‹ Plik et Plok. Atar-gullChapitre 43 sur 65 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

AT An - QVI.Ei

En aucune chose l'homme ne sait a'arréter an point de son besoin de volupté, de richesse, de puissance; il embrasse plas qu'il ne peat estreindce : son avidité est incapable de modération.

Montaigne, Ht. II, ch. zii.

11 y a des héros en mal comme en bien.

La Rochkfoucaold.

On se souvient, je crois, du beau grand nègre que feu M. Benoit avait acheté du courtier, d'Atar-Gull enfin, réveille si brusquement tout à l'heme par Bi-ulait, parce que^ disait -il.

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ce noîreau lui riait au nez. — C^était lui qui excitait encore Fattention du capitaine.

Séparé, je sais bien pourquoi, des autres noirs, on Pavait étendu en travers de la porte d'une petite cabine, située à Farrière du brick.

En repassant auprès de lui, maître Brulart glissa, trébucha, et finit par tomber en Jurant comme un païen.

En se relevant, il vit ses mains toutes tachées de sang, et Atar-GuU presque sans haleine.

Il s'approcha, et après un mûr examen, il s'aperçut que le malheureux s'était ouvert les veines du bras. . . avec ses dents ! ! !

Les morsures encore saignantes le prouvaient assez.

— Ah ! chien ! — s'écria le négrier, — tu t'amuses à me faire perdre deux cents gourdes; ime fois rengraissé, ton compte sera bon.

Puis, passant la tête hors du panneau : — Holà! Cartahut, — s'écria-t-il, et le mousse descendit.

— Tu vas aller dans le coffre là-haut, tu prendras les deux mouchoirs à tabac dé cette vieille bête que l'on est probablement en train de mastiquer sur les bords du fleuve Rouge; il doit être coriace en diable le chien, mais ces petits Namaquois ont de bonnes dents... enfin, grand bien lui fasse, ça' le regarde; — tu vas toujom^s m'apporter ses mouchoirs, et en outre, une chique que tu trouveras dans un vieux soulier, accroché à bord, près du porte-voix, car il faut bien que je fasse le médecin ici!

Hélas ! le capitaine Brulart n'avait point de chirurgien, par une raison bien simple : un homme était-il blessé à son bord, dans un combat, par exemple... il avait vingt-quatre heures pour se gijérir, et au bout de ce temps, s'il ne l'était pas, — à la mer.

Quant à ces rhumes légers qui soulèvent à bonds précipités le sein de nos jolies femmes, tout enveloppées de cachemires et de dentelles, de soie et de fourrures; quant à ces petites toux gracieuses et coquettes, et que l'on calme à grand'peine en puisant une guimauve blanche et parfumée dans un drageoir d'or...

Quant à ces spasmes neigeux, à cette douce et triste mélan-

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colie qui voilent Pëdât de deux beaux yeux 6t tes cernent d'une auréole azurée.. . on ne les connaissait pas à bord de la Hyène,

C'était quelqiiefois, souvent méme^ un honuné couvert de guenilles et de fange, ivre-mort, gorgé de lard et de morue, que Brulart faisait pendre la tête en bas pendant qu'on lui administrait, comme digestif, une vigoureuse bastonnade.

Ou bien un auti-e qui recevait d'un ami intime, d'un frère, au milieu d'ime innocente discussion sur le vol droit ou anguleux d'un goéland, sur l'avantage du poignard droit ou du poignard recourbé; qui recevait, dis-je, un coup de barre de fer sur la tête... lequel coup Brulart guérissait encore au moyen d'une forte application de sa bastonnade digestive à la plante des pieds, parce qu'une douleur chasse l'autre, disait-il.«.

Et puis^ pour rétablir l'équilibre, on finissait la cure en réitérant l'application siu* les reins, parce qu'alors la douleur, quittant la tête pour les pieds et les pieds pour les reins, devait avoir perdu toute son intensité dans ces voyages successifs. — Sinon, comme il paraissait patent qu'on ne pouvait Jamais guérir, et que Brulai't n'avait pas besoin de bouches inutiles à son bord, ^ àla mer.

On le voit, le capitaine pouvait fort bien se passer de chirurgiens, puisqu'il réunissait des connaissances d'un effet aussi sûr et aussi prompt; pourtant, lorsque Cai'tahut descendit, Brulart enveloppa avec une merveilleuse adresse les deux bras d'Atai'^GuU, après avoir appliqué sur l'ou.verture des veines ouvertes deux chiques, préalablement mâchées par Gartahut^ qui reçut cinq coups de pied à irriter un éléphant, pour ne pas mastiquer assez vite le topique.

— Maintenant, — dit Brulart à deux des siens, — attadiesmoi les mains de ce- moricaud-là et montez4e en haut^ sur le pont, il a besoin d'air...

On emporta Âtar-Gull presque inanimé : alors le vent, qui circulait plus vif, lui fit ouvrir les yeux.

C'était, on le sait, un homme d'une haute et puissante stature, en un mot, aussi colossal dans son espèce que Brulart l'était dans la sienne ...

A un geste du capitaine, tout l'équipage reflua sur l'avant» et il resta seul à contempler son orisonnier.

Atar-Gu]l> dé son côté^ ne le quittait pas dtt l*egard^ et tenait arrête sur lui un coup d'œil fixe et intuitif.

Entre ces deux hommes^ il existait je ne sais quelle affinité cachée, quels secrets i'appoi*ts> quelle bizarre sympathie^ naissant de Icm* conformation physique; involontairement ils s*admirâient tous deux, cartons deux avaient prototypée dans tous leui-s traits cette apparence de vigueur, de force et de catiictëre indomptable, qui est l'idéal de la beauté chez les sauvages.

Ces deux hommes devaient s'aimer oU se haïr; s'aimer; non de cette amitié timide et menteuse quô nous êonriaissons dattô nos brillants hôtels, que l'on éprouvé par un peu d*or, qui s'effraye d'un mot, d'un adultère ou d'un soufflet, mais de celte amitié large et puissante qui donne coup pour coup, dû sang pour du sang, qui se montre au milieu du meurtre et du carnage quand le canon tonne et que la mer mugit, et qui veut qu'on s'embrasse les lèvres noires de poudre et les bras rougis... et puis... si Pylade est blessé à mort, — un énergique adieu, un bon coup de poignard pom' terminer une lente agonie, un serment d'atroce vengeance que l'on tient, peut-êtrci une larme, — et Oreste est en paix avec lui-même.

Voilà conmie Biiilart et Atar-Gull devaient s'aimer, s'aimef ainsi ou se haïr à la mort, car tout devait être extrême che2 ces deux hommes.

Ils se haïrent... — Cette impression fût électrique et simultanée... mais eDe se traduisit bien différemment chez chacun d'eux; les yeux de Brulart étincelèrent et ses lèvres pâlirent. — Atar-Gull, au contraire, resta calme, froid, et un sourire d'une Inimitable douceur vint errer sur sa bouche; — son regard, tout à l'heure fixe et arrêté, devîftt suppliant et craintif, et c'est avec une expression de soumission profonde que le nègre tendit ses bras à Brulart...

Et pourtant la haine d'Atar-GuU était implacable, mais la subtile intelligence du sauvage lui apprenait que, pour arriver à satisfaire cette haine, il fallait se traîner par de longs et obscurs détours. Et la dissimulation qui se trouve aussi savante, aussi instinctive dans l'étoi de nature que dans l'état de civilisation la plus avancée, vir.î merveilleusement le servii*.

— C'est un lâche... il me craint, et il me demande grâce,

— avait dit Bnilai-t, — je croyais qu'il valait mieux que ça; au fait, c'est trop bmte pour avoir de la colère et de la haine.

. Cette conviction perdait Brulaii;; de ce jour Atar-GuU avait sur lui un avantage immense.

Le capitaine, ne le jugeant donc pas digne de son animosité, lui toui'na le dos.

Et ses pensées prirent une autre direction; il vint à se souvenir que ses noirs n'avaient rien pris depuis la veille, et appelant le Malais, qui parlait cafre et avait servi d'interprète dans l'échange du malhem^eux Benoît, il lui donna ses ordres. . Une hem'e après, les grands Namaquois reçurent une portion d'eau, de morue et de biscuit, puis vinrent par fractions de douze ou quinze humer un peu d'air sur l'avant du brick.

Ils s'épanouissaient aux bienfaisants rayons du soleil, ces pauvres nègres; ils oubliaient la vapeur épaisse et humide de la calle, et riaient de leur rire stupide en voyant ce ciel bleu, a qu'ils se montraient les uns aux autres.

Le Malais remonta comme la troisième fraction de femmes descendait... car les femmes que nous avons vues dans le faux-pont participaient aussi à cette bienfaisante promenade.

— Capitaine... — dit le Malais à Brulart (et il lui parla bas à l'oreille).

— Tout à l'heure, dans ce moment je suis en affaires, — répondit le capitaine qui paraissait courroucé. — Viens ici, toi, le Grand-Sec. — Il s'adressait à un matelot qu'on avait, je ne sais pouiquoi, surnommé le Grand-Sec, car il était gi'os et petit. — Viens ici, — reprit-il; — et pourquoi, carogne, as-tu osé toucher à une de ces dames qui viennent de descendre; ne sais-tu pas mon ordre... et que c'est sacré?...

— Oh! sacré... sacré...

Et il allait ajouter je ne sais quel horrible blasphème, que la large main de Brulart fit brusquement rentrer dans sa vilaine bouche.

— Et vous croyez que l'on a une cargaison pour votre plaisn! et que vous la gaspillerez, et que vous vous passerez toutes les douceurs de la vie?

-7 Vous en avez bien deux dans votre dunette, excusez..*

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alors c'est différent^ y pai'aît que ça vous va, et que ça ne nous va pas ! — dit Fincorrigible Grand-Sec, après avoir ramassé deux de ses dents et étanché le sang qui coulait à flots de sa bouche...

— Ah! tu raisonnes, mignon?... Tu la veux... eh bien, tu l'auras...

— La ne'gresse?... — ût le Grand-Sec.

— Oui!!!

Et dans ce oui il y avait une horrible ironie qui fit, maigre lui, tressaillir le matelot.

— BJais d'abord... il faut faire une petite promenade, mon garçon... ça t'ouvrira l'appétit pour souper... Mettez-le à clieval, — dit Brulart en montrant le malheureux Grand-Sec. — Et ce fut une grande joie à bord du brick.

Car si l'on comptait trouver parmi ces gens pitié ou commisération, c'était faute.

Une pimition ça aidait à passer le temps, car les cris du condamné égayaient un peu... mais tout cela ne valait pas une mort... oh! une mort!... parce que, voyez-vous, à une mort on héritait... ce n'était pas tous les jours fête!

Enfin, dix minutes après, le Grand-Sec faisait sa promenade à cheval.

C'est-à-dii'e qu'on lui avait mis une narre de cabestan entre les jambes, après l'avoir exhaussé de manière que ses pieds ne touchassent pas à terre; de plus, pendait à chaque jambe, à défaut de boulets, un des lourds pieniers de feu M. Benoît, et enfin, selon l'ordre du capitaine, on imprima au cabestan un mouvement rapide de rotation à peu près comme celui d'un jeu de bague; la seule différence consistait en ceci, qu'au lieu d'avoir les pieds appuyés sur des étriersy le Grand-Sec les avait tiraillés par deux poids de cent Uvres chaque.

Aussi les ai'ticulalions commençaient à craquer et à se détendre, conmie s'il eût été écartelé...

n criait... il criait, et ses plaintes étaient aiguës, convulsives et saccadées.

— Vois-tu, Grand-Sec, — dit l'un en riant aux larmes, — tu es dans ta croissance...

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— Hue... hue donc! pique donc ton cheval, Grand-Sec... tu as pourtant de fameux éperons... — disait un autre, en montrant les deux masses de bronze qui allaient aiTacher et séparer la jambe de la cuisse...

— Tu t'engageras comme tambour-major de cavalerie, car, vrai, tu as grandi de deux pouces, — criait un troisième...

Enfin c'était un feu croisé de quolibets et de hurlements de douleur atroce...

Brulart repHt 6A conversation avec le Malais.

— Tu dis donc qu'il y a deux moricaudes qui ne veulent pas monter?

— Je ne dis pas veufenf, capitaine^ Je did peuvent... vu qu'elles sont mortes...

— Diable... et est-ce des bonnes?

— n y en a Une qui n'était pas mauvaise... Fautif comme ça... un peu maigrotte...

— Et le troisième jour déjà... tonnerre du diable! qu'elles n'aillent pas se mettre à jouer ce jeu-là... Est-ce de chaleur ou de faim?

— Je crois que c'est de chaleur et de faim.

— Débarrasse ça tout de suite du faux-pont, ça me gâtei:aît les autres.

— Et c'est bien vu, capitaine, car elles commencent déjà à s'avarier.

Dix minutes après, deux matelots parurent sur le pont, portant les cadavres des négresses... enveloppés, ou à peu près, dans une pagne...

On allait les jeter par-dessus le bord... — Un instant, — dit Binilart...

Et on les laissa tomber sin* le pont, qui résonna sourdement.

Un cri plaintif et faible sembla sortir d'un des linceuls...

Les matelots se regardèrent.

— Ce b de Malais s'est sans doute trompé, — dit Brulart,

— il l'aura crue finie, et elle n'est peut-êti-e qu'en train* »• voyons...

Et il tira violenunent la pagne qui entourait à peine une des deux négi esses...

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Un tout jeuHe enfant tomba du sein de sa mère^ où il était attaché...

(C'était une des deux négresses ayant un petU poiié sur la focture Yan-Hop^ tous savez...)

Cette frêle et chétive créature redoublait ses faibles cris... et s'accrochait au corps de sa pauvre mère qui ne pouvait plus Fèntendre!

Bnilart eut Pair presque attendri...

— Td, le Malais^ — dit-ilj — va chercher en bas Pautre négresse qui a un enfant^ et monte-les ici...

Et il prit le négrillon dans ses larges et grandes mains..;

La négresse monta toute tremblante > croyant qu'on allait la battre^ et serrant son fils entre ses bras...

Quand elle vit les deux cadavres^ elle poussa Un cri triste et doux, s'agenouilla et se prit à chanter quelques paroles d'une mélodie singulière...

— Toi, le Malais, — dit Bnilart, — apprends-lui qu'eUe n'est pas là pour seriner des antiennes, tnais pour prendre ce négrillon et le nourrir avec le sien...

Le Malais hii présentant l'enfant : •— Tiens, — lui dit-il en cafre, — le chef pâle t'ordonne de partager ton lait entre ton fils et celui-ci.

La jeune femme le regarda avec étonnement, et répondit en secouant la tête :

— Oh! non, je ne puis; cet enfant, vois-tu, est le preipierné d'une vierge...

— Qu'est-ce que cela fait?. . .

— Oh! non, je ne puis... sa mère est morte... elle est allée au grand kraal de là-haut! il fout que son enfant meure r^ < elle... sans cela... qui la servirait au grand kraal... la pau> mère... si ce n'est son enfant?... 11 faut qu'il meure! le i'>* mier fils d'une vierge jamais ne doit quitter sa mère...

Et la jeune femme reprit son chant triste et doux, p^i baisa le petit enfant qui lui souriait en lui tendant ses bras. Le Malais traduisit cette convei'sation à Bniiail.

— Ah ! bail. . . tout ça m'embête. . . va au grand kraal. . . alori^ ça vaut mieux pour toi...

Et le négrillon voltigea au-dessus du bord et disparut !;•«

— Quant à elle, poui* m'avoir résisté, fais-lui un peu tamboui'iner les reins.

On se mit à battre la pauvre négresse, et quoiqu'elle avançât les bras en avant poui* garantir son négrillon des atteintes du fouet, il en reçut quelques coups, et la mère, je vous jure, criait plus pour lui que pour elle...

Ses cris se mêlèrent à ceux du Grand-Sec, à la grande joie de l'équipage, qui ti*ouvait le concert complet.

Enfin, comme Thomme à cheval perdait connaissance^ on arrêta.

On le descendit.

Mais on le coucha sm* le pont, car il ne pouvait se tenir debout.

— 11 est plus fatigué que s'il avait fait dix lieues... le bon cavalier, — dit un plaisant, — il n'a pourtant pas été secoué.

— Silence, canaille! — dit Biiilart...

On fit silence...

Le brick et la goélette marchaient toujours de conserve, h brise était fraîche et le soleil se couchait étincelant, pas un nuage, un ciel pur et chaud, une mer douce et calme...

— Vous avez tous vu, — continua le capitaine, — ce morh sieur qui vient de descendre de cheval; il avait manqué à mon ordi'e, et vous savez de quel bois je paye ordinaii'cment ces fautes-là... aujom'd'hui je veux être bon enfant.

L'équipage frémit...

— Je veux, au lieu de le punir, le récompenser...

Les matelots se regardèrent, et trois des plus intrépides pâ- Ih-ent...

— Et que ça vous serve d'exemple : écoute, toi, Grand-Sec... Le Grand-Sec leva péniblement la tête et souleva des yeux

éteints.

— Tu as voulu tâter des négresses... '

Le malheureux poussa un long soupir... il n'y pensait plus, je vous jure...

— C'est une idée comme une autre, d'ailleurs tu es dans rage des amours, aussi je ne t'en veux pas pom* cela; pour te le prouver, au lieu d'une... je t'en donne deux... njon bonhomme!

L'infortuné ne comprit pas... mais l'équipage saisit parfaitement l'intention, et fut d'abord comme atteiTé d'une atrocité si calme... mais après, voyant le côté plaisant de l'aventure, il se dérida, et un sourire, qui gagna de proche en proche, vint éclaircir ces figures un instant assombries.

— Qu'on l'amarre sur une cage à poules avec ces deux charognes... et — à la mer.

— Vivant? — demanda avec anxiété le Malais, qui était in* time du Grand-Sec et l'aimait de tout son cœur...

— Ça va sans dire, — reprit Brulaii; en regagnant sa dunette...

On entendit quelques mots entrecoupés, des imprécations, des blasphèmes, des prières à attendrir un inquisitem*, des rires, des sanglots, d'affreuses plaisanteries, des cris perçants... puis enfin un bruit sourd qui fit rejaillir l'eau sur le pont.

Alors Brulart se pencha sur le plat-bord et, montrant à son équipage la cage à poules qu'ils laissaient déjà derrière eux, et le misérable Grand-Sec... dont les yeux flamboyaient... et qui, se tordant sur les cadavi'es malgi'é les cordes qui l'étreignaient... poussait des hui'lements de rage qui n'avaient rien d'humain.

— Que ça vous serve d'exemple, mes agneaux... et encore, "- ajouta-t-il en souriant... — il ne mourra pas de faim!...

Dix minutes après, la cage à poules ne paraissait plus qu'un point liunineux au miUeude l'Océan, car le soleil couchant la colorait fortement de ses rayons... puis elle s'effaça tout à fait quand le soleil dispanit dans la brume... et que la nuit fut venue.

Alors, on vit poindre une lumière dans la dunette de Bnilai't : c'est cette lumière et cette retraite qui intriguaient si fortement l'équipage; que faisait-il ainsi toutes les nuits? et pourquoi s'enfermer aussi soigneusement? car à bord du brick comme à bord de sa goélette, il avait défendu, sous peine de mort (et il tenait sa promesse), il avait défendu d'approcher de sa cabine, h moins d'un cas imprévu et imminent, et encore s'était-il résci-vc le droit de juger après si le cas

était réellement imminent; or^ si malheureusement il ne le croyait pas tel, — à la mer y — celui qui, oubliant ses ordres^ se fût appi*oché de sa cabine avant huit heures*

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