AU CAP BRYANT
Je me demandais notamment si le groupe Ryan avait réussi à rallier un des autres groupes avant la grande tempête. Ceux du capitaine et du docteur avaient dû se trouver plus près de la côte. On pouvait donc espérer qu'ils n'auraient pas eu à souffrir du drift autant que nous autres et qu’ils auraient pu sans trop de difficulté regagner la côte de la terre de Grant.
En quittant le cap Bryant, je détachai deux Esquimaux, armés de fusils et de cartouches, en leur recommandant de s’avancer à quelques milles dans l’intérieur des terres, puis de prendre une direction à peu près parallèle à la côte, afin de s’assurer s’il n’existait pas, dans ces parages, de traces de bœufs musqués. Ils devaient revenir à la côte un peu à l’est de la baie de la Main, pour nous rejoindre à l’endroit où je comptais établir notre campement ce soir-là.
Nous suivimes l’icefoot et, chemin faisant, nous retrouvâmes une ancienne cache étàblie à mon intention par Ootah et Pooblat lorsqu'ils étaient revenus de l’île Britannia, au printemps de 1900.
Les deux chasseurs nous retrouvèrent à l'endroit indiqué sans avoir vu de traces de bœufs musqués. Ils avaient bien aperçu deux lièvres, mais ceux-ci s'étaient prudemment tenus hors de portée.
Après le souper, j’expédiai deux hommes dans la région des baies de la Main et de Frankford. Je les munis de fusils, de cartouches, d’un peu d’huile et d’un bidon vide destiné à faire fondre de la glace pour leur provision d’eau. Ils avaient ordre de contourner ces
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deux baies et de nous rejoindre un peu à l’est des falaises des Cornes-Noires, au bout de l’étape suivante. Cela leur faisait à peu près vingt-quatre heures d'avance.
La nuit et l’étape du lendemain nous furent très pénibles, par une bise âpre et pénétrante, accompagnée de neige. Nos hommes nous retrouvèrent le soir sans avoir rien tué. Ils étaient fortement découragés de n’avoir pas aperçu la moindre trace de la présence des bœufs tant désirés. Force nous fut donc de nous remettre à la viande de chien.
Je ne comprenais rien à cette absence complète des bœufs musqués dans la vaste région attenante aux plaines ondulées qui avoisinent les fords de Saint- Georges et de Sherard Osborn. Les sept bœufs que nous y avions tirés en 1900 n'étaient pourtant pas les seuls de leur espèce! Tout ce qu’on pouvait admettre c’est que le gibier se trouvait en ce moment plus avant dans les terres.
Lorsque j'allai reconnaître l’état de la glace du haut des falaises, je ne vis pas d’eau libre au large du promontoire, comme nous en avions trouvé en 1900 tant à l’aller qu’au retour. Nous n’eûmes donc pas trop de peine à franchir cette zone diflicile et périlleuse. La banquise était compacte et unie et l'ice/oot qui s’étendait jusqu'aux falaises était praticable.
Deux chasseurs partis en expédition dans la direction de l’est nous rejoignirent à l’ouest des falaises. Ils avaient tué un lièvre, qu’ils avaient mangé d'après mes