MM. SABOURAUD ET DOMINICI
Dans le cours de ces dernières années la pratique des ponctions pleurales et lombaires s’est répandue et généralisée ; les liquides séro-fibrineux et céphalo-rachidiens, couramment recueillis pendant la vie des malades, sont devenus pour les recherches scientifiques un nouveau champ d’investigation ; les progrès accomplis par la bactériologie, l’expérimentation, la cytologie ont permis de mieux analyser les réactions, dont ils étaient le siège, et d'arriver à une meilleure interprétation pathogénique des phénomènes qu’on y observait. Ainsi, la sémeiologie des maladies de la plèvre et des méninges s’enrichissait de précieuses données qui rendaient leur diagnostic plus aisé et plus certain.
Il est aujourd’hui bien établi que la pleurésie franche aiguë dite idiopathique, a frigore, et la méningite tuberculeuse sont de même origine microbienne, et pourtant combien est saisissant le contraste qui existe entre l’évolution absolument opposée de ces deux maladies ! A ne s’en tenir en effet qu’à leur allure clinique, 1l n’est pas d’affections plus disparates que la pleuro-tuberculose primitive, toujours spontanément curable, et que la méningite tuberculeuse, dont c’est la destinée d'aboutir à la mort. Et pourtant, là ne s'arrêtent pas les dissemblances.
La méninge, dit-on, enveloppe les centres nerveux éminemment fragiles et susceptibles, tandis que la plèvre recouvre le poumon essentiellement tolérant et résistant, et l'on ne sau-
Ramond !
rait comparer l'inflammation de ces deux séreuses : ilest clair que la vulnérabilité différente des organes sous-jacents commande leur pronostic. Que la différence de localisation de ces deux processus tuberculeux explique dans une certaine mesure la bénignité relative de la pleurésie et la gravité de la méningite tuberculeuse : nul ne songe aujourd'hui à le contester. Mais sans aucun doute, la constitution même des parois pleurales et méningées, et les réactions qu’elles sont capables d’opposer à un même agent pathogène, nous rendent compte en grande partie de l’évolution si dissemblable de ces deux maladies. La pleürésie, grâce à la rapide formation d’une néo-membrane fibreuse épaisse et résistante qui enkyste le foyer infectieux devient le type d’une véritable tuberculose locale et en comporte le pronostic ; la méningite, au contraire, à cause de la pauvreté de la réaction fibrineuse que l’arachnoïde fournit en présence du bacille de Koch, et au peu de consistance des exsudats dont elle détermine la formation, reste pendant toute sa durée une tuberculose pour ainsi dire ouverte : de nouveaux bacilles peuvent sans cesse se déverser dans le liquide céphalo-rachidien, et aucune barrière ne s'oppose à ce qu’ils envahissent les gaines périvasculaires ou pénètrent dans le torrent circulatoire.
L'ensemble de ces considérations nous a conduit à penser qu'il serait peut-être intéressant de comparer, aux diverses périodes d'évolution des pleurésies et des méningites tuberculeuses, les caractères des liquides pleuraux et céphalorachidiens, d'apprécier par l’examen direct leur teneur en bacilles de Koch, de déterminer par l'inoculation au cobaye leur virulence et leur toxicité, de numérer et de reconnaître les éléments blancs qu’ils renferment, d'évaluer la quantité de fibrine ou de sérosité qu'ils contiennent.
L'avantage, qu’offrent les ponctions de la plèvre et de l’espace sous-arachnoïdien de pouvoir être répétées dans un but diagnostique ou thérapeutique, nous a permis de multiplier les examens chez un même malade, et de suivre chez l’homme, d’une façon pour ainsi dire expérimentale, les phénomènes
dont les liquides pleuraux et céphalo-rachidiens tuberculeux constituent le terrain.
On verra que cette étude nous a amené à constater un certain nombre de faits intéressant la pathologie générale, à savoir : l’évolution cyclique des processus de défense dans la pleuro-tuberculose primitive ; l’atténuation de la virulence de la sérosité pleurale à mesure que la maladie s'éloigne de son début..., etc. Elle nous a apporté en outre des notions pratiques, utilisables en clinique : nous n’en voulons citer comme exemple que l’application possible de la numération des éléments blancs à la mesure approximative du volume d’un épanchement pleural.
Ce travail comprend quatre parties :
Dans la première nous exposons la fechnique générale de nos examens.
La seconde concerne la pleuro-tuberculose primitive ; on y trouve un résumé de nos connaissances actuelles sur le liquide pleural tuberculeux basé sur les conclusions des travaux antérieurs, et sur les résultats de nos recherches à propos de 21 observations personnelles.
La troisième est consacrée aux méningites tuberculeuses ; outre la relation de r3 observations personnelles, on y voit répétée pour le liquide céphalo-rachidien la même étude que pour la sérosité pleurale.
Dans la quatrième enfin, nous tentons un essai d’interprétation pathogénique de ces processus si différents malgré leur même origine, que l’on observe dans la plèvre et dans la méninge.
Les observations rapportées dans ce mémoire ont été pour la plupart prises à l'hôpital Cochin dans le service de notre Maître M. Widal que nous sommes heureux de remercier ici de l'affectueux intérêtqu'il n’a cessé de nous témoigner depuis que nous avons eu l'honneur d’être son interne, et des con»
k INTRODUCTION
seils qu'il nous à prodigués pour la rédaction de ce travail.
Nous devons un certain nombre de documents à l’obligeance de M. Chauffard qui nous a ouvert son service : nous lui en exprimons notre vive et respectueuse reconnaissance.
Notre Maître M. Achard, dont la bienveillante sollicitude nous a été maintes fois précieuse, nous a engagé à adopter pour l'évaluation de la quantité d’un épanchement pleural sa méthode du bleu de méthylène ; grâce à lui nos recherches sont devenues plus précises. Qu'il accepte l'hommage de toute notre gratitude.
Nous tenons également à remercier :
M. Lesné, qui ne nous a jamais ménagé les preuves de sympathie, et à qui nous devons de pouvoir publier une intéressante observation de méningite tuberculeuse à polynucléaires (Obs. XIV).
M. G. Froin qui nous a inspiré le sujet de notre thèse ; et dont les conseils et la collaboration nous ont aidé à mener à bien notre tâche.
Nos collègues et amis L. Boidin, M. Faure-Beaulieu et L. Rivet qui se sont toujours empressés de nous signaler les cas de méningites et de pleurésies tuberculeuses observés par eux.