RÉCIFS ET BROUILLARD
roulis qui, à plusieurs reprises, fit monter les vagues audessus de sa lisse, il n'embarqua pas seulement la valeur d’un seau de cette eau verte et menaçante.
Lorsque la tempête diminua de violence, nous en eûmes pour vingt-quatre heures à être ballottés par le travers de l’entrée du détroit d'Hudson. L’équipage se mit en devoir de construire un gouvernail de rechange qui ne fut terminé et mis en place qu'après deux journées de travail dans des conditions d’une difficulté inimaginable. Les hommes chargés de cette besogne se voyaient à tout moment projetés d’un côté du pont à l’autre.
Le lendemain nous nous trouvions auprès de la côte du Labrador, dans ce qui est peut-être le plus mauvais endroit de sa partie septentrionale, région qui porte le nom de Pot Rocks, rochers autour desquels l’eau bouillonne sans cesse comme dans un chaudron. Il nous fallut passer au milieu de ces récifs par un temps de brouillard et de neige chassée par le vent, en évitant de nous rapprocher de la côte que nous finîmes par apercevoir assez distinctement le 13, pour nous rendre compte que nous nous trouvions à une faible distance au nord de la baie Saglek. Comme nous manquions complètement d’eau et qu'il nous restait peu de charbon, je résolus de toucher à Hebron dans l’espérance d’en trouver là quelques tonnes.
Nous ne pûmes nous procurer du charbon, mais nous trouvâmes de l’eau et quelques provisions indispensables. Le lundi matin, de bonne heure, je repartis
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pour Nain, prenant à partir du cap Mugford le chenal intérieur que connaissait heureusement à fond le capitaine Bartlett. Nous mîmes en panne pendant la nuit, pour arriver à Nain le lendemain après midi.
On put s’y procurer un peu de bois et de graisse de baleine et deux ou trois tonnes de poussière de charbon après des retards considérables occasionnés par des coups de vent, qui empêchaient le va-et-vient des canots entre le navire et le rivage. Ces bourrasques étaient si violentes qu’elles rompirent l’amarre d’un de nos canots qui s’en alla à la dérive. Les femmes des Esquimaux assumèrent tout le travail de charger et de décharger le bois.
En suivant toujours le chenal intérieur, je poussai jusqu’à Hopedale, où je me procurai une nouvelle provision de bois. Ici encore le vent nous occasionna du retard. La deuxième nuit de notre séjour, une forte bourrasque fit chasser le Roosevelt sur ses ancres et le ft échouer. Heureusement, à la marée suivante on put le renflouer sans peine.
En quittant la rade, le navire était si léger qu'il n’obéissait pas à son gouvernail. On mouilla les deux ancres et, le soir, lorsque le venttomba, on rentra dans le port où le Roosevelt fut échoué, le gouvernail hissé sur le pont et rebâti, et l'arrière calfaté à nouveau. Les indigènes s’employèrent à embarquer du lest et à manœuvrer les pompes, pendant que nous attendions l’arrivée du paquebot. Je comptais sur ce dernier pour me ravitailler en charbon, ne me souciant guèré,
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