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NUIT DE NOËL

née elle-même dans les régions de la « Grande Nuit ».

Le dîner de Noël fut un véritable événement, auquel participèrent tous ceux qui se trouvaient à bord, officiers et matelots. Mais nos réjouissances eurent une terminaison inquiétante et complètement inattendue. Après dîner, je me promenai pendant deux heures sur le rivage, absorbé par le flot de pensées qu’avaient éveillées en moi mes lettres et mes cadeaux. Je revins ensuite m’asseoir dans ma cabine et j’écoutai distraitement les morceaux que jouait le graphophone du docteur dans le carré des officiers.

Tout à coup la glace se mit à grincer et à craquer de telle sorte que je me rendis bien vite compte qu’il se passait quelque chose d’insolite. Jamais la seule action des marées n’avait produit un effet pareil. Je sortis sur le gaillard d’arrière, où il me fut possible, non pas seulement d’entendre le grondement sourd de la glace, mais encore de la voir s’agiter violemment sous l’action d’une pression intense. J’appelai le capitaine, je rentrai passer ma pelisse et, après avoir eu la précaution d’éteindre mon feu ainsi que celui de l’atelier voisin et de souffler ma lampe, je passai du logement sur le grand pont.

En y arrivant, je vis que la banquise s’était détachée de la glace côtière. L'épais foe qui nous avait emprisonnés au mois de septembre s’éloignait au fil de l’eau, emportant avec lui notre muraille de glace, de sorte que le tribord du navire était complètement

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