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GLACE DIFFICILE

beaucoup de glace unie, formée pendant l’hiver, d’autre vieille de quelques jours seulement. Absence de floes anciens. Nous marchons depuis dix heures de temps; nous ne devons pas être loin du point extrême atteint par l’expédition du duc des Abruzzes.

À mesure que nous avancçons, l’état de la banquise est de plus en plus favorable. Les //oes semblent devenir plus fréquents, les digues de pression se font plus rares. Par contre, les crevasses, les canaux étroits se

ultiplient; 1ls sont presque tous en mouvement. Ces crevasses sont régulièrement orientées à angle droit de la direction que nous suivons; toujours la rive septentrionale se meut plus rapidement vers l’est que la méridionale.

Le 20 avril, nous arrivâmes dans une région tout entrecoupée de canaux ouverts, orientés presque directement du nord au sud. En même temps le mouvement de la glace devenait plus prononcé. Nous nous engageons entre ces canaux et nous accomplissons une marche forcée. Puis, nous nous arrêtons quelques heures pour dormir, après quoi nous repartons bientôt après minuit et ne nous arrêtons que quelques minutes avant midi, le 21.

J'aurais voulu pouvoir tout laisser au campement et fournir cette dernière étape avec un seul traîneau vide et un ou deux compagnons seulement. Malheureusement, l’état de la glace ne me permettait pas de le risquer, et pendant le trajet j’eus lieu de me féliciter de ne pas avoir suivi mon idée. Je ne sais d’ailleurs pas si

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aucun des Esquimaux aurait consenti à rester en arrière. Pendant cette dernière marche, nous avons traversé quatorze crevasses ou canaux étroits qui, presque sans exception, étaient tous en mouvement.

Une fois mes observations prises et les calculs rapidement exécutés, je constate que nous avons atteint le 87°6' de latitude nord. Nous avions donc battu le record, ce dont je remerciai Dieu d’aussi bonne grâce

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| que possible; je sentais, hélas! que ce succès relatif EL n’était qu’une mince consolation pour la perte de | | l’honneur insigne que je convoitais depuis tant d’an- | He nées et pour lequel j'avais, au cours de cette expé- | dition, fait tant d’efforts pour ainsi dire surhumains. | C’est à mes yeux un exemple frappant du caractère au incertain et complexe de la nature humaine, que de à. ù constater que Je n’éprouvai nullement cette joie | débordante que je pouvais m’attendre à ressentir. Par le fait, mes sentiments étaient tout autres. La cruelle

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déception qui m’atteignait, à laquelle venait s’ajouter sans doute l’épuisement physique résultant de l’effort considérable qu'il avait fallu fournir pendant les der-

LEE nières étapes et du manque de nourriture suffisante, me ï A valut l’accès de découragement le plus profond que | j'eusse ressenti pendant toute la durée de l’expédition.

Comme on se l’imagine, j'aurais donné tout au monde pour pousser un peu plus loin. Mais j'avais sous . les yeux l’épuisement de mes compagnons, l'aspect 1 fl lamentable de mes chiens qui n’avaient littéralement

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