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quer et à raccommoder les vêtements et les effets d'équipement, pour nous permettre d’affronter cette expédition longue et ardue au cœur de la « grande nuit ». Pendant cet intervalle, la température s’abaissa à — 50° centigrade et même au-dessous.
Le 20 décembre, à la faveur des premières lueurs de la nouvelle lune, je quittai le Windward avec le docteur du bord, Henson, quatre Esquimaux, et trente chiens, tout ce qui en restait sur les soixante et quelques d'il y a quatre mois. Nous eûmes à subir des retards par suite de brouillards épais, de vents violents qui débouchaïent du canal Kennedy, d’une neige abondante et de l’état abominable de la banquette côtière dans la baie Rawlings. Ce ne fut que le 25 décembre que
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j'eus enfin tous mes approvisionnements réunis au Cap Lawrence.
Ce cap avait l’avantage de pouvoir être atteint du fort Conger par deux routes différentes : la première par le canal Kennedy, que j'allais suivre à présent, la seconde par le fiord Archer et par la voie de terre. Malgré les retards que j'avais éprouvés, J'étais, somme toute, satisfait de ce qui avait été accompli pendant les derniers mois de l’année. J'avais toutes mes provisions à mi-chemin du fort Conger et j'avais fait construire des igloos confortables aux caps Hawkes, Louis-Napoléon, Frazer, Norton Shaw, Wilkes et Lawrence.
Le 29 décembre, je partis de ce dernier cap pour le fort Conger avec des traîneaux légers. J’espérais ne mettre que cinq jours à accomplir ce trajet. Pendant la première étape, l’icefoot ne présenta pas trop de difficultés, à part qu’une cristallisation de la neige sur une profondeur de quelques centimètres enrayait la marche des traîneaux comme eût pu le faire du sable. A mesuré que nous avancions, cependant, l’état de la glace empirait. Après avoir contourné le cap Defosse, la banquette côtière devint presque infranchissable, même pour des traîneaux légers. La lumière de la lune ne nous éclairait chaque jour que pendant quelques heures, et même quand elle avait le plus d'éclat, elle n'eût pas suffi pour nous permettre de nous diriger sur la glace de haute mer.
Un peu au sud du cap Defosse, nous mangeâmes nos derniers biscuits, un peu au nord nos derniers
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haricots. Pendant l'étape suivante, un vent glacial déboucha du détroit, paralysant à tel point un de nos Ésquimaux qui avait passé l'hiver précédent aux États-Unis, que, pour le sauver, nous dûmes faire halte et nous creuser un abri dans un banc de neige. Lorsque le vent tomba, je laissai mon homme avec un de ses camarades et neuf des chiens les moins vaillants, et Je continuai mon chemin vers le fort Conger.
La lune nous avait à présent définitivement quittés et l’icefoot était devenu absolument impraticable. Trébuchant à chaque pas, nous réussimes à nous diriger à tâtons au milieu de la glace de haute mer jusqu’au cap Baird. Là, nous prîmes quelques heures de sommeil dans un abri creusé dans la neige, puis nous nous mîmes en devoir de traverser dans une obscurité complète la baie Lady Franklin, qui n’était qu’un chaos de séracs. Il nous fallut dix-huit heures d’efforts surhumains pour atteindre l’icefoot de la côte opposée.
Nous tuâmes un chien pour notre repas. En l’absence de neige convenable il ne pouvait être question de construire un igloo. On: avisa un renfoncement sous un gros bloc de glace, mais il y faisait tellement froid qu'on ne put y séjourner que juste le temps de faire le thé. J’abandonnai en cet endroit un traîneau endommagé et neuf chiens à bout de forces.
À notre droite, un grand floe avait été poussé sur le rivage avec une telle force que des fragments en avaient été projetés à une hauteur de trente mètres sur le talus du promontoire. Il semblait impossible à pre-
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mière vue de passer outre; on y parvint cependant, en se faufilant le long de la crevasse qui s’était formée au bord de l’icefoot. Bientôt après, nous contournions la pointe, et je devinai, car on n’y voyait goutte, que nous nous trouvions à l’une des entrées de la baie Discovery, je ne savais laquelle.
Après plusieurs heures de tâtonnements, on se rendit compte que c'était l’entrée orientale. Nous nous trouvions au centre de l’île de Bellot, et le 6 janvier, à minuit, nous franchissions la porte délabrée du fort Conger.
Il restait un peu d'huile dans la lampe qui nous servait à faire bouillir l’eau pendant nos expéditions avec les traîneaux. Cela nous permit, une fois la lampe allumée, d’y voir assez pour trouver le fourneau et le poêle du quartier des officiers. Non sans difficulté, on alluma du feu dans les deux.
Cette besogne terminée, comme Jj’éprouvais une sensation d’engourdissement dans mon pied droit, je fis retirer mes kamiks et je m’aperçus, à ma grande contrariété, que j'avais les deux pieds gelés.
Nous trouvâmes du café à la cuisine, dans une boîte en fer-blanc ouverte, et des biscuits sur la table du quartier des hommes — dans le même état qu’on les y avait laissés quinze ans auparavant. Cela nous fournit les éléments d’un repas simple mais abondant.
Des recherches sommaires ne nous ayant pas permis de découvrir des allumettes, des bougies, des lampes ni de l’huile, force nous fut d’improviser au plus vite
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un système d'éclairage, avant que l’huile ne vint à nous manquer. Un demi-flacon d’huile d’olive, une soucoupe et un lambeau de torchon nous servirent à établir une petite veilleuse à la mode indigène. Alimentée par la suite de graisse de porc et de saindoux, cette lampe primitive nous éclaira pendant plusieurs jours, jusqu’à ce que l’on finît par trouver de l’huile.
Les soins nécessaires ayant été administrés à mes pieds malades, tout le monde s’étendit sur les couchettes des chambres d'officiers, où nous goûtâmes un sommeil long et réparateur. À mon réveil, je compris, à n'en pas douter, que je perdrais tout ou partie de plusieurs doigts de pied, et que j'en avais pour des semaines à garder la chambre.
La température minima moyenne au cours de l'expédition avait été de — 36° et demi: la plus basse de — 52° trois quarts.
Notre existence au fort Conger, pendant les semaines qui suivirent, fut décidément à la Robinson Crusoé. Chercher les objets dont on avait besoin, dans les ténèbres épaisses de la grande nuit, à l’aide d’un lumignon minuscule planté au fond d’une soucoupe n’était guère plus facile que de trouver une aiguille dans la traditionnelle botte de foin.
Peu à peu, cependant, on mit la main sur tous les objets indispensables, et mes fidèles Esquimaux dénichaient des boîtes en bois et des tonneaux vides qu'ils défonçaient pour entretenir le feu.
On alla chercher les chiens que nous avions laissés
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