HOSPITALITÉ ÉCOSSAISE. | UN SOCIALISME BON ENFANT. | MORALITÉ
DOUTEUSE. SALETÉ INDISCUTABLE. | CÉRÉMONIES, SPORTS ET DISTRAC- TIONS. || LEUR ROLE ICI-BAS,
E bonnes figures rondes, pleines d'expression quoi D qu’on en dise, la peau bronzée, les yeux vifs et perçants, de longs cheveux noirs; simples et honnêtes habitants d’un désert de glace, parfois renfrognés, tribu nomade et vagabonde; tels sont les Esquimaux, mes enfants d’adoption.
Personne ne connaît vraiment leur origine. Leur type semble confirmer la théorie de sir Clement Markham, le distingué président de la Société royale de Géographie de Londres, à savoir qu'ils descendent d’une ancienne peuplade sibérienne, celle des Onkilons. Plusieurs d’entre eux ont des traits mongols accentués.
Ce qui frappe tout d’abord chez eux, c’est leur curiosité. Le docteur Hayes rapporte le cas d’une
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femme qui s'était exposée à une température de 43 degrés de froid et au danger d’être surprise par une tempête; avait parcouru quarante milles sur un chemin si raboteux qu’elle avait dû à tout moment descendre de son traîneau et cheminer à pied; tout cela en portant son enfant avec elle; et pourquoi? Uniquement par curiosité, afin de voir les hommes blancs, leur 29/00 et leurs étranges trésors.
Qu'on se figure donc l’émotion causée par l’arrivée d’une caisse, qui dans une communauté civilisée serait probablement regardée comme ne contenant que des objets de rebut. Aux yeux des naïfs Esquimaux, elle se transforme en grotte féerique contenant les plus précieux trésors qu’il soit possible de rêver. Avec la curiosité d’un renard chacun s’approche. On touche, on palpe et on examine les objets, un à un, à mesure qu’on les retire de la caisse. Plus tard, lorsque les commères du village se réunissent pour échanger leurs impressions, nous écoutons les commentaires à perte de vue de Marianne et de Megipsu, au sujet des richesses du koblunah (homme blanc).
Dans un pays où hommes, femmes et enfants vivent dans un état d'isolement complet, où la végétation, les minéraux et même un produit aussi répandu que le sel sont absolument inconnus, le talent d'imitation des habitants ne peut être que conjectural. Cependant, lorsqu'ils se sont trouvés en contact avec les membres de mes expéditions, les Esquimaux ont fait preuve des merveilleuses qualités d’imitation et d'adaptation des
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Orientaux. Donnez-leur comme modèle un fusil, une hachette ou un couteau, ils le reproduiront en miniature, taillé dans un os de morse, avec une fidélité, une exactitude des plus étonnantes, si l’on considère le caractère primitif des outils dont ils disposent et leur manque de pratique. Ils apprennent vite et facilement à se servir des outils du charpentier et du forgeron.
Les Esquimaux se soucient peu d’apprendre l'usage de notre langue. Le fait est que le milieu sauvage où ils vivent, la lutte constante qu’ils ont à soutenir pour l’existence ne les portent guère à s’occuper d’études quelconques en dehors du strict nécessaire. Cependant, quelques membres de la tribu apprirent à se servir de l’alphabet, des nombres et de quelques mots faciles. Semblables en cela à certains perroquets, ces élèves témoignaient une facilité parfois embarrassante à se rappeler les gros mots dont se servent volontiers les matelots. Mais quant à se donner le mal d'apprendre l’anglais pour avoir un moyen commode de communiquer avec nous, leur bon sens leur disait qu'il était beaucoup plus simple que nous apprissions leur langue.
Le langage se compose d’un grand nombre de préfixes et de suffixes compliqués et de plusieurs centaines peut-être de radicaux. D’esprit naturellement vif, ils n’éprouvent aucune difficulté à s’exprimer, et pendant qu'ils parlent, les traits et tout le corps entrent en jeu. J'ai souvent été frappé de l’animation remarquable de leurs yeux, du frémissement subit de leurs
lèvres, des mouvements animés ou lents de leurs bras ou de leurs jambes, quand ils racontent une histoire. C’est ainsi que les Esquimaux éveillent l'intérêt de leur auditoire et le retiennent par leur débit naturelle- | ment dramatique.
L'AP Est-il nécessaire de le dire? Dans les régions iii arctiques comme dans toutes les autres parties du monde, la femme a la réputation d’être loquace. C'est elle qui a toujours « le dernier mot ».
Les églises, les écoles et le gouvernement sont choses inconnues. Néanmoins dans chaque famille un système d’éducation parfait existe pour le plus grand bien de la jeune génération : dès l’âge le plus tendre, les garçons apprennent à manier et à lancer le harpon; un peu plus tard ils s’exercent à atteler les chiens aux traîneaux; et lorsqu'ils atteignent l’âge de douze ans, on les mène à la chasse aux morses pour leur apprendre à devenir des hommes.
Les mères ne perdent pas de temps pour enseigner à | leurs filles à remplir les devoirs d’une bonne épouse. Les qualités de la ménagère s’exercent aussi soigneusement, toutes proportions gardées, que dans un intérieur civilisé. La tendre maman dépense à initier son enfant aux travaux de couture autant de patience qu’en montra jamais Grisélidis. À quatorze ans, ou même plus tôt, la jeune fille est prête pour le mariage.
Pendant les quinze ans où j'ai fréquenté les Esquimaux, Je n’ai guère remarqué chez eux la sauvage traitrise dont on a parlé si souvent. Bien au contraire, ces
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gens vous servent avec un dévouement au-dessus de tout éloge. Il est vrai qu’au début de nos expéditions ils étaient disposés à se moquer de la difficulté que nous éprouvions à nous adapter aux conditions de leur pays, mais après qu’on leur eut expliqué l'usage du compas et de nos autres instruments, leurs rires se changèrent en expressions d’étonnement et d’admiration.
La position du soleil et le mouvement des étoiles sont, pour les Esquimaux, les signes par lesquels ils mesurent le temps et les distances. On voit donc que leurs notions d'astronomie ne manquent pas de netteté, bien qu’elles soient nécessairement assez bornées. Ils voient dans la Grande Ourse un troupeau de rennes; les trois étoiles en triangle de Cassiopée sont trois pierres sur lesquelles repose une lampe céleste en pierre. Les Plétades sont une meute de chiens à la poursuite d’un ours; les trois brillants de la ceinture d’Orion sont des marches taillées dans un banc de neige escarpé par quelque Esquimau pour pouvoir grimper jusqu’au sommet; les Jumeaux sont les deux pierres au seuil d’un igloo; Arcturus et Aldebaran sont des personnages; la lune et le solèil sont une jeune fille et l'amant qui la poursuit. Moins observateurs que les Arabes, ils n’ont pas remarqué qu'une certaine étoile est le centre autour duquel toutes les autres tournent; ils ne font pas de différence pour les planètes, qu’ils considèrent simplement comme de grandes étoiles. Cela tient probablement à ce qu’ils n’ont que trois mois de l’année pour observer le mouvement des astres.
Dans leurs rapports avec leurs congénères, la ponctualité est une qualité peu prisée. Néanmoins, j'ai toujours trouvé que je pouvais me fier absolument, sous ce rapport, à ceux d'entre eux qui constituent ma
« vieille garde ». Lorsque je leur avais recommandé
d’être prêts à tel moment — mettons le lendemain matin au lever du soleil — je pouvais compter que Je
trouverais les traîneaux dûment arrimés et toutes les dispositions prises avec la plus grande exactitude.
Le sentiment du comique est très développé chez les Esquimaux : on le voit aux sobriquets qu'ils se donnent entre eux, et surtout à ceux qu’ils donnent aux blancs ; on le voit aussi à leurs dessins. Si primitifs que soient ces derniers, ils ne laissent subsister aucun doute quant à la personnalité de la personne visée : les jambes tortues, les nez crochus, les ventres rebondis font la joie des artistes locaux, qui les reproduisent en les exagérant.
Ils sont très adroits comme sculpteurs : à voir les minuscules dents de morses travaillées par eux et longues de moins d’un centimètre, on pense tout de suite aux travaux du même genre exécutés par les Chinois et les Japonais.
Malgré leur adresse à fabriquer ces ornements, les Esquimaux estiment peu les colifichets pour leur usage personnel. Nous souvenant des récits faits au sujet des Indiens par le capitaine John Smith, nous avions emporté, lors de nos premiers voyages, des bracelets, des verroteries et des bagues, dans l’idée qu'ils leur
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plairaient. Tout ce qu’on peut dire, c’est que les Esquimaux nous furent reconnaissants de notre bonne intention. Aucune de leurs femmes ne les porta; aucune ne parut y tenir beaucoup. De temps à autre elles les décrochaient du mur où ils pendaient depuis quelque temps déjà, et les examinaient avec une certaine curiosité. Mais quant à s’en parer, jamais une telle preuve de vanité ne leur serait venue à l’esprit.
Les tupiks (tentes) et les 91005 sont tous construits sur le même modèle. La demeure de l’un ne se distingue de celles des autres que par le plus ou moins d'adresse dont a fait preuve celui qui l’a construite.
Jamais on n’entend parler de duels ni de batailles. Depuis le temps que j’ai affaire à eux, je n’ai connaissance que d’un seul cas de meurtre.
Les Esquimaux dépassent rarement la soixantaine ; les principales causes de mort sont les maladies des poumons et des bronches.
Il existe parmi eux une forme d’hystérie connue sous le nom de piblocto; c’est le même nom qu'ils donnent à l’espèce de folie bien connue qui s’empare de leurs chiens. Les femmes y sont plus sujettes que les hommes; pendant les accès, le malade rejette toute espèce de vêtements et se démène comme un forcené.
Une crise de piblocto dure de 5 à 30 minutes, quelquefois davantage. Quand elle survient à l’intérieur d’une hutte, les autres occupants n’ont pas l'air d’y prêter grande attention, ni de se tourmenter beaucoup
des excentricités du malade. Ce n’est que si ce dernier fait mine de vouloir sortir que l’on a recours à la force pour le retenir.
Ils n’usent n1 d’alcool ni d’autres boissons artificielles. Jamais ils ne se livrent à aucun excès, à moins qu’on applique ce terme à la satisfaction du robuste appétit qui est une des conditions inséparables de leur existence. Par contre, ils supportent assez facilement la faim; leur corps dodu semble jouer, sous ce rapport, le même rôle que la bosse du chameau.
Leur générosité et leur manière d’exercer l’hospitalité sont caractéristiques. La pauvreté et la richesse individuelles sont inconnues dans l’extrême-nord; la coutume invariable veut que la tribu partage le butin, lorsqu'un de ses membres a été particulièrement heureux à la chasse. C’est ce sentiment de bonne camaraderie qui préserve la race. Sous d’autres rapports, chaque famille est pour ainsi dire indépendante des autres. Chacun pour soi exerce tous les métiers.
D'une façon générale, aucune famille n’habite le même endroit plus de deux ans de suite. A cela il y a plusieurs raisons, la plus importante peut être l’esprit naturellement inquiet qui les anime. Les Esquimaux se rendent compte, plus nettement qu'aucun autre peuple, que ce n'est pas la possession, mais la poursuite des biens de ce monde qui procure à l’homme des jouissances et le sentiment de la puissance. Puis il y a le désir de changer de nourriture : un régime prolongé de viande d’ours finit par leur inspirer la même répu-
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gnance que le biscuit de mer inspire aux marins. La rareté du gibier est une autre considération; après une campagne de chasse de plusieurs mois de durée, les vivres finissent par manquer ; 1l ne reste qu’à aller s’établir plus loin.
La chair du phoque constitue la nourriture principale des Esquimaux. Le phoque est aussi leur ressource la plus précieuse en ce qu’il leur fournit la matière première de leurs vêtements, de leurs bottes, de leurs tentes, de leurs lignes à harpons ; il leur donne la chaleur, la lumière et la nourriture pour leurs chiens. L’hiver est escompté aussi soigneusement sous les hautes latitudes que dans n'importe quelle communauté civilisée; les Esquimaux modèrent leur appétit pendant les trois mois d’hivernage selon les provisions qu’ils ont su se procurer.
On est désagréablement impressionné par leur indifférence absolue aux soins de propreté les plus élémentaires. Ces primitifs n'arrivent pas à comprendre que l’homme ait besoin de se laver pour être à son aise. Lorsqu'ils nous virent faire usage de brosses à dents ce fut le comble. Fallait-1l que nous fussions une peuplade malpropre! « Si nous n’avons pas la bouche propre que peut-il y avoir de propre en nous? » La révolte de l'innocence outragée s’est-elle jamais exprimée dans un langage plus sobre ?
A l’eau même qui va servir à apprêter un repas de viande de morse, il n’est pas rare de voir se mêler les gouttes d’un liquide graisseux tombant des habits sus-
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