AUX ÉLECTEURS DE LA MARNE
Depuis que j'ai publié cette brochure et celle qui a pour titre : Plus de Conscription^ la candidature m'a été offerte par le comité électoral des corporations des travailleurs de Reims. Dire que je ne pensais pas à me mettre sur les ranss, ce serait dissimuler ma pensée et mon désir ; mais j'étais.bien détermine à ne pas devancer l'initiative des électeurs pi3ur laquelle je professe un respect absolu. Je n'aurais pas voulu risquer d'entraver les mesures que Je parti démocratique saura prendre, je l'espère, pour lutter avec chance de réussite contre la coahtion de ses ennemis.
Réussira-t-on en 4849, comme en 4848, à égarer l'esprit des populations par des calomnies aussi odieuses qu'elles sont déshonorantes pour les partis qui s'en font une arme? Je ne sais. En tout cas , il faudra bien que l'on compte pour cela sur l'ignorance des faits contemporains si soimeusement entretenus par tous les gouvernements de privilège, ignorance que les gouvernements peu républicains qui ont dirigé jusqu'à ce jour la République, n'ont pas su ou n'ont pas voulu combattre, comme ils l'auraient pu facilement, par des flots de lumière.
Certes , si tous les habitants de nos campagnes pouvaient savoir ce qu'ont dans la tête et da^s le cœur pour leurs intérêts immédiats et l'avenir de leurs enfants ces Républicains rouges j ces Socialistes^ qu'on leur présente comme des hommes altérés de sang, ne rêvant que ruine et pillage, et voulant le partage des terres, s'ils pouvaient en même temps avoir 1 idée nette de ce que leur réservent les intentions charitables des modérés qui affichent un si bel amour pour le suffrage universel, eux qui hier eincore refusaient d'ajouter quelques noms à la liste électorale , ah ! si les paysans^ les hommes du pays, comme dit Félix Pyat, l'un des organes de cette terrible montagne, ceux qui nourrissent le pays et le défendent quand il est attaqué, pouvaient faire la comparaison des sentiments qui se trouvent à gauche et de ceux qui dominent toujours à droite , ils reconnaîtraient bien vite que dans le corps social, comme dans le corps humain, c'est bien à gauche que le cœur bat et ressent le contrecoup des misères et des souffrances] *dont l'immense majorité des habitants, des citoyens de notre belle France est accablée.
Deptus fcvriec i&éê, n*a-^tronpa$ vîi se succéder au gouvernement les républicains dits roug€s, les républicains dits modérés, et enfin les anciens monarchistes qui subissent impatieftiment la république, et youdraient bien sayoir un moyen de s'epi débarrasser? Eh bien, franchement, de bonne foi , de qui sont émanés les actes les plu s violents , les proscriptions, les condamnations , toutes les mesures de compression en un mot? Que Ton compare le langage et les actes de M. Léon Faucher à ceux def M. Récurt; que les instituteurs et les fonctionnaires de l'Université prononcent entre M. de Falloux et M. Carnôt ou M. Vaulabelle; que Ton rapproche enfin la fameuse circulaire attribuée à M. Ledru-Rollin de celle qu'adressait tout récemment. encore à tous les procureurs de la république M. Odilon-Barrot, le grand agitateur de 1847, le promoteur involontaire de la république de 4848. Ne voyons-nous pas aujourd'hui ié cabinet présidé par Fancien adversaire de M. Guizot renouveler, à Tintérieur, la politique à outrance de ce ministre de Louis-Philippe , et, pour mieux compléter la ressemblance , montrer autant de bassesse à l'extérieur qu'il montre de violence à 1 intérieur?
Ce n'est pas moi qui prendrai la défense du gouvernement provisoire. Son incapacité a fait trop de mal à la France, et l'impôt des 45 centimes restera comme un monument de son ignorance économique et de son impéritie gouvernementale. Mais il est profondément injuste, il est odieux de méconnaître, comme on le fait, les intentions hautement conciliatrices qui dominaient ce gouvernement issu des barricades, intentions qui, il faut bien le dire, ontcontribuépour une bonne part aux fautes qu'il a commises. Certes, il avait raison de ménager les hommes, mais il devait être sans pitié pour les abus ; il avait raison de vouloir le respect de toutes les propriétés, la garantie de tous les intérêts, l'accompUssement loyal des engagements souscrits au nom du pays, mais il devait balayer tous les privilèges, mettre un terme aux spoliations de l'usure, de l'agiotage, de l'accaparement, etc., et entrer franchement dans la voie de l'émancipation des travailleurs. Ceux-ci, pour ne plus être ni esclaves ni serfs, n'en sont pas moins, comme les propriétaires fonciers et les industriels eux-mêmes, exploités par le capital-monnaie, qui prélève la plus grande part des produits à la création desquels il n'a concouru que comme accessoire, et qui se nourrit même de la ruine de ceux qu'il commandite.
Le gouvernement provisoire n'a pas fait cela, non parce qu'il ne le voulait pas, mais parce qu'il ne savait pas. Il a péché par ignorance.
Ceux (foi gouvernent aujourd'hui ne le font pas, parce qu'ils ne veulent pas de cette émancipation. Ils pèchent par intention.
Ils veulent Tordre, dîsent-îls. Eh ! mais l'empereur Nicolas aussi veut Tordre 5 le Bourbon de Naples, qui fait massacrer son peuple et bombarder ses villes, veut l'ordre^ Radetzki ne se comprendras d'autre mission que de rétablir l'ordre dans la haute Italie; Windisgraetz se fait battre par Bem, l'hé-
TbïqiM Polona», au nom de la etuse de l'ordre^ M. HmM (1) et 11. Dnckâtel, me "voiilaknt-ils done autre chose que rordret ML Granier de Caasftgsac , rouMsien rédacteur en chef de l'f^pogutf, n'estAse pas au nom de Toidre, SMuà, ^'3 demande h. supprmion de tous les aocialiatet, et l'em^oi de k fonnie et du fîDsil pour accompUr cette grande «emrrel Quelle mmieratiml
Quaayt à nous, socialistes, nous ne désirons la suppresàion de personne; «laiis mm^ poursuivrons inâ^gablement la destruction de lous les abus, laces- «atioa de tous les privilèges, hK)miis ceux du talent et du travail. Et pour cela jrais ne demaadoBs qu'une chose : jul ummm i^isccflcaoK au grand jour, deiwattous.
Les adversaires du socialisme ne savent pratiquer, pour le combattre , qae les saisies, les procès et les amendes, les violations de doùùcile et les arrestations.
Nous, nous souscrivons à leurs publications.
Ils font appel au bon sens des électeurs, disent-ils, et ils empêchent les électeurs de connaître les différentes opinions ; ils punissant les soldats qui lisent un journal socialiste ^ ils entravent par tous les moyens possibles la circulation des feuilles républicaines.
Kous aussi nous voulons nous en rapporter au bon sens des électeurs, mais des électeurs éclairés, ayaitf aitendu, ayant lu le pour et le contre, et prononçant en connaissance4e cause.
De qndl côté est la justice ?
De quel côté est la bonne foi ?
De quel côté e^ la modération?
De quel côté doit-on croire que se trouve la vérité ?
Electeurs, vous prononcerez. ^
AixYRE Bureau.
(1 ) 3f . GolKft, M le ult; est' <:anâîdat ta» Id dalMtos, €« M. Dnchàtfl je déddtra, sudb ^Mitâ, à accoter la candUii^tare 4^1 iu^ est offerte dans la Gtinr^ate. Ce sera un étrange sefitacle que de voir réunis, dans le même parti 4e Tordre, M. GuUot et M. Odflion Barmt, H. Duèbâtel et M. Léon Faacber, et M. tliiers ^nehéràsant mt eux tous !
Voici le programme (pi a été publié |par ks orga];ies,da parti que Ton appelle rouge, h qm oa impute des intentions de meurtre, de pillage ^ que l'oa accuse d^ -vouloir relever la guillotine, etc., etc. Pour ma papt|e suis fier â'a.ypîr coopéré à la rédaction de ce programme et de Fairoir signé comme mandataire de la Démocrafis pacifique)
Qtie Icé électeurs juçent ètotre les hommes qui émetteuf des tobox sa»bla- Ues à ceux qu'on va lire, et leurs calomniateurs.
LIBERTÉ. — ÉGALITÉ. — FBATEBNITé»