PJ^IK ET PiOB
La corvette anglaise avançait^ avançait toujours... Kemok fit appeler Mélie, et lui dit :
— Chère amie^ le four chauffera probablement; tout à l'heure tu vas descendbre dans la cale, t'y blottir^ e^ ne pas plus bouger qu'un canon sur son affût. . . Ah ! à propos,, si tu sei)^ lie brick tourbillonner et descendre j, c'est qo^ nous coulerons à fond. Tu comprends bien... nous coulerons, et attends-toi à voir plutôt cela qu'un marsouin fumer une pipe. Allons, pas de lannes, embrasse-moi vite, et que je ne te revoie plus qu'après la danse, si je n'y laisse pas ma'peau.
Mélie devint tellement pâle, que vous l'eussiez prise pour une statue d'albâtre. — Kemok... laissez-moi près de vous, — murmura-t-elle, et elle jeta ses deux bras autour du cou du pirate, qui tressaillit im instant et puis la repoussa.
— Va-t'en ! — lui cria-t-il, — va-t'en !
— Kemok... que je veille sur tes jours ! — dit-elle en s'at^ tachant à ses pieds.
— Zéli, délivre-moi de cette folle et descends-la à fond (te cale, — reprit le pirate.
Et conune on allait se saisir de Hélie, elle se dégagea violemment, et s'approcha de Kemok le teint animé, l'cçU çiia-. celant:
— Au moins, — lui dit-eHe, — prends ce talisuMm, porte-le, il protégera tes jours pendant le combat ': son effet est certain; c'est m9. vieille grand'mère qui me l'a donné. Ce charme magique est phis fort que la destinée*.. Crois-nool^ porte-le.
Et elle tendait à Kernok un petit sachet rouge suspendu à \^x cordon noir.
— Arrière cette folle ! — dit Kemok en haussant les épaules;
— ne m'as-tu pas entendu, Zéli? à la cale.
— Si tu meiffs, que ce soit donc par ta volonté ; mais au moins je partagerai ton sori. Rien, plus rien maintenant ne. protège mes jours; je redeviens femme comme tu es homme !
— s'écria Mclic, qui jeta le sachet dans les flots.
— Bonne fille ! — dit Kernok en la suivant des yeux pendant que deux matelots la descendaient dans le faux-pont, au mos[ea d'une chaise fixée à ui^ie longue corde.
PLIK ET PLOK M
Et la collette anglaise approchait^ approchait toujours... Zéli s'avança près de Kernok.
— Capitaine^ l'Anglais nous gagne.
-r- le le vois sacrebleu bien^ vieux sot ! nos avirons ne font rien^ ib fatiguent inutilement nos honunes; fais-les déborder» chaiger les caronades à deux boulets^ placer les grappins d'abordage^ mettre les pierriers dons les hunes; cai* nous aBons en découdre^ et il n'y a pas à tergiverser. Fais aussi amener les perroquets et hâler bas les bonnettes; si la brise fraîchit^ nous nous battrons soi^ nos huniers; c'est la in<E»lleure allure de l'Épervier.
Quand la manœuvre fut exécutée^ Kernok harangua aoa équipage ainsi qu'U suit :
— Enfants^ voici une corvette qui a les rçins solides; elle serre de si près VÈpermer, que nous ne pouvons, espérer de gagner au vent; d'ailleurs il n'en fait pas. Si nous sommes pris^nous serons pendus; si nous nous rendons, ce sera tout de même; combattons donc en braves matelots, et peut-^troi qu'en faisant feu, conmie dit le proverbe, des quatre pattes et de la queue nous nous en retirerons avec nos culottes. Mordieu ! mes garçons, l^Épervier a bien coulé un grand trois-mâts sarde sur les côtes de Sicile, après deux heures de combat; pourquoi craindrait-il cette corvette à pavUlon bleu? Songez aussi que nous avons dix millions à conserver. Gordien ! eur fants, dix millions ou la corde !
L'efiet de cette péroraison fut péremptoire^ et tout d'une voix l'équipage cria : — Houn^a ! Mort aux Anglais !
La corvette se trouvait alors si proche, que l'on distinguait parfaitement ses amures et son gréement.
Tout à coup une légère fumée s'éleva à son bord, un éclair brilla, un bruit sourd retentit, et un boulet siffla en passant près du beaupré de l'Mpervier.
— La corvette conmaence à parler, dit Kernok, — c'est notre pavilkHi qu'elle veut voir, la curieuse !
— ftue faut-il hisser? — demanda maître Zéli.
— Ceci, — dit Kernok, — car il faut être galant.
Et il poussa du pied une vieille souqueniUe de matelot, toutQ tachée de goudron et de vin.
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— - C'est drôle! — dit le maître^ et le haillon se guinda majestueuscment en haut de la drisse.
On croit f{ue la plaisanterie pai*ut faible à bord de la corvette; car deux coups de canon en partirent presque au même instant^ et les boulets hachèrent en quelques endroits le gréement de l'Épervier,
— Oh! oh ! nous nous fâchons^ la belle; tu fais la bégueule^ — dit Kernok. — A moi, Mélie ! — et il s'allongea sur la couleuviine qu'il avait baptisée de ce nom, visa, pointa : — A toi, l'Anglaise ! — et il fit jouer la batterie.
— Bravo! — s'écria-t-il, quand la fumée de l'amorce fut dissipée et qu'il put voir l'effet de son coup, — bravo! Vois donc, ZéH, déjà son peiToquet de fouque en pantène : ça promet, ça promet, garçons; mais c'est quand ^'^perrier va lui chatouiller les flancs avec ses griffes d'abordage que l'Anglaise va rire.
— Hourra! hourra! — cria l'équipage.
La corvette ne riposta pas au boulet de Kernok, répara son avarie au plus vite, et laissa poi-ter en pleui sur le corsaire.
Alors elle en était tellement près qu'on entendait la voix et le commandement des officiers anglais.
— Enfants, à vos pièces, — dit Kernok en se précipitant sur son banc de quart le porte-voix à la main ; — à vos pièces, et, sacredieu! ne faites pas feu avant le commandement.