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AU NAVIRE

Eagle Island, je respire avec délices leur parfum pénétrant et je me prends à répéter du fond du cœur l’exclamation d’Ootah : « Dieu merci, me voilà de retour! » Je me doute bien, toutefois, que je ne tarderai pas à me dire que j'aurais pu faire davantage, peut-être, et m'en tirer quand même. Pourtant je sens, tout au fond de mon être, quelque chose qui me dit que nous avions à peu près atteint la limite du possible et que, si nous n'avions pas réussi à franchir le « Grand Lac » au bon moment, nous ne serions Jamais revenus.

Depuis mon retour à bord j’éprouve une grande répugnance à écrire; Je n’ai envie que de m’étendre sur ma couchette pour songer et former des projets d’avenir; pour songer qu'après tous ces mois de préparatifs, malgré l'expérience acquise, les efforts prodigués, les risques courus, je n'avais réussi, tout en nous réduisant, mes hommes et moi, au dernier degré de l'épuisement, qu’à couvrir une distance qui semblait bien petite sur la carte et qui était bien loin de répondre à mes espérances; pour songer qu’une fois de plus j avais échoué dans mon entreprise et que jamais, sans doute, je n'aurais plus l’occasion de tenter l'expérience; mais écartant loin de moi ces regrets stériles, pour préparer mon expédition dans l’ouest et me dire qu’une fois ce devoir accompli, je pourrais penser librement aux miens et à Eagle Island.

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