DANS LA BAIE PORTER
mes Esquimaux revinrent de la baie des Falaises Noires, où ils avaient tiré vingt-trois lièvres, pesant ensemble deux cent onze livres. Cela portait à cent le nombre de ces bêtes tuées dans ces parages. Je me servis des Esquimaux pour mettre en état les traineaux et confectionner des harnais.
Le 9 fut encore une journée ensoleillée. La température était singulièrement douce, étant données la saison et la latitude où nous nous trouvions. J’expédiai un groupe jusqu’à la baie Porter, un peu au sud du cap Hécla. C’est là que je me proposais de mouiller le Roosevelt, dans cette jolie petite baie que j'avais explorée en 1902 et qui est orientée vers le midi et protégée contre les trains de glace mouvante. En y établissant notre quartier général, nous nous assurions un point de départ excellent pour notre expédition en traîneaux. Nous serions, d’ailleurs, à proximité de la baie Clément Markham, où les bœufs musqués se donnent rendez-vous; enfin, nous ne serions guère plus éloignés que nous ne l’étions au cap Sheridan, des grands territoires du lac Hazen, où ces ruminants se rencontrent en si grand nombre. On débarqua tous les chiens, auxquels le gravier sec du rivage offrait un lit bien plus agréable que le pont humide du Roosevelt.
Le 10 la température s’éleva à — 7°. Une neige partiellement fondue tomba pendant la nuit et pendant la journée. Dès le matin du 11, un vent du sud assez fort se mit à souffler, chassant la neige devant lui. Un chenal libre s’ouvrit à quelques centaines de pieds au
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| IA large du Roosevelt. Il s’étendait au delà du cap Sheri-
ain dan jusqu’à la pointe Belknap. Malheureusement la UE glace qui nous maintenait contre l’icefoot ne bougea ‘a | point et 1l nous fut impossible d’atteindre l’eau libre. 1l Le soir le chenal s’était refermé.
J'expédiai un groupe de trois Esquimaux à la baie Markham à la recherche de bœufs musqués. Après dîner, trois Esquimaux revinrent de la baie Rowan, | apportant la viande de quatre bœufs musqués qu’ils y | avaient tués, et le soir, ceux qui s'étaient rendus à la
D baie Porter arrivèrent à leur tour. Ils rapportaient la | chair et la peau de sept rennes tirés dans une vallée de la presqu'île Fielden. C’étaient les premiers échantillons de ces bêtes superbes, au pelage blanc comme la neige. Mes chasseurs en avaient surpris un troupeau de onze tout près du cap Joseph Henry et, parmi les sept qu’ils avaient abattus, se trouvait le mâle au bois gigantesque. Plus tard nous en rencontrâmes d’autres encore répandus dans toute la région depuis le cap Hécla jusqu’au lac Hazen et, plus à l’ouest, le long de la côte | septentrionale de la Terre de Grant. Nous en tuâmes b) bien cinquante en tout.
Il résultait du rapport de ce groupe que la baie Porter était encore bloquée par la glace de l’hiver précédent et ne pouvait donc nous convenir comme ai quartier d’hiver.
La nuit du 11 fut une parfaite nuit d’automne polaire. Vers le midi, au-dessus des terres le ciel était d’un blanc laiteux, à l’ouest et au nord-ouest, du côté