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VERS LE « JOUR POLAIRE

Une fois sortis de la rade, nous prîmes une direction E.-N.-E. pour aller trouver la côte groenlandaise vers le milieu du détroit de Davis. Brouillard épais toute la nuit; aujourd’hui encore mer très unie. A plusieurs reprises nous avons failli, pendant la nuit, nous heurter à des icebergs, mais ce matin nous nous trouvons dans des eaux profondes et nous n’en rencontrons plus sur notre passage.

Légère brise du sud-est, suffisant tout juste à gonfler les huniers, la voile de misaine, la brigantine et les bonnettes, mais qui ne nous aide que bien peu à avancer. Plus n’est besoin pour nous de hisser de fanaux ni au grand mât, ni à l’arrière. Nous avons dépassé, à l’heure qu’il est, les grandes routes du monde civilisé. D’ici notre retour, nous n’apercevrons plus ni voiles, ni fumée, à l’exception des nôtres.

Lundi 31 juillet. — Aujourd’hui la brume s’est un peu dissipée. La mer est toujours des plus calmes, pas même une légère houle. Toute la nuit a régné un crépuscule très perceptible. La nuit prochaine, il ne fera pas nuit à proprement parler. Nous approchons de la région du « Jour Polaire ».

Mardi 1° août. — Le beau temps continue, la mer est comme endormie. À midi nous nous trouvons sous la latitude des caps Farewell et Chudleigh, à égale distance à peu près de l’un et de l’autre.

À l’heure du souper Wardwell, mon mécanicien en chef, qui depuis quatre jours n’a cessé de travailler aux chaudières Almy, me fait un rapport bien peu favo-

rable; j'en suis à la fois inquiet et embarrassé. Je donne l’ordre d’examiner les chaudières à fond et de leur faire subir une épreuve sous pression.

Jeudi ? août. — Nuit brumeuse et froide. Ce matin, les rayons du soleil nous arrivent à travers une couche peu élevée de brouillard. Petit vent léger, mais extrêmement pénétrant. Il souffle de l’est et a passé sur les glaces. qui se trouvent entre nous et le Groenland oriental.

À midi, une observation d’angle horaire détermine notre position. Nous sommes un peu au sud des îles Sukkertoppen. À deux heures une éclaircie nous permet d’en apercevoir la silhouette par tribord devant. Nous avons franchi la zone des glaces de la côte orientale du Groenland sans en apercevoir le moindre fragment. Depuis le souper, brouillard épais.

Vendredi 4 août. — Ce n'est que vers 6 h. 30 du matin que la brume s’éclaircit un peu. On aperçoit à droite les flancs escarpés des montagnes du Groenland près d’Holstensborg. Pas un seul glaçon contre la côte; aucun iceberg à l’horizon.

Nous avons franchi à 2 heures du matin le Cercle arctique. Le commis aux vivres, Percy, affirme avoir été réveillé par une secousse! Même s1 l’on tient compte de la saison où nous nous trouvons, il est bien rare que dans le trajet de Sydney jusqu’au Cercle arctique on constate une pareille série de belles journées, avec mer calme, absence complète de glace, et de loin en loin seulement quelques icebergs.

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