EN CHASSE
voulu en faire autant, mais les bœufs musqués étaient une aubaine trop précieuse. Je sentais que le salut de tous dépendait de moi seul. Nous n’avions déjà pas trop de cartouches; il ne s’agissait pas d’en gaspiller une seule et dans l’état de surexcitation où ils étaient, Je ne pouvais pas me fier à mes hommes.
Nous étions encore à 2 milles de notre gibier que je commençai à me tourmenter. Rien ne nous dérobait à sa vue et nos raquettes semblaient faire un tapage infernal. Puis je me demandais si ces pauvres paquets de poil et d’os, que nous appelions des chiens, auraient seulement la force de nous servir de rabatteurs.
À 1 mille et demi de distance, je fis prendre les devants à deux Esquimaux accompagnés de deux chiens. Je suivis de près avec mon fusil.
Lorsque le chien gris aperçut les bœufs et qu’on le lâcha, je me repris à trembler. Était-il encore en état de les rejoindre et ensuite d'éviter leurs coups de cornes ?
Le rivage était escarpé comme le talus d’un chemin de fer. Les bœufs se tenaient un peu en arrière du sommet des falaises, qui avaient bien 100 mètres de hauteur.
Pareil à une ombre transparente, le chien gris se met à grimper en droite ligne suivi de la chienne noire. Les bœufs font d’abord mine de s’enfuir; puis, changeant d'idée, ils se groupent cornes baissées. Nous
gravissons à notre tour la falaise. Bientôt je vois le corps de l’infortunée chienne noire lancé en l’air par les
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terribles cornes. Pauvre bête, elle n'avait écouté que son courage, mais les forces lui avaient manqué. Elle avait péri, victime du devoir.
Arriverai-je à temps ou bien le bœuf redoutable va-t-il envoyer le chien gris rejoindre la chienne, pour mettre ensuite des lieues de neige et de rochers entre nous et ses compagnons ?
Je gravissais la pente le plus vite que je pouvais, mais Je manquais d’élan. Mon cœur battait si fort que
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le sommet des falaises me faisait l’effet de vaciller comme si un tremblement de terre les ébranlait. La bouche et les narines largement ouvertes, je n’arrivais cependant pas à aspirer la moitié de l’air qu’il m'aurait fallu.
Les deux Ésquimaux qui avaient été chargés des chiens me précédaient. Ahngmalokto grimpait à côté de moi, les quatre autres s’étaient arrêtés au bas des falaises pour reprendre haleine.
Je finis par arriver au sommet. Oh! bonheur, je trouve mes bœufs en groupe serré, selon leur coutume, offrant de toutes parts leurs cornes acérées et regardant autour d’eux de leurs yeux brillants. Le corps noir de la chienne gît à quelques pas. Le chien gris s’attaque au mâle; c’est miracle qu’il échappe à ses charges furieuses. Pauvre diable! ses jambes flageolent, il trébuche constamment en faisant des sauts de côté pour éviter les cornes menaçantes; ses pauvres flancs décharnés et pantelants font mal à voir. Mais l'ivresse du combat luit en ses yeux; le cœur intrépide des loups