands mononucléaires. Les rares grands mononucléaires, que l’on voit, ont un noyau bien coloré, un protoplasma nettement différencié.
Recherche du bacille de Koch : positive.
Sur la première lame examinée on trouve deux longs bacilles granu-
leux.
Recherche du bacille de Koch dans la sérosité sous pie-mérienne après la mort. — L'examen de deux lames faite avec le culot centri-
fugé de cette sérosité pipée dans les régions les plus manifestement atteintes de tuberculose n’a pas montré de bacille de Koch.
Inoculations. — Quatre cobayes sont inoculès le 22 juin 1905, dixième jour de la maladie, avec le liquide céphalo-rachidien.
Cobaye n° 1 et le cobaye n° 2 reçoivent dans le péritoine 3 cc. de liquide nature.
Le cobaye n° 3 reçoit dans le péritoine 2 cent. c. 1/2 de liquide céphalo-rachidien centrifugé pendant 2 heures 1/2 à la turbine à cau.
Le culot de centri fugation de ce liquide est inoculé dansle péritoine du cobaye n° 4.
Sacrifiés le 26 juillet les cobayes n° 1 et 4 présentent des lésions avancées et généralisées de tuberculose.
Le cobaye n° 3, inoculé avec le liquide centrifugé, est également atteint de tuberculose, mais moins généralisée et moins avancée, que les précédents.
Seul le cobaye n° 2 qui pourtant a reçu du liquide nature est indemne de lésions tuberculeuses.
La recherche du bacille de Koch dans les granulations viscérales des cobayes no 1, 3 et 4 est positive.
Observation IV.— Méningite à forme délirante. Lymphocytose prédominante. —M... Marie, 33 ans, chiffonnière entre le 22 juin 1905 à l’hôpital Cochin, salle Potain, n° 13, dans le service de M. Chauffard.
Elle a dudélire, etonne peutobtenir d’elle aucun renseignement. On apprend seulement, par les voisines qui l'amènent, qu’elle est malade depuis dix jours environ. On ne sait rien de ses antécédents héréditaires ; c’est, parait-il, une alcoolique invétérée.
La température est élevée à 4o°. Son pouls bat 100 pulsations par minute. L'examen des différents organes ou systèmes est négatif ; seule l’auscultation pulmonaire apporte au diagnostic un élémentnouveau : le sommet droit, submat en avant, est nettement soufflant, et sous la clavicule on entend des râles sous crépitants. Etant donnés les antécédents alcooliques de cettefemme, son délire, on pense qu’elle fait une pneumonie du sommet, et qu’elle commence du délirium tremens.
On lui fait en conséquence une injection de 8 milligrammes de sulfate de strychnine, on couvre son poumon droit de ventouses sèches,
Le 23 juin. — Le délire persiste, mais il est plus doux et plus tranquille : il n’y a pas d’hallucinations effrayantes. Les périodes de lucidité sont plus fréquentes et plus persistantes. Le facies est toujours le même, vultueux, presque cyanosé. La respiration est stertoreuse, l’auscultation du sommet droit révèle la présence des mêmes signes que la veille : la malade n’expectore pas.
On recherche les signes méningés ; il n’y a pas de raideur de la nuque ; le signe de Kernig est absent.
La température est toujours très élevée à 4002. Le pouls atteint 110 par minute.
Le soir : l’état est toujours le même, la fièvre continue à monter, elle est à 4004. Le pouls bat 112 pulsations par minute. On prescrit une injection sous-cutanée de sérum artificiel de 300°.
Ramond
Le 24 jain. — Le délire est toujours le symptôme dominant ; il semble avoir retrouvé son intensité du premier jour. Il n’y a toujours aucun signe de méningite ou de localisation cérébrale.
’état du poumon droit semble meilleur : le souffle perçu sous la clavicule est moins étendu et moins rude ; les râles sont moins abondants, plus humides.
La température est de 40°,2 ; le pouls marque 120 par minute.
Le soir la fièvre monte de un dixième, 4o°,3 ; on fait une nouvelle injection hypodermique de 300 cc. de sérum artificiel.
Le 25 juin. — La température oscille au-dessus de 4o°. On compte à la radiale 130 pulsations par minute. Les signes pulmonaires persistent, mais semblent en voie d'amélioration. On ne trouve rien au cœur.
Le ventre est ballonné ; la malade ne va pas à la selle sans lavement, et, bien que la rate ne soit pas hypertrophiée, on fait un sérodiagnostic qui reste négatif.
L’examen desurines révèle l'existence d'une grosse albuminurie.
26 juin. — La température atteint 41. Le pouls régulier, mais faible, est à 140 par minute. En faisant asseoir la malade pour l’ausculter on constate : de la raideur de la nuque, du signe de Kernig. Le délire est continuel. ;
Il n’y a aucun autre phénomène cérébro-méningé. L'amélioration des symptômes pulmonaires persiste.
27 Juin 1905. — La fièvre est montée à 41°,5. Le pouls très précipité est à 160. Au délire a succédé la prostration.
La malade meurt dans le coma à 2 heures de l’après-midi.
Auatopsie. — A été refusée par la famille.
Recherches de laboratoire. — On n’a pratiqué chez cette malade qu’une seule ponction lombaire.
Ponction lombaire. — 26 juin. Quatorzième jour de la maladie.
Position : assise.
Quantité : 15 cc.
Ecoulement: gouttes rapides.
Couleur : jaune ambré.
Fibrine : coagulum léger.