‹ Plus blanc que neigeChapitre 22 sur 32 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

(Joachim, entrant, ferme la porte derrière lui sur les paysans qui veulent pénétrer dans la chambre.)

Hélène, à Joachim.

Où avez-vous rencontré madame la maîtresse?

JOACHIM

En cours de route.

HÉLÈNE

Voyez... on a osé la maltraiter, on l'a frappée...

JOACHIM

Dame, elle allait toute seule à travers champs... les gens l'ont aperçue là... Il ne fallait pas qu'elle aille toute seule dans les champs... ils se mirent à la secouer...

HÉLÈNE

La secouer?... Pour quelle raison?

joachim, avec violence.

Pour quelle raison?... Pour la raison que c'est la maîtresse...

HÉLÈNE

Pourquoi ne l'avez- vous pas défendue?

joachim

Et pourquoi, seul, dois- je vous défendre? Peu de gens peuvent à cette heure être sauvés de la colère du peuple. On l'a traînée jusqu'au bourg... Je l'ai protégée tant que j'ai pu... J'ai repoussé les acharnés... Que voulez-vous de moi... Défendez-vous vous-même, comme vous pourrez, moi je ne vais pas m'exposer à la mort pour vous...

Joachim... c'est Joachim...

joachim, durement.

Votre domination de grands seigneurs est bien finie...

(Rudomska, qui ne voit ni entend rien de ce qui se passe autour d'elle. Ses yeux -fixés sur Vincent, elle ne voit que lui. Elle prend dans ses deux mains la béquille et murmure en le regardant quelque chose d'inintelligible.)

VINCENT

Je vous dirai maintenant, écoutez...

RUDOMSKA

Moi, je sais déjà tout...

VINCENT

Ce que vous ne savez pas... que nous sommes enfin ensemble... tout comme autrefois avant l'inondation...

(Les rumeurs dans les coulisses se changent en cris.)

rudomska, répétant machinalement.

Qu'est-ce que tu dis?... Comme autrefois avant l'inondation... je ne comprends pas.

VINCENT

Pourquoi êtes-vous si triste? Nous serons heureux aussitôt que nous aurons payé nos dettes comme nous devons le faire...

(Des cris retentissent dans les coulisses.)

J'ai maintenant de trop lourds devoirs envers toi, mon cher enfant. Je n'aurai pas assez de force pour souffrir...

(On acclame bruyamment quelqu'un dans les coulisses.)

HÉLÈNE

Entendez- vous ces acclamations... Entendezvous? Vico, entends-tu?...

Vincent, interrompant à regret la conversation avec sa mère.

Qui crie là?

Hélène, regardant par la fenêtre.

Joachim, Joachim, viens à notre secours !...

VINCENT

De quoi as-tu tellement peur?

joachim, d'une voix sombre.

Des soldats sont venus...

VINCENT

Quels soldats?

JOACHIM

Nos soldats... bolcheviques...

HELENE

Oh! Dieu...

joachim, baissant la voix, comme pour donner un conseil, mais commandant avec dureté. A cette heure plus rien... de l'humilité, de

rhumilité... et sans mentir... de la vérité vraie.

Vincent, à sa mère et à Hélène.

Ne craignez rien... j'ai une arme... je vous défendrai...

rudomska, levant la teie.

Tu nous défendras.

VINCENT

Ce n'est pas pour rien que j'ai participé à de durs combats... pour que je me laisse abattre dans la maison paternelle... Ni la foule des roturiers de ce pays, ni les soldats ne me font peur... Ayez confiauce dans mon unique bras...

JOACHIM

Bien, à cette heure, je ne sais plus rien... (Ironique.) A-t-on jamais vu? Il va se défendre? le gaillard qui n'a plus qu'une jambe et un bras.

RUDOMSKA

Comment te défendras-tu, mon cher enfant?...

(Vincent avec sa main gauche tire d'une de ses poches un browning et des cartouches. D'une autre poche, il sort un second pistolet et des cartouches.)

VINCENT

Ces balles suffiront pour nous sauver la vie... Si quelqu'un m'attaque dans cette maison, il trouvera mon cadavre étendu sur le seuil de cette porte... Personne ne pourra nous toucher sans être puni.

JOACHIM

Et moi, je vous conseillerais de montrer cette arme et de la rendre aussitôt que les soldats seront ici... Vous ne gagnerez rien à ça... et surtout ne comptez plus sur moi... je ne suis pas si bête de périr pour vous...

VINCENT

Tu parles bien... va-t'en... Nous mourrons nous-mêmes, pour nous...

JOACHIM

Mon intention n'est pas de vous trahir !... Vous le savez vous-même... Mais ma vie a aussi sa valeur pour moi. Vous ne savez pas encore ce que c'est.

RUDOMSKA

Va... tu m'as défendue quand, sortant du bois, les femmes m'ont attaquée... Va, que Dieu t'accompagne !...

JOACHIM

Bien, vous préparez vous-mêmes votre malheur !...

(Il sort.)

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