NOUS REJOIGNONS HENSON
tique. Il sévissait un drift assez abondant, mais nous n'allions pas perdre notre temps au campement, tant qu'il était le moins du monde possible de voyager. Quatre heures et demie après le départ, nous reJoignimes Henson, sur le bord d’un chenal fermé, où il était campé depuis vingt heures. Il soutint, ainsi que ses hommes, qu’il ne faisait que de se fermer lorsque j'étais arrivé. En me voyant repartir, ils attelèrent leurs chiens et emboîtèrent le pas. Sans ralentir notre allure, nous marchons pendant dix heures, puis nous campons par un brouillard intense. Pendant le trajet, nous avons traversé plusieurs grands foes unis qui avaient bien l'air, comme le firent observer mes Esquimaux, de ne jamais bouger, même en été. Il nous a fallu franchir également onze canaux, qui ne nous ont cependant pas donné énormément de mal. Il suffisait toujours de faire un petit crochet, à droite ou à gauche, pour trouver moyen de passer. Nous observons plusieurs grands glaçons qui ont un peu l’aspect d'icebergs. Ils sont décolorés par le sable qu’ils contiennent, ce qui fait dire à mes Esquimaux qu’on pourrait croire que la terre est proche. Nous avons encore été bon train pendant cette étape. Je suis persuadé que nous avons bien couvert trente milles, peut-être même davantage. Quand nous repartons le lendemain, le temps est clair et ensoleillé; le vent et le drift sont presque tombés. Mais, à midi, un banc épais de nuages assombrit l’horizon du côté de l’ouest, le vent souffle plus fort. Au bout de l'étape, nous campons sur le bord
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d’un canal ouvert qui a bien cinquante pieds de largeur.
Nous restons plus longtemps que d’habitude dans ce camp par suite de la persistance du vent et de la neige. Pendant que nous y séjournons, nous nous décidons à abattre six de nos chiens, qui sont à bout de forces. On les donne en pâture à leurs camarades, afin d'économiser d'autant notre mince provision de pemmican. En les écorchant, mes hommes s’aperçoivent de leur état squelettique. Ils en ressentent aussitôt une espèce de panique, s’écrient que tout le troupeau peut y passer à n'importe quel moment, qu'il faut s’en retourner sans perdre un instant. Je leur apprends que telle n’est pas du tout mon idée; que je n’ai pas la moindre intention de rebrousser chemin avant d’avoir encore fourni au moins cinq étapes vers le nord.
20 avril. — Le vent est tombé pendant la nuit; ce matin on distingue assez bien la position du soleil. Comme je l’espérais, nous n’éprouvons pas de difficulté bien sérieuse à franchir le canal. Sur l’autre rive, nous traversons d’abord une zone très accidentée, des digues de pression, des amas de neige d’une grande profondeur. Ensuite, pendant le reste de l'étape, la glace est très convenable.
C’est la première journée absolument calme depuis
que nous avons quitté le « Grand Lac ». Ciel pur part quelques-uns de ces petits nuages élevés, appe cirrus, et constitués par de fines aiguilles de place. Ces
nuages voguent de l’est à l'ouest. Nous rencontrons