‹ Plume et pinceau: e?tudes de litte?rature & d'artChapitre 27 sur 40 · Je suit penaud · texte numérisé non relu

Je suit penaud

J'ai cassé ta petite cruche.

chets. Son chant est un poëme didactique, dans lequel il célèbre la terre natale :

• Santé au.\ braves travailleurs — qui se font i^loire de leur ciel î — A vous autres, potiers, fabricants de terraille

— et de Saint-Papoul et d'Issel! — Santé pour de longue^ années — à ceux do Montléon 1 — Qu'ils aient toujours belU.»'^ fournées, — chansons joyeuses et bon vin !

« Montléon ! avec tes briques, — de nombreux quartiers ont été construits! — Trois fois salut à tes fabriques,

— berceau antique de nos potiers 1 — Salut, poterie lauraguaise ! — tu auras cinq cents ans l'année prochaine. — Tant que rira l'âme fran(;aise. — dans tes godets on boira souvent. »

Cet enthousiasme, ce lyrisme se rencontrent rarement chez les ouvriers poètes pour les choses de leur métier. Notre ami Peyrottes, de Glermont- THérault, qui était lui-même un potier de terre, s'exerçait sur d'autres sujets en vers : il ne tournait des pots que pour gagner sa vie, et s"il y mettiiit de l'amour, c'est parce qu'il croyait qu'on ne fait rien de bien — même des cruches — san> conviction. Jean Reboul, le poêle boulanger dr Nimes, avait l'âme et la poésie lamartiniennes. Jasmin, le spirituel barbier d'Agen, était venu chercher et trouver la gloire à Paris; quand il s'aperçut que la vogue commençait à .se lasser. il eut un jour un mot très-fin : «Las barbas pou.ssou à Agen, >> et il retourna reprendre le rasoir, son gagne-pain de chaque jour, dans son pays. Fit-il pas mieux que de seylaindre'f

M. AUGUSTE FOURES 277

Mais M. Auguste Fourès, Fauteur du Chant dés Potiers que nous venons de citer, ne tourne de ses mains et de son esprit que des vers et de la prose : on a de lui une nouvelle, intitulée V Armoire, qui le rattache à l'école réaliste de M. Ghampfleury et du peintrç Bonvin, par le sentiment d'art et de poésie qui naît des choses les plus communes. C'est le genre dans lequel excellait Chardin au xviii® siècle, quand il tirait des effets si gais de natures mortes. II y faut un œil particulièrement observateur et un sens d'autant plus exquis qu'il s'agit parfois de faire chanter les reflets vulgaires d'une batterie de cuisine ; on n'y réussit pas sans l'amour du sujet, qui est la véritable force de l'artiste : il y faut surtout un esprit délicat et une sorte de génie simple et naïf.

12 décembre 1876.

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