‹ Plotin au point de vue médical et psychologiqueChapitre 14 sur 16 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Ainsi, quand on considère l’homme sans se préoccuper d’une critique ou d’une interprétation de son œuvre, on trouve comme éléments importants de sa constitution physique et psychique

1. Une maladie chronique qui semble avoir été une tuberculose pulmonaire, términée par une généralisation au larynx et aux membres.

2. Un déséquilibre neuro-végétatif probable, à prédominance vagale.

3. Une myopie très accentuée qui, à cette époque, équivalait presque à la cécité puisque les verres

étaient inconnus.

4, Une émotivité excessive accrue par des chocs psychiques dont la plupart ne nous sont connus que par

leurs conséquences.

. 5. Une volonté de puissance qui, ne pouvant se réaliser dans la lutte sociale ou économique, humiliée d’ailleurs par des échecs et par une éducation malhabile, a cherché à se satisfaire dans un monde idéal

et factice.

CG

6. Favorisée par cet état, une forte tendance mystique dont les expériences confirment et soutiennent l’ensemble de la doctrine.

Les « Ennéades >» ont la valeur d’un testament puisque au moment où il les a écrites, Plotin avait déjà subi les principales révolutions de sa vie. Elles présentent le terme de son évolution, les conclusions pensées de toutes les influences proches et lointaines qui ont bouleversé l’équilibre moral de son existence; elles indiquent le couronnement d’un long effort inquiet vers le bonheur.

Que Plotin ait subi les influences des maîtres grecs et orientaux, qu’il ait puisé dans Platon une grosse part de ses inspirations, ce n’est pas douteux. Mais, outre que les mêmes mots, en des bouches différentes, ont des valeurs différentes et que Platon sur les lèvres de Plotin a sa pensée presque entièrement modifiée, r’est-ce pas le besoin de tout l’être qui guide l’homme vers tel ou tel maître et parmi les aspects multiples de la doctrine d’un maître, vers tel aspect particulier ? C’est dans les élections qu’interviennent les éléments physiques et psychiques de la mentalité. Car Plotin ne vise pas à être scientifique, si tant est qu’un philosophe puisse l’être véritablement. Ouvertement, il déclare que la philosophie enseigne la méthode de vivre (I 1) et que bien vivre et être heureux sont deux choses identiques (1 4-1). I] ne cherche pas d’abord une connaissance métaphysique du monde, mais la connaissance du bonheur et des moyens d’y atteindre.

Est-ce diminuer la portée de son œuvre que d’y dé-

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couvrir les influences irrationnelles de son tempérament? Non, c’est peut-être mieux la connaître en la. situant.

Sa réflexion, plus attirée par certains points grâce à ses défauts, peut éclaircir mieux certains problèmes. Toute la science s’élève des faiblesses humaines pour y remédier. Ce n’est pas parce que l’ensemble est déficient que les détails le sont nécessairement. Mais, encore ces détails ne peuvent-ils pas être pris séparément si on cherche le sens précis du message de Plotin. Les idées que portent chaque mot reçoivent de l’ensemble des mots qui forment la phrase, une intensité, une direction, un potentiel psychique qu’une interprétation exacte doit découvrir et considérer. Faute de quoi, il est possible de traduire à son gré la pensée d’un écrivain et particulièrement d’un écrivain tel que Plotin qui, craintif jusque dans ses méditations, abrite toujours ses originalités derrière des autorités qu’ revendique.

Quant à la direction spirituelle que Plotin exerçait et qu’il exerce encore sur l'esprit de certains lecteurs, quelles que soient les beautés indiscutables qu’on y trouve, elle est fausse et dangereuse parce qu’elle est impossible socialement et inhumaïine. Elle comporte d’ailleurs une certaine déloyauté inconsciente puisque ses motifs véritables ne-sont pas seulement les motifs exposés. Sous le couvert abstrait des syllogismes se dissimulent des désirs et des refoulements qui vont secrètement. à leur but tandis que l'intelligence y chemine par des voies détournées et pleines d’élévation.

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