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de ton amicale prudence quand s'ouvre devant moi une tâche unique, tu voudrais que je renonce à chercher la solution du merveilleux problème ! Savoir ce que valent les êtres, soupeser les événements, s'acharner à dissiper l’équivoque, le mensonge ou le faux semblant pour découvrir la petite chose humainement vraie, qui existe seule au fond de ce formidable spectacle, avant que la postérité ne l’orne de mille rayons aveuglants, avant que l'intérêt ou l'imagination d'un parti, d'un homme, d'un pays ne le change en un rêve d'histoire inaccessible à nos mesures, voilà qui vaut qu'on meure à la peine et qu'on risque le sort le plus misérable. De tels cataclysmes ne surgissent point pour l'’amusement de la galerie et l’'apothéose de quelques privilégiés. Ce que l'humanité apprend dans le sang et dans les larmes, il n'est pas permis de l’ignorer. Allons-nous oublier une expérience si cruelle qui a coûté des millions de vies douces et précieuses ?
Malédiction sur ceux qui osent avec des matériaux encore saignants édifier on ne sait quelles légendes |
Lève-toi. Vérité ! Puissent les morts, qui savent toutes choses au fond des séjours éternels, fixer sur nous leurs veux de lumière et nous communiquer l'incorruptible audace des martyrs de la vérité |
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SUR LE PEU DE CRÉDIT QU’ IL FAUT ACCORDER . AUX HiSTORIENS DE LA GUERRE
Cherchons la vérité, quoiqu'il en coûte, armons-nous impitoyablement de défiance et d'esprit critique. car l'histoire elle-même se fait aujourd'hui l'auxiliaire de it la légende. Cette guerre qui a vu tomber bien des illusions va-t-elle également nous apporter la preuve que la science | historique n'a ‘amais été qu ‘une entreprise de faussaires et de scribes naïfs abusés par des profiteurs ? Voltaire a cru fermement que le monde se divisait en deux groupes : les dupeurs et les dupés : il a discerné que le mensonge
était un moyen de domination pour les castes supérieures. Pour moi, je répugne à généraliser ce système. Les plus angereux ne sont pas les menteurs conscients. Voulu pe t-être à l'origine, imposé comme thème de défense et de protection, le mensonge est entretenu, ensuite, et ectionné de bonne foi. Tant de sincérité se mêle aux quil devient bientôt impossible d'accuser les vriers les plus actifs de l'œuvre détestable. Donc, nous voici à la tête de pont d’une magnifique période historique. Îl s'agit de déjouer le jeu éternel des
timent patriotique et l'orgueil : ct des hommes | méritaient par leurs travaux antérieurs l'attention cet a confiance ? Témoins de la grande guerre, que vos sou venirs se dressent comme le fantôme d' Elseneur pour ‘imposer la vérité qu on est en train d'étouffer sournoïse : ment. Le corps des historiens va-t-il prêter les mains à ce guet-apens ? Mais non, pour la plupart, on doit repousser toute volonté de prémiditation. Îl faut . Pour travestir les faits la connaissance exacte du vrai. Et c ‘est de cela qu'ils manquent le plus. Gabriel Hanotaux, Louis Madelin, Henry Bidou et tous ceux, grands ou petits, obscurs et célèbres, qui utilisent avec une bonne volonté et une hâte touchantes les documents des États-Maiors, ils ne sont coupables que de complaisance. #4
Dans cette période, 1l est arrivé à des historiens de formation civile d étudier l'événement ras À
| Fu. ancêtres des de d’ ee acquies-
sans pu doute, mais avec la ferme intention de no
ice latteur, toi qui pris tant de peine Do dire mn 1 n'a point passé le Rhin.
ire de la Grande Guen je crois qu'en aucun iii on na aussi ouvertement travesti la réahté que dans le période que nous venons de vivre. La lutte formidable engagée entre deux groupes de nations a exigé l'emplo de tous les moyens d'attaque et de défense. L'arr n morale ne pouvait être négligée. Fa
Gagner les sympathies des neutres, recevoir d'eux |’ pot
ï matériel qu'on pouvait en attendre, tout en les persuadan:
de le refuser aux adversaires. réussir enfin à les jeter à
leur tour sur l'ennemi, chacun des groupes alliés don
nèrent respectivement ces divers buts à leur activité. Par un souci du point de vue du droit, bien étrange dan: ce déchaînement de la force brutale, on s eflorça d’' abor
bd leurs agents ue le monde entier a les bruits les plus a à leur communiqué appu
e les er tions ia guerre. À leur tour les alliés insërent peu à peu un vaste réseau de propagande inspiré par la même nécessité de souligner les succès et d'atténuer les revers. Les intellectuels furent mis à contriution dans chaque pays pour nourrir d arguments cette guerre d'un nouveau genre, Le monde comme une immense Sorbonne retentit du bruit des controverses, démentis, répliques et distinguos. Le cerveau humain n ces quatre ans enrichit son bagage de sophismes et arguties plus quil n'avait fait en plusieurs siècles de civilisation brillante.
La France montra dans cette lutte qu'elle était la nation niellectuelle par excellence. Mais tout de suite elle comprit que le mensonge systématique risquait de desrvir ses intérêts. Îl importait avant tout de donner con- | fance aux neutres, de leur imposer la certitude que nos mformations étaient vraies. Pour cela, il fallait prendre e de ne pas s'attiter le démenti brutal des faits contre me no jamais les tromperies les Phes ns
s. La vulgarité he aux Allende leur ; de goût, leur cynisme et leur mépris des nuances les inciter à dépasser la mesure. Le plus clair
avec plus de conscience encore si l'intérêt de sa Patrie
torien, tn à un sentiment désintéressé, 8 | ft rce de placer sous un jour exact les événements. Il dégage l'enchaînement des effets et des causes. Placé au-dessus des partis, il ne favorise ni l'un m l'autre, mais il do entrer dans l'intelligence de chacun d'eux, car il scrui les actions à la fois du dedans et du dehors. Son but dernier étant de dégager la leçon des taits et le sens des événements 1l ne craint ni de rendre justice à l'ennemi ni de souligner les fautes de son pays. Cette dernière tâche. il la remplit dans l'intérêt spirituel de la vérité s'il veut rester jusqu'au bout au-dessus des hommes ; il la rempl
le préoccupe. C'est le seul patriotisme que l’on tolère à l'historien Mais une telle attitude n'était pas de mise | pendant la guerre : la nécessité d'être vainqueur primait tout sue préocenpatione Le malheur, c ‘est que |’ on : est
elle était Dermise
La propagande intérieure, destinée à
sans réticence ni restriction, Comment donner co au pays si l'on ne lui persuadait que tout allait po
D opagande en tempérant la vivacité des critiques ou n les supprimant. De là un optimisme officiel, endormeur, des habitudes d’exalter le mérite au-dessus de sa valeur réelle, de masquer le laid et le médiocre, d'excuser l'erreur, de à une franc-maçonnerie d'indulgence et d'aveuglement propre à étouffer le sentiment de la vue exacte des choses et à atrophier le bon sens
veilleux optimisme s'y soient habitués et qu'ils ne puissent plus entendre la vérité. Parler franc, pendant la guerre, faire preuve d'esprit critique, comme ne s'en priva point Georges Clemenceau pendant les trois années où il ne fut qu'un journaliste, équivalait à se montrer dangereux pour la Patrie. Vainement pour se justifier, invoquait-il l'amour du bien public, le désir passionné qu'il avait de voir le pays secouer la routine et galvaniser son énergie n vue de la Victoire, on l'a exécré dans les États-Majors t traité de défaitiste. Bien des fois l'Homme Enchaine, on journal, fut saisi et interdit dans les armées, comme >upable de démoraliser la troupe et de servir les desseins
ennemi en rumant la confiance aveugle qu'il est spensable que le soldat ait dans ses chefs. N'était-ce s proclamer la haute vertu du mensonge ? Comme si spectacle des fautes commises et des déplorables abus abondèrent au cours de cette campagne n ‘aurait pas uffñ à semer le découragement parmi les combattants avait jamais dû s'y répandre
Si l'Allemagne a finalement connu la panique, c'est
ranait et La censure venait en aide à la
On comprend que ceux qui ont bénéficié de ce mer-
Le jour où les faïts ont parlé, le « bourrage de crânes »
réparées. Les combattants reprenaïent confiance chaque
surtout parce que l'esprit critique n'a pu S y Lire Jour ouvertement, étouffé sous la main de fer de Ludendorff
officiel et militaire s'est révélé impuissant à persuader. aux Allemands que tout allait bien. De cette terrible désillusion, d'autant plus vive que les 1ilusions avaient été plus grandes, date l'effondrement du moral de nos ennemis. Au contraire, parce que la voix de la vérité a pu par moments s'élever en France, les erreurs ont été
fois qu'on remédiait à un ordre de choses défectueux, | car ils étaient les premiers à signaler aux journaux ou aux | parlementaires les fautes commises. Quant au pays, tenu plus ou moins au courant par ces critiques des difhcultés qu'il fallait surmonter pour gagner la victoire, il | a eu malgré lui une idée suffisamment juste de la situation pour ne point nourrir d'illusions mortelles. A
Mais au milieu de quel concert de malédictions la voix de la vérité se faisait-elle entendre, vous vous en souvenez. Les «bons esprits » ne cessaient de crier au sacrilège, le commandement disait qu'on lui rendait la tâche impossible, la censure lançait ses foudres. Les parlementaires y ont gagné le mépris public. Seul Cp pour so
pense de la victoire, s'est vu accorder l’absolution total de son indiscipline passée.
Cet esprit de complaisance, cette pudeur patriotique,
cette volonté d'admiration quand même, n'ont pas dis- ; paru. Aujourd'hui encore on continue à tenir pour méprii sable quiconque essaye de juger les hommes et les choses de la grande guerre. Aujourd'hui plus encore ! Parce ) ; que l'issue de la lutte a été heureuse, on a oublié les mauvais jours où, la victoire nous fuyant, on se rendait compte avec netteté des insuffisances et des faiblesses. Au milieu du triomphe, il paraît de mauvais goût de rappeler les | revers. Êt comme on ne peut supprimer ceux-ci, on est tenté de les affaiblir, voire de les nier, en tout cas de les tenir pour choses négligeables par un habile travail d'atténuation. Lisez nos historiens officiels, vous verrez quelle déplorable influence l'esprit de propagande a eu sur l’histoire ? Non pas que ces écrivains dissimulent quoi que ce soit des événements, mais quel souci de . justifier, d'adoucir, de placer en lumière le bon côté des choses ! Cette longue suite d'expériences, de tâtonnements, de hasards malheureux qui tournent bien, de choses voulues et qui tournent mal, ce piétinement sur place à la recherche d'une solution, ce drame touffu et sanglant que les hommes parurent si souvent incapables de diriger et d'amener à son dénouement, tout cela qui porte la marque de la misère et de la faiblesse de l’homme autant que de sa grandeur, devient par la toute-puissance de la complaisance patriotique une trame serrée, tissée par des mains fermes, déroulée par des cerveaux puissants, un chef-d'œuvre de logique et de clarté où pas in geste ne manque d'être à la place même qu'on lui a
Le
hommes ne mènent les événements avec cette eue la part du hasard est immense, d obscures réactions favo-
nouvelles, des effets A, | sortent de causes it définies, un immense halo d'actes confus entoure la # petite lueur de la volonté agissante qui essaye de rayonner au travers. Calculer la part qui revient à tous ces éléments, s'efforcer de comprendre en son intégralité le formidable phénomène qui a évolué pendant quatre na cn
préoccupé d'atteindre le réel.
Mais quoi, il s'agit bien de cela ! Il importe de He l'orgueil national, d'impressionner favorablement l'étran-
de cette dure expérience, que deviennent-elles deal paysage officiel de la guerre, chef-d'œuvre de tro: l'œil et de convention, solennellement dressé dans | |
ceinte de l’Institut ou de la Sorbonne, consacré par l'approbation des hauts personnages de l'État ?
| peu prévenu que vous soyez, vous ne serez pas sans remarquer le ton de flatterie prudente qui y règne à l'égard du rôle joué par nos chefs. Le ton est d'autant plus surprenant que les hommes ont forcément présents à à l'esprit des événements qui datent d'hier, qu'ils n'ont pu oublier les fautes commises. Celles-ci n'ont. d’ailleurs, échappé à personne. On les a maintes fois déplorées en formulant l'espoir qu'elles fussent évitées à l'avenir. Et voilà que la victoire ayant enfin couronné nos armes, … le silence se fait sur nos erreurs ? Si des historiens comme Louis Madelin et Gabriel Hanotaux les signasent, c'est pour douter quon les ait commises. Ils s'attachent à ne hi plus laisser voir que la face éblouissante des choses 1! : Parlant de l'offensive générale prise par nos troupes en août 1914. Louis Madelin écrit :
__ « On avait, peut-être, en prenant l'offensive sur toute la ligne et sans être instruit de la répartition des forces ennemies, commis une imprudence qu'avaient os | ‘incapacité de certains chefs et la vaillante témérité de certaines troupes. Je dis, peut-ftre, car la question resie l oumise à la controverse : et l'ayant abordée sans idée préconçue, un Gabriel Hanotaux l’a résolue, en dernière nalyse, par l'approbation. Parlant de l'offensive d'août, il écrit : « Son principal défaut (qui ne dépendait pa de la volonté des chefs) fut qu'ayant été improvisée ? il lui
net
ua Si M. Hanotaux, par le mot & improvisée » vise le fait que la violation de la Belgique nous aurait obligé à modifier le dispositif prévu par notre commandement pour une agression à la frontière de 10 est, il se Atompe car : État-Maier changea 1rès peu de choses aux dis-
a p'iiie j A Rte Louis Madelin a tellement conscience du ao a audacieux de son peut-être qu'il s'abrite prudéemment derrière M. Gabriel Hanotaux, de l'Académie Français ,
On ne peut lire un tel passage sans mélancolie. |
Mais devant le bon sens et la droite raison rien né doit subsister de ces textes tendancieux. Mettons nos auteurs en face d'eux-mêmes. Louis Madelin avoue qu'on avait pris l'offensive « sans être instruit de la répar tition des forces ennemies ». Cette imprudence (si si s'ajoute à ce que G. Hanotaux qualifie « d'improvisation » De même ce que Madelin nomme « la vaillante témérit
positions d'offensive qu'ii avait prises et longuement préparées, dès le temps de pr Il continua avec opiniâtreté à vouloir rh
sa par la ne apportait à son plan et mn les NE î du général Lanrezac. L'offensive d'août ne fut improvisée ni en Alsac
ni en Lorraine, n: à travers l’Ardenne et cependant elle échoua Elle ne répondait plus aux réalités, voilà tout. Il n'y eut d'impré que les opérations entre Meuse et Sambre : je dis imprévues et improvisées, car à la guerre tout est relativement improvisé, 1E manœuvre dépendant des mouvements de l'ennemi. ;
rtaines jus », est expliqué par le manque € d ines préparations » dont parle Hanotaux. À qui fera- + n croire, cependant, que l'absence de préparation, la mauvaise instruction des troupes, l'ignorance des forces ‘ennemies ( ne dépendent pas de la volonté des chefs » ? Enfin, admirez l'argument final : « Sans l'offensive de la vingtaine d'août la bataille de la Marne eut, sans doute, tourné différemment ». Oh | sans aucun doute, elle n'eut même pas eu lieu, et ç'eut été en vérité dommage, une si belle victoire, qui fait tant d'honneur au pays Î
La volonté de couvrir les chefs à tout prix, voilà la raison principale d'une télle attitude. Croit-on vraiment que ce sentiment se confonde avec le patriotisme ? j'affirme bien le contraire. Comment se fait-il qu'on ne nous cache point l'incapacité de tel général de Louis XIV, de Villeroy, par exemple, ou sous Louis XV, de Soubise ? Si le sentiment de Gabriel Hanotaux était licite, il eut fallu dissimuler également ces erreurs. Les historiens qui les rapportent sont donc de mauvais Français ? Mais Gabriel Hanotaux lui-même n'aurait nulle crainte de dire la vérité sur ces faits historiques du passé. Alors, ourquoi agit-il différemment pour les événements er ? Est-ce parce qu'ils sont d'hier qu'il se croit oblig gé de les adoucir ? Sa responsabilité est bien plus de, car il risque de pousser la postérité dans la voie ‘oubh. Au vrai, cette complaisance prend son origine da s le fait qu ‘étant historien il se place au point de vue
duite de la guerre ont commis des fautes. Ce créer un esprit de défiance parmi la HOUR
nous regarde, nous ne io pas reconnaître qu un Fran. 1) cais a pu se tromper, sous peine de diminuer la gloire de la France. Vous sentez combien ces arguments sont misé-. rables. Maintenant, que les fautes ainsi dissimulées se reproduisent, que les incapables continuent à régner, peu. importe. Que de gens qui ont connu les erreurs du "
conversation, — Louis Madelin et Hanotaux ont été de ceux-là — puissent dire je contraire, la PE é
tant strictement vraie. Une ee be conspiration silence existe en France à l'heure actuelle. On n pas écrire Ê vérité, on ns dit tout bas et gun q