DANS LA BAIE MARKHAM
leurs rivières et lacs étaient beaucoup moins grands qu’ils ne l'avaient été; ils se vidaient rapidement.
Somme toute, la marche avait été meilleure que Je ne m y attendais. En revanche nos repas du soir et du matin, composés de viande de bœuf musqué datant de quelque trois semaines déjà ne furent pas des plus appétissants.
Lorsqu'on se remit en route, le temps était au beau: mais bientôt le brouillard se forma de nouveau : au bout de cinq heures environ tout le paysage avait disparu.
Je finis par distinguer les faibles traces d’une piste laissée au printemps dernier, lorsque nous étions partis de la pointe des Mousses vers le nord, piste que je cherchais avec le plus grand soin. Je fis dresser la tente un peu au delà, et j’envoyai les deux hommes jusqu’à la côte avec le traîneau, pour rapporter de la cache du pemmican et du biscuit. Ils commencèrent par s’égarer dans le brouillard, mais ils finirent par trouver la cache et en rapporter les objets demandés, qui furent les bienvenus. Pendant l'étape, nous avions eu trois rivières à franchir.
L'étape du lendemain fut la contrepartie de la précédente. Elle commença dans le brouillard pour finir sous un soleil éclatant. En traversant la baie Markham nous ne trouvâmes que peu de lacs: l’eau se présentait sous forme de nappes étroites, mais profondes, à nombreuses ramifications, comme il arrive le plus souvent dans les baies. Nous franchîmes à gué deux rivières considérables.
Nous arrivâmes en face de l’endroit où nous avions quitté, à l'aller, la banquette côtière du cap Hécla. Un lac profond la recouvrait maintenant, ce qui nous força de continuer à suivre le bord de la banquise jusqu’à ce que nous ne fussions plus qu’à un demimille du campement. Nous passâmes alors sur la digue surélevée de l’icefoot, que nous suivimes jusqu’à la cache.
L'emplacement de notre camp du printemps était, à l'heure actuelle, recouvert de plusieurs pieds d’eau, tout l’icefoot ne formant là qu’un grand lac. Après avoir retiré de la cache certaines provisions, nous suivimes la digue jusque dans la baie de James Ross, où il nous fallut camper sur la glace. Quoique tout près du rivage, l’eau ne nous permettait pas d'y arriver.
Le lendemain soir, lorsqu'on se mit en marche, un brouillard épais enveloppait tout; mais cela ne nous occasionna pas trop de retard, puisque nous avions la digue de l’icefoot pour nous guider. Chemin faisant, je trouvai quelques boîtes à conserves qui marquaient l'emplacement de notre 5900 d'avril 1902. Au delà de ce point, le brouillard se dissipa suffisamment pour nous montrer que la route de terre, par la péninsule Fielden, était absolument impraticable, par suite de la fonte des neiges. Il nous fallait donc contourner le cap Joseph Henry, ce qui n’était pas pour me rassurer; je ne savais que trop bien à quoi il fallait s'attendre sur la côte orientale de ce terrible cap.