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AU CAP UNION

qu’on pourrait bien pousser jusqu'au Æoosevelf sans rien manger, mais la faim l’emporta bientôt sur leurs scrupules. On sacrifia encore un de ces pauvres squelettes ambulants et on le dévora sans plus de façons. Après le repas, Ootah et un de ses camarades vinrent me proposer de prendre les devants pour nous envoyer du monde avec des vivres et des traîneaux. Je leur opposai un refus formel. Il ne m'était jamais arrivé, jusque-là, de ne pas pouvoir revenir tout seul de mes diverses expéditions et je n’entendais pas commencer ce jour-là.

Il nous fallut trois heures pour arriver à l’zcefoot au nord du cap Union. En posant le pied sur la côte, Ootah s’écria : « Figerahshua keesha, Koyonni! », ce qui peut se traduire librement par « Nous voilà enfin arrivés, Dieu merci! » Ahngodoblaho, qui ne pouvait plus se traîner, resta au campement, et Clark, qui ne valait guère mieux, se laissa distancer si rapidement que je retournai lui dire d’en prendre à son aise; qu’aussitôt arrivé au navire, je lui enverrais à manger.

Jamais je n’oublierai cette étape qui devait nous ramener au Roosevelt. Au risque d’être taxé d’exagération, je dirai qu’il nous semblait déjà fouler le sol de la patrie. Le temps était merveilleusement beau, la température tiède, le soleil radieux. Les tons chauds des falaises offraient à nos yeux le plus agréable contraste avec les arêtes sauvages de la mer de glace et la couche de neige qui couvrait de sa blancheur uniforme la côte du Groenland.

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Nous étions encore à une certaine distance du navire, lorsque quelques-uns des Esquimaux établis sur le rivage nous aperçurent. Je les vis traverser en courant l’icefoot et grimper à bord. Quelques instants plus tard plusieurs points noirs se détachèrent du Roosevelt et s’avancèrent à notre rencontre.

Arrivé à bord, je me hâtai d'envoyer deux Esquimaux porter des vivres et des stimulants à nos trois traînards. J’appris que Marvin et Ryan, avec quelques Esquimaux, étaient partis à la recherche de Clark sur la côte du Groenland. Le capitaine Bartlett et le docteur Wolf continuaient leurs travaux au nord du cap Hécla,

J'expédiai un homme pour rappeler Marvin, et un autre chargé de déposer au cap Hécla une lettre que le capitaine trouverait aussitôt qu’il y arriverait.

Cela fait, je gagnai ma cabine. Je me débarrassai au plus vite de mes fourrures souillées, que je lançai sur la dunette. Les délices d’un bain, et ensuite un dîner, un vrai dîner avec de vrais aliments, comme en prennent les gens civilisés; enfin la couchette moelleuse aux chaudes couvertures et le divin sommeil, sans souci du lendemain, me parurent être d’ineffables voluptés.

Le jour suivant j'écrivais dans mon livre de bord :

« Quelle bonne chose que le repos! En me retrouvant dans ma cabine, avec le portrait de ma femme audessus de mes yeux, ma tête enfouie dans l’oreiller rempli par Ahnighita d’aiguilles de sapin ramassées à

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