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RAPPORT

mon pemmican et des provisions diverses, et au Cap Frazer deux chargements de vivres.

Le jour, qui commençait à décroître rapidement, était déjà d’une durée trop courte pour permettre de faire des trajets considérables. Il me fallut donc attendre la venue de la prochaine lune avant de pouvoir aller reconnaître la côte vers le nord.

Je me mis en route le 29, avec Henson et un des Esquimaux. La neige molle tombée pendant les deux dernières tempêtes nous obligea, dans la baie d’AIlman et en plusieurs endroits le long de l’icefoot, à battre la neige avec nos raquettes, afin de faire un chemin pour les traîneaux. Malgré les retards occasionnés ainsi, on put camper, après une longue étape, au cap Louis-Napoléon.

Le lendemain, nous arrivions au cap Frazer, quoique la marée, en débordant l’icefoot, nous eût fait perdre un certain temps. Nous dressâmes notre tente au point extrême atteint jusqu'ici par Henson. Nous avions devant nous un icefoot qui paraissait impraticable, et qui, cependant, était encore la seule route possible pour avancer vers le nord. Dans le détroit, la banquise était toujours en mouvement et absolument infranchissable.

Le lendemain, je poussai une reconnaissance à pied jusqu’à la baie Scoresby. Dans l’état actuel, l’icefoot était assurément impraticable pour les traîneaux. J'étais convaincu, néanmoins, qu’un travail de préparation sérieux, venant s’ajouter à l’œuvre de nivellement qu'accompliraient les prochaines marées de syzygie,

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me permettrait dans le courant du mois d’y faire passer des traîneaux chargés. Du sommet du cap Norton Shaw je me rendis compte qu’en faisant un crochet vers le fond de la baie Scoresby, on éviterait la dangereuse grande banquise.

Cette partie de la banquette côtière, depuis le cap Frazer jusqu’au cap Norton Shaw, rappelle beaucoup les Alpes. Ce n’est qu’une série presque ininterrompue de blocs énormes, de fragments d’icebergs et de vieux

floes massifs, soulevés complètement hors de l’eau et

poussés sur les rochers. Au cap John Barrow un grand berg était juché sur le massif de rochers qui marque le niveau des marées hautes.

Pendant le voyage de retour, je campai de nouveau au cap Frazer où je bâtis le premier des 191005 ou huttes de neige, que je comptais faire établir de distance en distance sur tout le parcours jusqu’au fort Conger. Les trois jours suivants furent consacrés au transport des approvisionnements du cap Louis-Napoléon au cap Frazer, et le 4 novembre, je retournai au navire.

En attendant la lune suivante on s’occupa de construire et de réparer des traîneaux, de transporter au navire le bœuf laissé sur la presqu'île Bache et de pousser approvisionnements et nourriture pour les chiens jusqu’au cap Hawkes, au delà de la glace difficile de la baie d’Allman. Pendant une bonne partie de ce temps la température se maintint dans les — 40° centigrade.

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Le 21 novembre, Henson et trois Esquimaux partirent avec des chargements, et le 22, je le suivis avec trois hommes également, pour commencer la besogne de la lune de novembre. Le travail se termina le 4 décembre, les derniers traîneaux arrivant un peu après minuit. Nous avions transporté 1500 kilogrammes d’approvisionnements et une grande quantité de nourriture pour les chiens jusqu’au cap Wilkes, sur la côte septentrionale de la baie Richardson.

Ces provisions eussent été apportées jusqu’au cap Lawrence sans la désertion d’un de mes hommes, rebuté par le pénible travail qu’on eut à fournir en traversant la baie Richardson. Sachant qu’il était essentiel d'empêcher un fait pareil de se reproduire, je poussai jusqu’au cap Wilkes, où nous campâmes après une étape de vingt-cinq heures. Je m’accordai huit heures de sommeil; après quoi je partis à la poursuite de mon déserteur avec un traîneau vide, huit chiens choisis et un des Esquimaux pour me conduire. Je le rejoignis au cap Louis-Napoléon, je lui administrai une correction magistrale et je l’emmenai avec moi jusqu’au navire.

Les autres membres de mon groupe avaient reçu l’ordre de rassembler au cap Wilkes tous les approvisionnements que la destruction de quelques-uns de mes traîneaux m'avait obligé à déposer dans diverses caches le long de la route. Si, dans l’intervalle, ils ne me voyaient pas revenir, ils devaient reconnaître l’icefoot jusqu’à la baie Rawlings, et puis rejoindre le navire.

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La distance du cap Wilkes au Windward était de 70 milles en ligne droite; elle était bien de 90 milles par la route que je pris en suivant l’zcefoot et en traversant les baies. Je couvris cette distance en vingt-trois heures et 30 minutes, dont vingt et une heures de marche effective. La température, pendant le trajet, était de — 45° et demi.

Tous les traîneaux avaient été plus ou moins endommagés pendant cette campagne de deux semaines. Au cap John Barrow, traîneaux et chargements avaient dû être transportés à dos d’homme par-dessus les digues de pression. Pendant ces treize jours, la moyenne de la température minima de chaque jour fut de — 39° et demi; pendant quatre jours nous eûmes jusqu’à — 45° et demi.

L'expérience acquise au cours de cette expédition m'avait amené à supposer que les conditions au nord du cap Wilkes ne différeraient pas beaucoup, en tous cas, jusqu’au cap Defosse, de celles que nous avions rencontrées jusque-là, ce qui me permit de former des plans un peu plus détaillés.

À la faveur de la lune de décembre, je me rendrais au cap Wilkes avec des chargements calculés de façon à me permettre d’avancer sans avoir à revenir sur mes pas; je transporterais tous les approvisionnements jusqu’au cap Lawrence, sur la côte septentrionale de la baie Rawlings; après quoi je pousserais jusqu’au fort Conger avec des traîneaux à charges légères; je me

rendrais compte de l’état des provisions déposées en

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cet endroit, afin de savoir sur quoi Je pourrais compter; enfin je reviendrais au navire.

Avec la lune de janvier je me mettrais en route suivi de tout mon monde; je transporterais les approvisionnements du cap Lawrence au fort Conger, où je resterais jusqu’à la lune de février, dont la lumière se marierait aux premières lueurs du jour commençant. J'emploierais mes traîneaux à porter au cap Hécla tout l’équipement nécessaire pour mon voyage vers le Pôle, de façon à être prêt à me mettre en route vers le milieu de mars avec des chiens reposés et bien nourris.

Conformément à ce plan de campagne, les deux semaines qui s’écoulèrent entre le départ de la lune de novembre, et la venue de ‘celle de décembre, furent consacrées à réparer et à renforcer les traîneaux, à fabri-

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