‹ Plik et Plok. Atar-gullChapitre 13 sur 65 · COMBAT · texte numérisé non relu

COMBAT

L'abordage!... rabordage!...

On se suspend au cordage.

On 8*élaDce des haubans.

VïcToa Hugo, Navarin,

— Maître Durand ! des boulets ! ! — Maître Durand, il vient de se déclarer une voie d'eau dans la fosse aux lions. — Maître Durand > ma tète^ mon bras, tenez, voyez comme ça saigne l

— Et le nom de maître Durand, le canonnier-chirurgien-charpentier du bord, retentissait depuis le pont jusqu^à la cale, dominant le bruit et le tumulte inséparables d'un combat aussi acharné que celui qui se livrait entre le brick et la corvette; et, de fait, à chaque volée qu'il envoyait, VÉpermer tremblait et craquait dans sa membrure comme s'il eût été sur le point de s'cntr'ouvrir.

— Msutre Durand, des boulets! — La voie d'eau! — Ma jambe ! — répétaient des voix confuses et pressées.

— Mais, sacredieu! un instant; je ne puis pas tout faire : des boulets à envoyer en haut^ une avarie à réparer en bas, vos blessures à regarder... Il faut commencer par le plus pressé, et puis on s'occupera de vous, tas de braillards; car à quoi êtes-vous bons maintenant? vous êtes aussi inutiles qu'une vergue sans voiles et sans ralingues.

— Maître ! des boulets ! vite des boulets !

— De§ boulets î vrai Dieu, quels coups ! si on joue cet air-là encore pendant un quart d'heure , nous serons à sec de gargousses^ Tenez, enfants, et ménagez-les. Ce sont les dernières.

Alors M. Durand quitta le sac du canonnier pour prendre le maînet du calfat, et se précipita dans la fosse aux lions afin d'arrêter la voie d'eau.

— Sacrebleu ! je souffre bien, — dit maître Zéli.

H était étendu par terre dans le faux-pont, à peine éclairé par un fanal soigneusement fermé ; sa cuisse droite ne pendait plus qu'à un seul lambeau, la gauche avait été entièrement emportée.

Autour de lui gémissaient d'autres blessés, jetés pêle-mêle sur le plancher en attendant que M. Durand pût quitter le maillet pour le couteau.

— Sacrebleu! j'ai soif, — continua maître Zéli; — je me sens faible. C'est à peine si j'entends nos canons parler; est-ce qu'ils sont enrhumés?

Au contraire, les bordées étaient plus nomxies et plus éclatantes que jamais : c'est que l'audition de maître Zéli était déjà affaiblie par les approches de la mort.

— Oh! j'ai soif, — dit-il encore, — et froid, moi qui avais si chaud tout à l'heure! ^ Puis, s'adressant à mi confrère :

— Fai3 donc attentioii^ toi^ le Polonais^ qa'estrcc que Ui a^ à. te roidir coimne ça? Oh! cré coquin! est-il laidi Ticns^ voilà. ses yeux blancs.

C'en était un qpi expicait dans les dernières convulsions de l'agonie.

— Durand; vien& donc^ cordieu! -?- cria de nouveau Zéli^ — viens voir ma jambe^ mon vieux.

— Jfe suis à toi dans Uinstant; ua coup dç maillet encore^ et l'avarie que nous avions à la flottaison ne paraîtra pas plus. que la trace d'un aviron sur la surface de l'eaju. Allons, à ton tour; nou3 nous sommes donc cognés?

— Oui, un peU) — répondit Zéli,

M. Durand décrocha le fanal et l'approcha de maître Zéli^^ qui grimaça une espèce de sourire, tout fi^r de la surprise dô. M. Durand.

— Tiens, — dit le chirurgien-charpentier-canonnier, — où est donc ton autre jambe, farceur?

— Là-haut, sur le gaillard d'avant, encore peut-être... Allons, débaixasse-moi de celle-ci, car elle me gêne. On dirait qu'où m'a attaché un boulet de trente-six au pied. Oh ! j'ai soif, toujours soif.

Tout en examinant la jambe de maître Zéli, M. Durand Si^ coua trois ou quatre ibis la tête et sifflota, fort bas^ il est vai, l'aij: du Bouton de rose, puis finit par dire :

— Tu es L..U, njo». vieux.

— Ah ! mai» là, vrai, bien?...

— Oh ! bien.

— Alors, si tu es ua brave garçon^ prends mon pistolet et çasse-moi la tête.

— ; J'allais te le proposer.

— MercL

— Tu n'ajs pas de commission avant?

— Non. Ah! si : tiens, voilà ma montre; t^ la donneras à Grain-de-Sel,

— Bien. Allons...

— Ah ! j'oubliais; si le capitaine ne crève pas là-haut comme un mou^quetj» dis-lui de ma part qu'il a commandé comme un brave.

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— Bien, Voyons...

— Ainsi; tu crois que je suis ce qui s'appelle...

— Oui; foi dlionune; et tu penses bien que je ne voadi*ais pas faire une farce à un ami.

— C'est vrai. Malgré ça, c'est vexant tout de même... Brrr. Quel froid! Je ne puis presque plus parler... 11 me semble quo ma langue est aussi lourde qu'un morceau de plomb. Tiens, ça tourne... Adieu, vieux. Encore une poignée de main... ^ons; y es-tu?

— Oui.

— Ah çà! ne me manque pas! Feu! me via guéri... n tomba.

— Pauvre b,.,.*, dit M. Durand»

Ce fui l'oraison funèbre de maître Zéli.

M. Durand aurait peut-être- désiré terminer toutes ses opé* rations aussi cavalièrement; mais ses autres clients, effrayes de la violence du topîjque, qui avait pom^ta^t si bien réussi à maître Zéli, préférèrent des emplàbes d'étoupe et de graisse, qjuie llipnpête docteur appliquait indistinctement à tout et pour tout, avec un supplément de consolations pour les mouraats. C'était tantôt : — Bah! après nous, la fin du monde. — Ou Lien encore : — La prochaine campagne devait être rude, l'hiver froid, le vin mauvais; — et une foule d'autres gracieusetés destinées à adpucir les derniers moments de ces pauvres pirates, qui avaient le souci de quitter une honorable existence sans trop savoir où ils allaient.

M. Durand fut interrompu brusquement au milieu de ses soins spirituels et temporels par Grain-de-Sel, qui tomba comme une bombe au milieu de sept agonisants et de onze morts.

— Viens-tu gâter ma besogne, chien? — dit le do<:teur. •Et le mousse reçut avec cette admonitipa un souJQQet à assommer un rhinocéros.

— Non, maître Durand; au contraire, on demande des gargousses là-haut, car. on vient d'envoyer la dernière volée; c'est la corvette anglaise qui tient bon, tout de même; elle est rase comme im ponton, et elle fait un feu qu'on ne s'y voit pas... Ah! — Et puis j'ai un doigt emporté par un biscaien. Tenez,

— Veux-tu pas que je perde mon temps à regarder ton égratignure^ gredin^ chien !

— Merci, monsieur Durand; le fait est qu^il vaut mieux ça qu'un bras de moins, — dit Grain-de-Sel en tortillant à la hâte son tronçon de doigt dans de Fétoupe. — Mais tenez, — ajoutât-il, — voilà une pratique qui vous arrive, maître.

C'était un blessé qu'on descendait dans le faux-pont; comme il était mal attaché, il tomba et s'acheva sur le panneau.

— Encore un de guéri, — dit maître Durand, qui était absorbé, pensant à remédier au manque de boulets.

— Des gargousses!... en haut des gargousses! — crièrent plusieurs voix avec un iaccent de terreur.

— Sacrebleu! quand on devrait charger les caronades avec des mousses, on fera feu sur l'Anglais ! — s'écria maître Durand en montant rapidement sur le pont.

Grain-de-Sel le suivait, ne sachant pas si l'intention que le maître avait manifestée, de l'employer comme projectile, était une plaisanterie ou non. Mais, fidèle à son système de consolation, il se dit : — J'aimerais encore mieux ça que d'être pendu par les Anglais.

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