CONCLUSIONS
I. — C'est en faisant marchér de pair les recherches radiologiques avec les investigations cliniques, en leur faisant se prêter un concours mutuel, que M. le professeur Edm. Weill, notre maître, avec la collaboration de ses élèves, en particulier de M. Georges Mouriquand, a obtenu les résultats connus aujourd’hui de tous dans l'étude des affections thoraciques de l’enfant et en - particulier dans l'étude de la pneumonie infantile.
Il. — Les symptômes radioscopiques de la pneumonie franche de l'enfant et leur évolution, établis par M. le professeur Edm. Weill, sont classiques.
L'étude parallèle des symptômes radioscopiques et cliniques sert particulièrement à interpréter l’évolution de cette affection.
III. — L'image radiologique est le symptôme primordial de l’hépatisation réalisée; ses autres signes, la matité et l'obscurité du murmure, ne viennent qu’ensuite.
L'engouement ne donne pas d'image. La localisation des signes pulmonaires d’auscultation, souffle et râles fins, a montré qu’ils prenaient naissance hors de la zone d'hépatisation, dans la zone d’engouement qui
l'entoure. L’engouement peut ne précéder que de fort peu l’hépatisation et coexiste avec elle. La disparition de l’engouement et celle de l’hépatisation sont indépendantes. |
IV. — La radioscopie laisse surprendre parfois que l'hépatisation s'effectue en deux temps. L’hépatisation initiale revêt la forme d’un triangle dont les exsudats secondairement apparus noient les contours. Ces derniers, venus en second lieu, sont les premiers à disparaître ; le foyer triangulaire d’hépatisation initiale se montre alors à nouveau.
V. — Il est inexact d'admettre que la défervescence et la crise marquent le début de la fonte du foyer hépatisé. Elle peut avoir débuté avant. D’autres fois le foyer hépatisé peut garder, longtemps après la chute thermique, l'intégrité apparente de sa forme.
VI. — L'étude comparée de la valeur diagnostique des signes radioscopiques et cliniques montre que l'image, signe de certitude de l’hépatisation, a une valeur diagnostique de premier ordre. Le triangle en particulier vient au premier rang des signes qui concourent au diagnostic positif et différentiel de la pneumonie franche.
Le triangle ou l’image peut faire à lui seul le diagnostic de pneumonie; c’est le cas des pneumonies muettes.
VII. — L'image à début toujours cortical instruit sur la genèse du bloc hépatisé et figure le processus vasculaire de la lésion ; elle ruine l’hypothèse de la pneumonie à héphtisétion centrale.
La radioscopie montre l'ordinaire RS seg- | mentaire de la pneumonie franche chez l'enfant: elle éclaire l’évolution anatomique du bloc hépatisé. La
longue persistance du foyer après la chute thermique se voit chez l'enfant comme chez l'adulte.
La résolution est prompte ou lente. Quand elle est ralentie, tout le foyer s’efface dans son ensemble peu à peu, ou bien 1l disparaît par segments.
VIIL. — De la pneumococcie sans localisation pulmonaire à la pneumonie avec hépatisation complète, même massive, il n’y a qu’une différence de degré. Les termes intermédiaires sont les pneumonies incomplètes, qui s'arrêtent à l'engouement et ne donnent pas d'image, ou qui ébauchent simplement l’hépatisation ne donnant qu’une image rudimentaire.
IX. — Une pneumonie infantile dans son évolution résume cette gamme d'états. Il y a une phase de pneumococcie sans localisation pulmonaire, une phase de localisation pulmonaire avec une période d’engouement sans image, une période d'hépatisation ‘avec image.
X. — La précocité de la localisation pulmonaire agorave le pronostic. La précocité de l’hépatisation l'aggrave encore.
Le pronostic est également subordonné à la topographie, à l’étendue,au mode de résolution des ombres. La persistance du foyer hépatisé s'accompagne souvent d'incidents de convalescence, de complications à court ou à long terme, de séquelles.
XI. — Il y a lieu d'étudier des formes radiologiques de la pneumonie : forme avec précession des signes radioscopiques, forme avec précession des signes sté-
thoscopiques, forme à image prolongée, forme avec signes radioscopiques sans signes stéthoscopiques ou pneumonie muette.
XII — La radiologie contribue d’une façon précieuse à l'étude des formes cliniques de la pneumonie : pneumonies envisagées suivant le siège (pneumonies du sommet, de la partie moyenne, de la base), pneumonies envisagées suivant la durée (pneumonies prolongées et abrégées), pneumonies envisagées suivant
l’âge (pneumonies du nourrisson), pneumonies inter-
currentes. Elle sert à interpréter et à retenir ou à élaguer bien des formes cliniquement décrites.
XIII. — Elle est aussi précieuse pour l’étude et le diagnostic précoce des complications, en particulier des complications pleurales.
XIV. — La radiologie, par la façon dont elle suscite de nouveaux problèmes de pathologie générale, fait entrevoir dans quel sens, et à propos de la pneumonie en particulier, les recherches de ce genre doivent être conduites.
Vus Vus LE PRÉSIDENT DE LA THÈSE, LE DOYEN, E. WEILL