SCÈNE VIII
l'officier, riant.
Elle est devenue folle la pauvre vieille !...
RUDOMSKA
Alors fais ce que tu dois, canaille...
l'officier, d'un air maussade.
Notre très grande et invincible république ne combat pas les fous. Elle lutte contre une force ennemie saine et consciente...
RUDOMSKA
Vous qui ordonnez aux fils de creuser la tombe de leurs mères et aux mères... de signer l'arrêt de mort de leurs fils... Vous qui prenez plaisir à martyriser les innocents, qui tuez les enfants et qui torturez les femmes... Rustre ! je t'insulte! Et en ta personne j'insulte votre tyrannie militaire...
l'officier Je vous arrête tous trois pour recel d'armes...
VINCENT
Ne nous touche pas...
l'officier J'ai la preuve que vous êtes des rebelles...
VINCENT
Nous sommes des citoyens polonais.
l'officier Je ne connais pas de citoyens polonais sur le territoire de la république prolétarienne.
VINCENT
Ecoutez avec attention... Là au delà de ces montagnes, au delà de ces forêts, ce bruit confus que vous entendez : c'est la Pologne ressuscitée ; c'est elle, votre grande et sublime ennemie, ce saint Georges, qui grâce à sa sainte vertu toute personnelle et grâce à sa puissance réduira à néant votre éternelle tyrannie moscovite. Tremblez, barbares... En nos personnes vous insultez une grande nation.
l'officier Je ne comprends rien à ce que tu racontes, fier Polonais... A tout moment je peux vous tuer... Mais avant de mourir vous devez savoir que vous avez mérité la mort... (A Vincent.) Tu oses. Polonais, parler avec insolence contre cette république sainte qui a brisé un joug qui domptait la terre depuis des milliers d'années?
VINCENT
Vous avez brisé le vieux joug et vous en avez mis sur le dos des hommes un mille fois plus lourd. Il n'y a que la Pologne qui, avec la pointe de son épée, donne la liberté et apporte un heureux changement pour le bien du peuple et des hommes opprimés...
(L'officier fait un signe aux soldats; ces derniers s'approchent de Vincent pour le saisir.)
Ne le touchez pas ! Reculez !...
l'officier Prenez-le, camarades.
(Rudomska tire et du premier coup abat l'officier qui se trouvait le plus près de Vincent. L'officier tombe et expire... Les soldats se jettent tous sur Rudomska, lui arrachent le pistolet et lui attachent les mains derrière le dos. A la porte d'entrée et par les fenêtres apparaissent des visages de paysans et de paysannes. En voyant Rudomska les mains liées, ils poussent des cris de joie.)