LE MUSEE DE SEVRES
rents peuples qui ont fait usage de la terre vernissée et cuite au four. Rien n'est plus facile que de s'instruire sur les poteries mates, sur les poteries lustrées et brillantes comme des émaux, remontant à la plus haute antiquité, — à ce que l'on est convenu du moins d'appeler ainsi, et qui a pour bornes nos faibles connaissances sur l'histoire de notre globe. Les vitrines du musée de Sèvres présentent des échantillons par gradins de tout ce que la science et l'érudition, appliquées à l'histoire des arts, ont pu réunir en ce genre. Des étiquettes indiquent soigneusement la provenance de chaque objet; on peut s'y promener sans guide et sans crainte de se tromper. C'est vm dictionnaire tout ouvert à la curiosité de l'amateur. Il en résulte une instruction tout acquise et de la façon la plus attrayante.
La plus belle pièce du musée, à cause de sa grandeur et de son importance, est, sans contredit, la Vierge de Lucca délia Robbia, le célèbre artiste florentin du xv^ siècle, dont les chroni- (jueurs à la mode et bien informés du boulevard ont fait dernièrement Zucca ipar un Z). Cette Vierge en faïence, de grandeur naturelle, a été façonnée et cuite au four telle quelle, sans être moulée : on y découvre les traces du coup de pouce. Sa physionomie a l'expression d'une femme aimable de l'école de Léonard de Vinci.
Une belle pièce encore est la Bastille, sur le plan et le modèle de celles qui furent envoyées,
avec une pierre de la fameuse forteresse, dans presque tous les départements de France. Seulement la Bastille du musée de Sèvres est un poêle. M. Champfleury en a donné l'historique suivant dans l'intéressant ouvrage dont nous parlions tout à l'heure : « Un poêle monumental, » dit-il, « représentant la Bastille, — la plus grande pièce de faïence qui ait été fabriquée en France, — fut offert à la Convention nationale par Ollivier, potier parisien. Ce poêle ornait l'intérieur de la Convention, alors qu'elle siégeait dans la salle du Manège. En avril 1793, ce local ayant été abandonné pour les Tuileries, le poêle, qui embarrassait par ses dimensions, fut oublié et longtemps ses débris restèrent enfouis dans un jardin, jusqu'au jour où un ami des arts, avant connaissance de ce monument, put l'acquérir et en faire hommage au musée de Sèvres. » Cette pièce si curieuse offre cette particularité rare qu'elle a conservé, bien intacte, à travers toutes ses péripéties, la signature authentique de son fabricant : on lit très-lisiblement sur un des côtés : Ollivier, faubourg Saint- Antoine.
Un Méridional est toujours étonné de retrouver d'anciennes connaissances au musée de Sèvres ; c'est d'abord un de ces grands vases de Boisset d'Anduze, dans lesquels on plante les orangers de la promenade du Peyrou ; puis, dans des vitrines bien étiquetées, par départements, nos ustensiles du Gard, si communs dans tout le Midi, les
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poteries d'Uzès, ces pots de Saint-Quentin s»f lesquels il existe un dicton si plaisant, les assiettes à bords festonnés: — Saint-Victor-des-Oules, Meynes, Alais, représentent la vie pour un enfant de la contrée, au milieu de ces collections toujours un peu froides des musées. Cela ajoute à leur intérêt que de retrouver la patrie, là oîi on apporte tout d'abord la crainte instinctive de l'ignorant ou de l'étranger. On se revoit tout de suite parmi les siens : « Conservez bien ces tasses tant que je vivrai, » disait un illustre écrivain : « ce sont les os de ma mère. » Nous avons éprouvé une impression semblable l'autre jour, en inspectant une à une ces poteries communes, si chères à notre enfance.
L'art et la vie d'ailleurs ont également leur place sur ces étagères du nouveau musée de Sèvres. Nous avons revu là deux précieux échantillons de vieille faïence de Montpellier, qu'on se procurerait difficilement aujourd'hui, car la fabrique n'existe plus depuis longtemps. Il s'agit d'un plat à fleurs, jaune à l'extérieur, et d'un plat à barbe de Philip de Montpellier (1770). Ces deux pièces de notre industrie locale doivent leur conservation à notre ami M. Charles Perrier, architecte. Qu'il nous pardonne notre indiscrétion.
Le Cosaque du Don sur une assiette de Toulouse rappelle l'invasion, comme certains visages du département de l'Aisne ont gardé longtemps
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le type de nos vainqueurs qui étaient passes par là en iHliS.
Une assiette, aux emblèmes de la franc-maçonnerie, est aujourd'hui un objet assez rare pour être signalé dans les collections de Sèvres.
Chose curieuse! le musée de Sèvres n'est pas riche en ancienne porcelaine des propres produits de la manufacture, et cela s'explique par la cherté qu'ont acquise ces produits, de nos jours. Celui qui possède un échantillon de ce qu'on appelait la porcelaine tendre peut se vanter, à l'heure qu'il est, d'avoir un trésor d'un prix inestimable. C'est ce que les amateurs milliomiaires oxxmilliardaires, de la famille des Rothschild, recherchent le plus actuellement. A l'exception de deux ou trois spécimens, on ne le retrouve plus à la source même; nous citerons cependant, comme se rapprochant de ce genre et surtout de l'époque, une tasse avec sa soucoupe, décorées des emblèmes tricolores de la Révolution, avec le faisceau et le triangle égalitaires.
On voit qu'un homme d'esprit a présidé à cet arrangement : il n'en a pas négligé le côté pittoresque. Le buste du comte d'Aranda nous a conduits directement à son four, — un charmant modèle de four à poterie, sur lequel nous avons copié littéralement l'inscription suivante : modèle de four pour la }wrseiene iiati0'ele, fait par Haly pour M . le comte daranda Alcora se 29° Juin,
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