‹ Plutarque a menti 1923Chapitre 24 sur 59 · SUR UN POINT D'HISTOIRE · texte numérisé non relu

SUR UN POINT D'HISTOIRE

| G. Q. G. touchant l'attitude de Lanrezac, lequel : « se croyant menacé sur sa droite, bat en retraite, au lieu de contre-attaquer. » Îl était si bien menacé qu'il était, le 23 au soir, complètement coupé, au dire du général Manain | … Mais là-dessus, on se demande : est-il possible que deux bataillons actifs, même conduits par leur Général de brigade, lancés contre foute l'Armée saxonne de Von Hausen, forte de quatre corps, aient pu la refouler et la contraindre à s'arrêter deux jours ?

Voyons ce que Lanrezac, qui commande l'Armée où | ces événements se déroulent, dit du grand péril quil a. couru et du merveilleux exploit qui l'en a délivré. « Au 1% corps, la fraction lancée à Saint-Girard s'est maintenue : celle envoyée en soutien de la Division Boute- | gourd parvient à destination, sans incident, à la tombée de | la nuit. Les bataillons de droite du Général Boutegourd | se sont ralliés vaille que vaille à Anthée, Weilen et Ches- . travin-Ferme, et observent de là les sorties d'Onhaye . que l'ennemi n’a pas dépassé. Le parti allemand se dérobera pendant la nuit : il était, paraît-il (je ne suis pas encore fixé à cet égard), moins fort qu'on ne l'aurait cru. … Le Chef de la V® Armée doit être fixé, à l'heure actuelle, par le récit du général Mangin. Car je n'ose croire que ce dernier, qui se trouvait être, Je le crois bien, le Général de brigade marchant à la tête des deux batailons actifs, se soit trompé à ce point sur sa propre action et n'ait pas vu que le village d'Onhaye était déjà évacué par l'ennemi quand 1l y entra. Il reste bien ce détail de toute l'Armée saxonne, qui pour Lanrezac n'est qu'un. 0 | | 6

parti allemand, mais on ne peut exiger d'un soldat qui se raconte la précision d'un historien en chambre. ‘1

En tout cas, Lanrezac apparaît beaucoup moins nerveux Ë qu'on ne l’a insinué, si en juge par son récit. Mais que ï dire d'une divergence de vue aussi forte ! Si les travaux des historiens sont suspects, faut-il douter auss des témoignages des acteurs du drame ? L'homme d'action est un mauvais témoin, car tout entier hors de lui-même, tendu vers son objet, distinguant mal entre ce quil fait et ce qu'il rêvait de faire, il n'a ni le temps de comparer ni celui de réfléchir Ajoutez à cela son désir bien compréhensible de briller, d'autant plus fort quil est plus ambitieux et qu'il est plus décidé à acquérir de la gloire.

Au témoignage de Mangin, le brave des braves, le : préférerais de beaucoup celu d'un médiocre héros, \ modeste par goût de l'obscurité, circonspect et froïd par amour de la vie, et d'esprit critique par manque d'enthousiasme. Mais n'est-ce pas folie d'espérer trouver un homme si rare mêlé au fracas des batailles ?

Le général Lanrezoc avait-1} enfin convaincu le G Q. G que le salut de la France résidait dans une retraite rapide de notre aile gauche ? La chose est probable. Le malheureux Chef n'en paya pas moins de sa mise à pied — le 3 septembre — les observations nombreuses quil avait adressées au Haut Commandement pour son bien. L'amour-propre de l'État-Major avait été soumis à une trop rude épreuve pour quon lui pardonnôt sa clairvoyance. Quoi qu'il en soit, le G. Q. G,, après la bataille de Guise, adopte une attitude diamétralement opposée à celle qu'il a tenue iusqu'ici. Nous le voyons maintenant décidé à se dérober devant l'ennemi, à tel point que l'on commence à être inquiet du magnifique sang-troid que témoigne cette volonté continue de retraite. La ligne de repli prévue par ‘'Instruction générale N° 4, du 1 septembre. passe par Bray-sur-Seine, Nogent-sur-Seine, Aras-sur-Aube Vitrv-le-Françors. région au nord de Bar-le-Duc 1} est vrai que le document affirme toujours la volonté du Général en Chef de reprendre l'offensive

dès que la V® Armée aura échappé à la manœuvre

jui apprit qu'elle devait traverser la Seine entre Bray et À

d'enveloppement de l'aile droite allemande. Mais comme on l'a fait cbserver, Bray-sur-Seine est à 70 kilomètres 1 au sud-est de Paris. Ce n'est pas tout : une note supplémentaire, datée du 2 septembre portant le N° 3463, indique une nouvelle ligne qui devra être fortifiée : Pontsur-Yonne, MNogent-sur-Seine, Arais-sur-Aube, Briennele-Château, Joinville. Pont-sur-Yonne est à 680 kilo- … mètres au sud de Paris.

Le général Le Gros, dans son livre si intéressant, La genèse de la Bataille de la Marne, prétend que le G. Q. G. a pensé reporter sa ligne défensive sur la ligne Briare-Morvan-Diion-Besäncon. Pour ma part, je le crois difficilement. C’est là, sans doute, une de ces éventualités purement théoriques familières aux États-Majors, lesquels ent coutume d’épuiser la question qu'on propose ! à leur attention. Chargé d'étudier les lignes de repli ” possibles au sud de l’Aisne, il se peut qu’un officier en ait indiqué consciencieusement toute une série, jusqu'aux | Pyrénées : cela n'engageait en rien le Général en Chef.

Quoi qu'il en soit, l'ordre du 1% septembre, à lui seul, 4 suffit à rétablir sa réputation de prudence, jusqu'ici assez compromise. En effet, à cette date, la V® Armée commençait seulement à passer l'Aisne, et son Q. G. s'installait |

à Jonchery-sur-Vesle. Le 2, quand l’ordre du G. Q. G. L

Nogent, elle tenait la ligne Oulchy-le-Château, Fère-en- Tardenois-Rosnay, sa droite au nord de la Vesle, au fort . Sant-Thierry. C'est à environ 100 kilomètres plus au w

| aux reculs pied à pied imposés jusqu'ici à Lanrezac, il faut avouer qu'un brusque changement de méthode est intervenu le 1% septembre. Que signifie-t-il ? Est-ce que la volonté de reprendre l'offensive contre l'ennemi, volonté jusque-là impatiente et fébrile, dominée par

l'angoisse de voir l'adversaire se rapprocher de la capitale, aurait fléchi ? Le Généralissime, tout à coup, a-t-il fait abandon de Paris ? Je ne suis pas éloigné de le croire. Un de ces sophismes d'École de guerre, soigneusement entretenus par le petit cercle de brevetés qui l'entourent est venu apaiser ses craintes : Paris est un point séographique, ou encore : le terrain ne compte tas. On sait que M. Millerand, inspiré par Joffre, proposa au Conseil des

Ministres de déclarer Paris ville ouverte, en même temps que le Gouvernement la quitterait. Il y eut de telles pro-

| testations parmi les Ministres que ce projet fut repoussé.

De son côté, Gallieni, à qui Messimy, puis Millerand,

ont confié la ville, menaça de démissionner. Je le répète,

le fait est sûr, il n'y a pas à alléguer qu on se trouve en face d’un faux bruit. Eh bien ! réfléchissez à ce qu'une

. telle proposition émanant du Haut Commandement

‘comporte en soi de conséquences militaires : on ne laisse

pas de garnison dans une ville ouverte: l'ennemi s'y

| installe sans coup fénir. Un G. Q. G. est nourri de ces

idées. Retenez donc que tandis que l'on préparait l'Ins- | truction du ΰ* septembre, laquelle indiquait la ligne Bray-

sur-Seine, région nord de Bar-le-Duc, le G. Q. G. renon-

çait vraisemblablement à appuyer, au Camp retranché

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Telles ont été les prévisions premières du G. Q. G Ce n'est évidemment pas le soir de Charleroi, comme le répètent, avec adiniration, les historiens officiels, que le Haut Commandement a jété d’une main ferme les basés de la victoire de la Marñe, c'est aux environs du 1% septembre ; éncore dans sa pensée ne pouvait-il être question que de la victoire de la Seine. À mon sens, le fait de 1 n'avoir pas prédit avec üne certitude impeccable le point exact où l’Arrnée française allait faire front contre l'ennemi et reprendre l'offensive, ne diminué pas d'une oncé le mérite du Général en Chef. Pourauoi veut-on que le génie militairé se compliqué du don de prophétie ? Je l'ignore, mais un historien n estimerait que médiocrement son héros s celui-ci n'avait pas prédit tout ce qui s'accompiira. Or, comme il est difficile que de pareilles prédictions aient lieu, la guerre étant une suite de crconstances indiscernables, et le succès le fruit d'un imprévu saisi au voi, l'historien préfère arranger les faits et presser les textes pour ne pas se priver de beaux effets littéraires. On ne se fait pas une idée des sottises aux- | quelles se racérochent certäins écrivains officiels, au demeurant intelligents, pour prouver que fout à élé prévu. En voici un exemple. Bien que e ne me sente pas le cou rage de citer { auteur, je veux transcrire sa phrase exacte ; 4 les lecteurs érudits découvrifont sans peine de quel ouvrage elle est tirée : « Le général Joffre a dit (dès le | début de !a retraite) à un Officier qui m'a cité Ses paroles: \ « J'attaquerai quand mes deux ailes auront une position | enveloppante. » j'aime à croire que l'Officier rapporteur “

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. dé cé propos est seul rèsponsable de cette miaiserie, car | à quel moment Joffre at-il pu espérer que son aile droite, occupée à contenir l'ennemi en Lorraine et dans les :: Vosges, aurait une situation enveloppante ? Songeait-il à violer la neutralité de la Suisse ? La chose serait au moins nouvelle, |

À la guerre, le hasard est maître. Le Chef propose, l’événement dispose, sans oublier l'ennemi. Nous allons voir, une fois de plus, la vérité de cette pensée peu orthodoxe. Une série de circonstances indépendantes de la volonté du G. Q. G. viendra peu à peu donner sa forme au plan dé contre-offensive, dont l'idée confuse flotte dans l'esprit du Haut Commandement.

Depuis la bataille de Charleroi, un fait nouveau est intervenu, la création de la VI® Armée, Armée Maunoury. Elle répond à la nécessité de former, à la gauche de notre ligne de bataille, un groupe de forces capable de parer au débordément dont nous sommes menacés et de déborder à sofi tour la droite allemande. [l n'y a pas autre chose à envisager à l'heure actuelle. Une des ailes de chaque Armée en présence étant fixée à la frontière suisse, € est par l'aile mobile que chacun des belligérants s efforcera d'agir. L'art militaire est très pauvre en combinaisons. L'action de déborder l'adversaire par une aile est vieille comme la guerre et les grands Capitaines, comme lies médiocres, n'ont pas de ressources meilleures à leur dis-

position. Les premiers se distinguent des seconds, en

ceci qu'ils réussissent là où les autres échouent ! L'iro-

nique fatalité voudra que dans cette guerre, presque aussitôt après la Marne, les généraux n'auront plus jamais

d’aile à leur disposition. Si bien qu'il est permis de se demander si cette longue et sanglante campagne aura, en fin de compte, un rapport quelconque avec l'art miltaire, d'autant que l'enfoncement par le centre lui-même qui après l’enveloppement par les ailes constitue la deuxième corde à l'arc des stratèges, n'a jamais pu être réalisé, au sens exact du mot.

Il est clair que le débordement de l'aile HS se prépare de longue main ; la manœuvre doit être en puis-

sance dans le dispositif même des troupes, au moment de la concentration. Un grand Chef est celui qui concentre

ses forces de telle façon qu'après quelques jours de marche normale elles se trouvent menacer le flanc de l'ennemi. Il était relativement plus facile, quand les batailles se lvraient entre petites armées de métier, de changer l’ordre de marche et la direction des troupes, d'opérer des glissements d'unités pour éviter ou provoquer la manœuvre

de débordement. Mais les énormes masses mises en jeu

par la guerre moderne ont donné une importance capitale au dispositif de départ *.Si la concentration ne répond pas à une idée stratégique juste, des pertes de temps 1rré-

méciables peuvent s'ensuivre, et finalement la défaite.

1. En somme ie plan XVII est moins un plan de campagne qu'un plan de concentration des forces françaises, mais le pan de camyegne y est, de ce chef, virtue!lemnent contenu.

and un ete a opéré une concentration mal- | heureuse, qui ne cadre pas avec la situation créée par le plan adverse, comme ce fut le cas en 1914, il n'a plus qu'à réparer par tous les moyens en son pouvoir cet état de fait, Ce quil n a pu obtenir par le déroulement logique de sa manœuvre, il le cherchera artificiellement, par raccroc. Le dispositif du G. Q. G. en août 1914 était conçu

de telle sorte que les divisions allemandes en se déployant à l'ouest de la Meuse créaient sur notre flanc gauche un péril mortel. Vainement l'Armée anglaise fut-elle poussée

à notre extrême-gauche ; il s’en fallait de beaucoup encore que nous fussions en mesure de nous opposer au débordement cherché par l'ennemi. Dès lors, 1l n'y avait qu'un moyen : amener quelque part, dans l'Ouest, des troupes qui fussent en position de surgir sur le flanc de l'ennemi. Le problème stratégique devenait un problème de trans-

. ports. Îl n'y avait rien de génial dans une telle solution: c'était un pis-aller, d'autant moins élégant que les troupes . en question, il fallait les prélever, pour la plupart, sur les . forces en ligne : le seul point que l'on pouvait démunir | à ce moment étant notre extrême-droite, ces troupes | avaient un long chemin à parcourir pour rejoindre l'em- | placement qui leur était assigné, lequel, d’ailleurs, était fatalement voué à se déplacer vers le Sud, au fur et à mesure de l'avance ennemie. Aussi Disquaient-elles d'arnver en retard. L'Armée Maunoury qui devait initialement se rassembler, du 27 août au 2 septembre, si possible en avant d'Amiens ou, dans le cas contraire, derrière la ornme, ne sera que tardivement en place et n'aura pas

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la force exigée par la situation. Malgré leur vaillancé, ces troupes, qui feront subir un sérieux échec à des éléments de Von Kluck, près de Proÿart, seront entraînéés dans la retraite générale. Mais il est permis de croire que cette Armée, renforcée en cours de route par des forces nou: velles, reste dans la pensée du Haut Commandement | N | l'élément de manœuvre essentiel de la contre-offensive prévue. Or, voici qu’un fait nouveau intervient qui nous montre le Général en Chef se désintéressant tout à coup de cette VI Armée, M

Maurice Barrès, dans sa chronique de guerre, raconte : « Le matin du 25 août, le Ministre Messimy vient d'en voyer au G. Q. G. un Officier porteur de l’ordre suivant « Si la victoire ne couronne pas le succès de nos aîmes et à si les armées sont réduites à la retraite, une armée de ‘4 trois corps actifs au minimum devra être dirigée sur le Camp retranché de Paris pour en assurer la garde. » … Le Ministre de la Guérre a lancé cet ordre à la suite | d'une conversation avec le général Gallieni à qui 1l songe à confier la défense de la capitale. Sans attendre, d'ailleurs, | il décide qu une division d'Afrique, en voie de débarque: « ment à Cette, sera mise à sa disposition et dirigée sur Paris. Gallieni apparaît. Déjà il a pris contact avec le 4 G. Q. G. et n'a pas eu à s’en louer. Le 14 août, en effet, 4 il a rendu visite à Joffre sur les instances de Messimy, pour attirer l'attention du Général en Chef sur le mou+ …

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LA VRAIE BATAILLE DE LA MARNE 91 . vemént débordant de l'Armée allemande. [l à été reçu deux minutes et courtoisenent éconduit. N'oubliez pas que Gallieni est le successeur désigné de Joffre.

C'était évidemment une raison politique autant qu’une nécessité militäire qui inspirait à Messimy l'envoi de l'ordre du 25 août. Les mauvaises nouvelles inquiétaient fort les parlementaires, et la population parisienne, très confiante cependant, pouvait s'alärmer du jour au lendemain si l'on ne lui donnait l'impression que l'on prenait des mesurés pour sa sécurité, Saisi de cette demande, le général Joffre songe d'abord à détacher une partie de l'Armée Lanrezac pour renforcer la garnison de la capitale, comme en fait foi un télésramme du 29 août cité par M. Millerand dans la Revue Hebdomadaire du 15 février 1919.

Il n'eñnvisage pas cette obligation sans inquiétude et ennui. À l'heure angoissante où nous nous trouvons, il en est réduit à faire flèche de tout bois, car son infériorité nümérique est grave, La bataille au'il doit livrer et dént dépend le salut du pays exige qu'il garde en ligne le maximum de ses forces. Assurément, il aurait préféré, en se plaçant au strict point de vue militaire, que Panis fut déclaré ville ouverte et vidé de toute garnison Les corps au on va y immobiliser seront probablement perdus pour la bataille, car dans la guerre qui s'ouvre 1l est de plus én plus avéré qu'une place forte ne résisté pas longtemps aux coups d'une formidable artillerie, à plus forte raison une place comme Paris dont la capacité de défense est nulle. Cette thèse, il n'est pas hasardé de la

supposer celle du G. Q. G., puisqu'il promulguera par ni

la suite un décret touchant le désarmement des forts de Verdun. Mais, en la circonstance, il n'y a pas à éluder l'ordre du Gouvernement. Et l’on songe d'abord à diriger sur Paris une fraction de l'Armée Lanrezac, sans doute parce que ces troupes au cours de leur repli se rapprocheront le plus de Paris. Le 30 août, sur une nouvelle demande de Gallieni, qui réclame avec insistance les trois corps promis, Joffre répond qu'on lui destine bien trois corps, mais en majeure partie composés de divisions de réserve. C'est la VIS Armée qui est ainsi annoncée, laquelle comprend, en effet, à ce moment, 4 divisions de réserve et | corps actif, le 7°.

Qu'est-ce à dire ? Cette VI® Armée n'est-elle pas le pion essentiel sur l'échiquier, le noyau de la masse de manœuvre qui se constitue à notre extrême gauche et qui chaque jour grossie des forces prélevées sur le reste du front doit être en mesure, au moment voulu, de déborder l'aile droite allemande ? Joffre se séparant de cette Armée au profit de Paris, ne semble-t-il pas indiquer qu il renonce à rechercher cette manœuvre ?

Comment peut-il en être autrement ? Le 30 août, Joffre met l'Armée Maunoury à la disposition du Camp retranché. Il ne peut croire qu'une chose, et sa dépêche du 29 le laisse entendre, c'est que l'Armée allemande va investir Paris. Donc il se sépare de la VI® Armée avec l'idée nette qu'elle est perdue pour lui et qu'il n’aura pas à compter sur elle dans l’imminente contre-offensive. Et c'est sans doute pour éviter cette lourde perte que

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. Millerand avait posé vainement, au Conseil des Ministres, ‘ la question de Paris ville ouverte.

Ainsi Gallient, dont l'autorité grandit chaque jour, se dresse comme un second Général en Chef. On a vu plus haut de quel œil le G. Q. G. voit ses interventions. Une rivalité sourde commence à se dessiner entre les deux organes de commandement. À la faveur d’un changement de ministère, le G. Q. G. réplique le 1% septembre à la main-mise de Gallieni sur la VI® Armée en demandant au nouveau Ministre de la Guerre de placer le Camp retranché de Paris sous ses ordres. Messimy, très favorable à Gallieni, aurait-il fait droit à cette demande ? Je ne le crois guère, Galliéni s'y fut opposé, cela est visible dans ses Mémoires. Cette mesure fit l'effet au Gouverneur de Paris d'être inspirée surtout par la jalousie du G. Q. G. à son égard. L'on verra, par la suite, qu'il était assez fondé à le croire. Mais Millerand, devenu Ministre entre temps, et justement décidé à conserver au Commandant en Chef la suprématie, acceptera cette subordination de Gallieni. Dans l'état actuel de la situation, on comprend mal en quoi l'autorité du Général en Chef peut s'exercer efficacement sur une armée qui va être chargée de défendre une ville investie, c'est-à-dire une armée bientôt séparée de l’Armée de campagne. Car à la date où cette demande est formulée par le Général en Chef, on ne peut admettre que le G. Q. G. a l'idée précise du changement de plan

auquel s'est décidé Von Kluck, Louis Madelin Ha Le que le 31 août, à 11 heures 30, un capitaine de la division provisoire de cavalerie, le capitaine Lepic, se trouvant en reconnaissance au nord-ouest de Compiègne, s aperçut avec surprise que les énormes colonnes de Kluck s engageaient sur la route de Compiègne, au lieu de prendre la route directe qui passe par Estrées-Saint-Denis ‘. Le capitaine Lepic, qui vit cela, découvrit-il à ce moment la signification considérable de ce fait ? En fil part immédiatement au G. Q. G.2 ou bien consigna-t-il simplement l'événement dans le rapport de sa reconnaissance ? Le G. Q, G. lui-même, s'il fut prévenu assez à temps, put-il séance tenante en découvrir la portée au point de songer à reprendre le 1% septembre son autorité sur la VI® Armée ? Il est bien hasardeux de le croire ; les transmissions ne vont pas si vite et qu est-ce que le compterendu d'une seule reconnaissance au milieu du flot de renseignements qui parviennent à chaque instant et dont chacun à besoin d'être vérifié ? Il fallait que la chose se confirmât pour qu’on y prêtôt attention : la preuve c'est que Gallieni qui découvre le fait le 1°7 septembre? n'a encore rien reçu du G. Q. G. à ce suiet, et qu ayant l'intuition de ce qui va se passer, 1l sollicite, pour en être

| Au reste, prendre la route de Cempiègne c'était prendre égatement la route de Paris, et Compiègne avec son château devait attirer les Allemands,

2 C'est la date que fixe e général Clergerie, chef d'État-Maïor du

Gouvernement militaire de Paris. D'autres assignent la date du 2 septembre.

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