LE MAGASIN THEATRAL
J*"* ÙOÉRIM. Et le billet?
TIIÉHÈSK. Le voici.
(Elle lui donne un biliel.)
M' ! ” GUÉRIN , prumenunt ses doigts sur le papier. Tu as bitn mis 62, 84 et 85?
VRÉRÈSE, arec une légère contrainte. Oui, ma tante. (A part.) llienlùt , je ne mentirai plus. I Elle s’approche de son cousin, li ts.) Michel, j’ai c|uclquc chose à vous dire.
Michel. A moi, mademoiselle?
Thérèse, étonnée. Mademoiselle !..
MICHEL. Oui, mademoiselle... ça ne vous arrange pas? ça vous gène peut-être... faudra pourtant s’y habituer. (A part.) Oh ! les femmes! les femmes : moi qu'avais tant de
oniiance !... stupide jobard que j’étais !
Thérèse. Mais qu’est-ce que vous avez donc , Michel ?
miciiel. Je n’ai rien... rien à vous dire et rien à entendre de vous.,. Ce que j’ai ?
eh ben ! j’ai qu'à présent je vas faire comme les autres... que je vas boire avec excès , me griser, casser les boutedles, je vas chercher querelle à tout le monde... v’ià maintenant quelle sera mon existence , mon bonheur, tncs distractions... et celleslà ne vous manquent pas comme les trompeuses de femmes... Il y a toujours du vin au cabaret, des bouteilles à démolir et des particulière à rosser... j'en connais déjà un, et j’espère bien débuter par lui , pour me faire la main. Adieu, mamzellc, adieu...
Aujouid'liui même, je vous rendrai votre bague en cheveux et la cravate que vous m’avez brodée.
THERESE , d’un air de reproche. Ah ! Michel!...
(Toulce qui précède a éld dit à voie ba«e et n’a
pu tire rnlendii de M ln ' Gue'rin. Le bruit despar
de Michel autre son atlciiliun.)
xt"' utérin. C’est toi qui sors , Michel?
où vas-tu donc ?... ah ! je me rappelle , voilà l’heure de revoir ton homme au gilet ponceau , sur qui tu comptes pour ton métier.
miciiel. Oui, ma mcrc, oui, c’est ça...
( A part.) Mon métier !... que je voyais ce matin accompagné de tant de bonnes choses!.... ma femme que j’embrassais, mon mioche qui criait déjà... le v’Ià rejeté bien loin , le pauvre petit...
Air : .4 mit çuici la riante semaine.
Allons, portons.
THÉRÈSE
De grâce, un mot encore.
Je veux i*voir tes chagrins, je le veux.
MICHEL
Plus bas , plus bas.
(Montrant sa mère.)
Qu'ma pauvre mère ignore Qu’son hls Michel a cesse tl’clrc heureux.
( A vee r /notion.)
V’ià ilésnrmais mon unique compagne,
El j’vas r.timer deux fois plus... car vois-tu.
Quanti |t* tr perds, je veux du moins qu'ell’ gagne ia pari dans rYceur dont tu n’as pas voulu.
Pour cil* tout c’cœur dont tu n'as pas voulu.
(Michel sort rapidement .)
t *- ». .- if * « «V *X*àtmc** ,<W^y l n.-rw-,nrvv ; ^vp 1 ^
SCOE XV.
M“" GUÉRIN, THÉRÈSE, puis ROUS- SILLON.
TllÉlu:SE. Mon Dieu! mon Dieu! qu'estce que cela signifie et qu'a-t-il donc ?
ROUSSILLON, paraissant un journal à la main et parlant à la canlonnutle. Faites donc attention, monsieur Michel! vous avez failli me jeter du quatrième au premier...
70 marche... 70!.. un exéciable numéro!..
(Entrant.) Ah ! je vous trouve, mère Guélin... préparez tout votre courage, ma chère dame... attendez-vous à une énorme secousse dans l’estomac... quelle nouvelle !
quelle nouvelle! grand Dieu!... tenez...
lisez...
M— utérin. Moi?...
ROUSSILLON. Ah! je suis absurde... mais écoutez... Le journal... le journal que je ne lis jamais d’ordinaire et qui se venge de mon indifférence. (Il lit.) « 31 décem- » bre 1835. Les personnes qui suivent les » séances legislatives n'ont point oublié » que la loterie royale cessera d'exister le » 3l décembre de celte année. »
Z” GUÉRIN , arec émution. lüst-il possible ! ..
ROUSSILLON. Attendez donc... (U continue.) « Depuis quelque teins . celte grande >> mesure s’exécute partiellement dans toute » la France, et c’est aujourd’hui le tout de » la loterie de Lyon. »
M mr GUÉRIN. Juste ciel !
Thérèse , las à lloussUlon. Qu’avezvous fait ? lui apprendre cela !...
ROUSSILLON. Plus de loterie , mère Guérin!... plus de loterie!... nous sommes ruinés, assassinés ! les vandales!., ils n’ont pas craint de porter une main sacrilège sur une institution aussi philantropique !... Mais nous ne pouvons donc plus rattraper notre argent, nous? réparer nos pertes, nous? nous sommes volés, nous!., ils ont eu peur de moi , de mon grand calcul... ils ont vu que j’allais les ruiner... et j'aurai usé pour rien ma vie et mon pa-
Pi US DE loterie!
trimoine tout entier!... car j’ai dévoré mon patrimoine tout entier!
M m 'GUÉRIN , à part y avec désespoir . Et moi !... plus de deux mille francs perdus... perdus pour toujours!... et mon fils! son aveuir !
(Elle pleure.)
THÉRÈSE, courant à elle. Mon parrain, par grâce, taisez-vous ! voyez, voyez dans quel état vous L’avez mise !
ROLSSIM.ON. Eu effet... cette pâleur...
ces larmes... Les monstres! ( A part.) Impiudent ! comment réparer 7 .... {Haut.) Voyons, voyons, mère Guérin, ne vous désolez pas encore. {A part.) Les infâmes !
{Haut.) On y regardera à deux fois avant de tuer la loterie. {A part) Les lâches! {Haut.) La nouvelle est peut-être fausse , j’en ai l’espoir.. . c’est un journal qui la donne, et ces messieurs... tuent tout le inonde... avec une légèreté!.. Cabnez-vous, prenez courage... je cours aux informations.... et d’ailleurs, tous Les habitués sont assemblés au café voisin, où ils rédigent une pétition pour la chambre des députés, qui est déjà couverte des signatures de plus de trois mille contribuables de toutes les classes depuis les éligibles jusqu’aux simples portières qui sont en pleine insurrection!...
quant à vous , vous signerez aveuglément:
A ». : Désormais plus d'absence. (l.e Mari charmant )
Ma is ils doivent m'attendre ;
Nos amis ,
Avant tout, veulent prendre Mes avis. .
{ri part.)
Plus «le loterie!
Dieu ! quelle immoralité!...
O Fiance , ô pairie !
Pour lui plu* «le liberté.
Certes , la plus belle,
C’est la liberté de l’argent ;
Je dois avoir celle D’enritbir le gouvernement.