‹ Plus près du pôleChapitre 16 sur 232 · ME + LE · texte numérisé non relu

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distinguons le phare de Pointe-Amour que lorsqu'il surplombe, pour ainsi dire, notre grand mât. Ensuite il s’agit de trouver son chemin à tâtons, à grand renfort de sirène, tout le long du détroit. Nous entendons les signaux répétés de deux grands steamers qui ont stoppé; la présence de nombreux icebergs vient ajouter aux incertitudes et aux dangers du passage.

Le capitaine Bartlett et moi nous avons veillé toute la nuit. À l'heure du déjeuner, un peu au nord de Chäteau Bay nous sortons tout à coup du brouillard pour nous trouver au grand soleil, au beau milieu d’icebergs magnifiques. Le cap York est à 1500 milles d'ici. Nous marchons toute la journée vers le nord, en serrant la côte du Labrador, passant alternativement du soleil au brouillard.

Dimanche 30 juillet. — Entrés à Domimo Run sans y mouiller. Le temps était parfaitement clair; les étoiles scintillaient comme elles le font en hiver, un vent âpre sifflait dans les haubans; vers le nord une aurore boréale étendait sur le ciel sa draperie aux vives couleurs. À terre, les chiens hurlaient à qui mieux mieux.

Comme j'arpentais la passerelle, le seul fait de retrouver ces spectacles et ces bruits familiers me remua jusqu’au fond de mon être. C'était l’appel du grand inconnu polaire. Ne se pouvait-il pas que ce souffle, cette manifestation, pour ainsi dire, du domaine de la « Grande Nuit » eût franchi ses limites habituelles pour venir saluer mon arrivée?

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