‹ Plus près du pôleChapitre 200 sur 232 · HI · texte numérisé non relu

HI

LE

CRE = “ . LL: Crrar SR R

mme

© pe eg gr

ES em

dans l’île Bellot, mais plusieurs d’entre eux périrent avant d’avoir pu s’habituer au régime de porc et de bœuf salé et glacé, seuls aliments que j’eusse à leur donner.

Les Esquimaux firent aussi deux tentatives pour aller chercher leurs deux camarades, laissés au cap Cracroft. L’obscurité et des vents furieux les obligèrent chaque fois à renoncer à leur entreprise. Enfin, quelque dix jours après que nous avions quitté l’abri sous la neige, ils réussirent à y retourner et ils s’aperçurent que les deux hommes, après avoir mangé quelques-uns de leurs chiens, avaient repris le chemin du navire, suivis des survivants.

Le 15 février, la lumière de la lune, jointe à ce qui restait de crépuscule, suffit à nous permettre de partir pour rejoindre le Windward à petites étapes. Mes doigts de pied n'étaient pas encore guéris; Je pouvais à peine me tenir debout un instant. Il restait douze chiens, mais si maigres, qu’étant données les diffcultés de la route, il ne fallait pas songer à leur faire traîner personne d’autre que moi. Solidement maintenu sur mon traîneau par des cordes, j'en formais le seul chargement. L’autre portait les provisions nécessaires.

Nous arrivâmes au Windward le 25, tout le monde ayant fait à pied, en onze jours, ce parcours d’au moins 250 milles. Heureusement pour nous, et surtout pour moi, le temps, quoique très froid, resta calme, sauf pendant l’étape immédiatement au sud du cap Cracroît,

RAPPORT

où un vent furieux nous tint enveloppés de tourbillons de neige.

La température moyenne pendant le retour fut de — 37° trois quarts; la plus basse, le jour de notre arrivée, atteignit — 53° trois quarts.

Le 3 mars, j'expédiai un de mes Esquimaux à la Baie de la Baleine, dire à mes chasseurs de venir me rejoindre avec leurs chiens et leurs traîneaux. Entre le 3 et le 14, un groupe d’Esquimaux étant arrivé à l’improviste, on apporta au navire ce qui restait de viande sur la presqu'île Bache et l’on tira encore un bœuf musqué.

Le 13 mars, on se décida à m’amputer quelquesuns de mes doigts de pied. En attendant l’arrivée des Esquimaux que j'avais mandés, je fis ravitailler la cache du cap Louis-Napoléon, et transporter au cap Frazer la nourriture pour les chiens et les menus approvisionnements.

Le 31 il nous arriva un contingent de cinq Esquimaux et de vingt-sept chiens. Mon messager avait été retardé par des vents violents et par le mauvais état de la glace. De plus, les ravages occasionnés par la maladie avaient été tels qu’il avait fallu envoyer chercher des chiens dans les campements plus au midi.

Le 3 avril, Henson se mit en route avec ces indigènes et trente-cinq chiens. Les instructions qu’il reçut de moi étaient de transporter les approvisionnements du cap Lawrence à la baie Carl Ritter, puis de pousser jusqu’au fort Conger avec des chargements légers, d’y reposer ses chiens et de sécher ses vête-

(fl W n'' V4

en —

ments. Si dans l'intervalle je ne l’avais pas rejoint, il devait revenir sur ses pas.

Le 19 avril, mon pied gauche était guéri, bien qu'encore trop faible et trop engourdi à force d’être hors d'usage, pour que je pusse me passer de béquilles. Je partis ce jour-là pour le fort Conger, avec un groupe de dix hommes, quelque cinquante chiens et sept traîneaux chargés de nourriture pour les chiens et de provisions pour établir des caches en vue du retour.

Le 23 avril, je rencontrai Henson au cap Lawrence. I revenait au navire avec ses hommes. Je renvoyai mes aides temporaires et les chiens que j’avais empruntés, et Je repartis avec sept compagnons, dont cinq indigènes. Le 28 avril nous arrivions au fort Conger.

Le 4 mai, après avoir séché tous nos effets et réparé nos traîneaux, Je partis en reconnaissance le long de la côte nord-ouest du Groenland. Je me serais mis en route deux jours plus tôt si le temps n'avait pas été si mauvais. Je suivis péniblement la banquette côtière jusqu’à la baie Saint-Patrick, que je trouvai remplie de fragments du pack couverts de neige qui montait à mi-cuisse.

Je grimpai au sommet du cap Murchison, maïs bien que J'eusse une excellente lunette, je n’aperçus d’aucun côté une route praticable.

Le lendemain, j’expédiai deux hommes avec des traîneaux vides et des attelages robustes jusqu’au cap Beechey, du sommet duquel ils devaient reconnaître l’état de la glace. Leur rapport fut défavorable. Vers le

RAPPORT

nord comme vers le sud, et sur toute la largeur du détroit jusqu’à la tête du Groenland, la lunette ne révélait de toutes parts que des fragments de f/oes convulsés, serrés les uns contre les autres, et couverts d’une épaisse couche de neige. Point de jeune glace ni de vieux ÿfoes.

Infirme comme je l’étais, véritable poids mort ne servant qu'à alourdir mon traîneau, je sentis que cette route était impraticable. Si j'avais été en bonne santé et si J'avais pu être à ma place habituelle à la tête des traîneaux, pour tracer la piste avec mes raquettes, c’eût été différent. Restait la chance de trouver au cap Lieber une route permettant de gagner la côte du Groenland.

Revenant au fort Conger, j’envoyai aussitôt Henson avec un des Esquimaux exécuter cette reconnaissance; après quoi J expédiai deux hommes jusqu’à la baie des Bœufs Musqués à la recherche de ces ruminants. Ils revinrent, au bout de deux jours, m’annoncer qu’ils avaient tué seize bœufs.

Henson arriva le même jour. Il avait trouvé la glace au large des caps Lieber et Cracroft dans le même état qu'auprès des caps Beechey et Murchison et n'avait pu faire la traversée. Je renonçai désormais à l’expédition du Groenland et sans doute je fis bien, car la blessure mal refermée de mon pied droit commençait à se rouvrir et à prendre une mauvaise apparence.

Aussitôt qu’on eut rentré la viande et les peaux des bœufs musqués, tout le monde, excepté moi et un des Esquimaux, se rendit au vallon de la Roche-Noire où

Re — = . EE s z . mg

# o qe 1 4 œ n sy dl ù : :

Page 1