‹ Poâetique, ou, Introduction áa l'esthâetiqueChapitre 19 sur 24 · COMMENTAIRES DES TRADUCTEURS · texte numérisé non relu

COMMENTAIRES DES TRADUCTEURS

TO.TIl-: PREMIER.

(1) Page 95.

Qu'aurait dit Jean-Paul s'il avait vécu soixante ans plus tard?

Le terme d'esthétique, à ne considérer que son étymologie, ne peut désigner que la théorie de la sensibilité en général, ou la théorie de la perception. Nous pouvons d'abord faire observer qu'il n'a jamais été employé dans ce dernier sens, tandis que le premier lui a été attaché par un des plus grands philosophes modernes (^. William Hamillon, Lectures on metaphjsics, t. I). Quant à l'emploi qu'en ont fait Baum-

garlcn et un grand nombre (Fauteurs après lui, il est purement abusif, etjl serait bon , avant que le terme eût pénétré définitivement dans le langage ordinaire, dV renoncer complètement ; nous voulons parler de T usage qu'on fait de ce mot pour désigner la théorie générale des arts, en tant qu'ils ont pour fin d'éveiller le sentiment du beau. Une autre erreur, plus grave que cet abus de terminologie, consiste à faire de cette théorie des beaux-arts une des grandes branches de la philosophie; cette théorie ne pourrait être au fond que la science, arbitrairement limitée , de quelques-unes seulement des causes (les causes artistiques) du sentiment du beau ; or, la philosophie , quand elle analyse ce sentiment, doit présenter une science une et complète de toutes ses causes. Pour qu'il en pût être autrement, il faudrait que le sentiment du beau naturel et celui du beau dans les arts fussent des sentiments différents. Mais il n'en est pas ainsi ; il n'y a là qu'une seule et même modification de la sensibilité, éveillée seulement dans des circonstances différentes : ceux qui ont essayé de prouver le contraire ont confondu , comme Hegel, par exemple, le beau naturel avec le pittoresque. Faisons observer que le sentiment du beau n'étant qu'une modification de la sensibilité, la science de ce sentiment particulier ne serait qu'une partie de* cette branche de la psychologie qui a la sensibilité pour objet, c'est-àdire un simple chapitre plutôt qu'une science distincte et complète.

Si l'on veut entendre par esthétique ce que l'on pourrait appeler proprement thione de fart, ou Seiencedes causes et des lois de l'art, ce que l'on con-

DES TRADl CTEURS. 325

fcoil alors n'est même plus une partie de la philosophie. Les arts sont, en dernière analyse, des choses purement pratiques, des moyens particuliers pour atteindre certaines: fins, des aeles, en un mot ; leurs causes ne sont, en grande partie, que des circonstances accidentelles; leurs principes peuvent être les plus divers; on peut se servir des arts pour atteindre cent buts différents-, soit un but utile, soit pour produire le plaisir du beau ou un autre plaisir. La théorie des arts n'est que l'application à certaines matières de différentes lois de la philosophie; et c'est ce qui est vrai en particulier de la théorie de la poésie, c'est-à-dire de la poétique.

Cela rappelle un distique de Schiller sur la jeunesse littéraire de son temps : « Ce qu'ils ont appris hier, ils veulent déjà l'enseigner aujourd'hui. Que ces messieurs ont la digestion prompte ! »

(3) Page 98.

C'est là le langage de l'école de Schelling. Dans sa philosophie, l'expression de pôles désigne les deux termes de l'antithèse du sujet et de l'objet, de l'idéal et du réel, du moi et du non-moi. De là les mots : polarité, polarisation, polariser.

(i) Page 102.

Les porte-drapeau , ce sont les critiques de l'école

32fi NOTES ET COMMENTAIRES

romantique ; le reptile long et flasque, c'est la vieille critique banale, toujours prête à louer tout le monde.

(5) Page 104.

« Uno et viginti diebus Homerum, reliquos intra quartum mensem poetas, cœteros intra biennium scriptores perdisceret... » (Heinsius, In Josephi Scaligeri obitum funebris oratio (1609), p. i5). — Gaspard Barthius, un des philologues les plus érudits de l'Allemagne (1587i658); ses Adversaria, en 60 livres [F ranc fort, 1624)? sont encore consultés aujourd'hui. Il en avait laissé 120 autres livres manuscrits; on en a publié un extrait : Wesel, 1827,

(6) Page 108.

Voyez notre Préface, p. 4-

(7) Page 111.

Jean -Paul se trompe. On sait qu'Aristote avait cultivé la poésie et composé notamment des hymnes et des élégies. On a conservé de lui un Hymne à la Vertu, qui nous donne la plus haute idée de son talent poétique. Vovez sa biographie par Diogène Laërce.

(8) Page 119.

Jean-Paul a eu probablement en vue les passages suivants deMacrobe (Saturnales, 1. I, chap. xn). « Vox

nascenti homini terra contactu datur... liane eamdem (terrain) bonam Deam, Faunamque etOpem et Fatuam

pontificum lilnis indi gitan : Fatuam a fando, quod,

ut supra diximus, infantes partu editi non prius vocem edunt, quam attigerint terrain. »

(9) Page 120 (note).

Voici le passage de Scaliger : « Illud quoque ad perfectionem cognitionis perstringendum est, tanto facilius angelum posse sihi corpus assumere materiale, quam amateria queat suscipi forma a?quivoca, quaesibi murem fabricat in fimeto, quanto minus operosum est corpus assumptum quam corpus mûris... In corpore assumpto multa, qua? in illo necessaria sunt ad functiones naturales, nulla sunt ; itaque ad assumendum corpus sibi, illo temporis tractu non eget. »

(10) Page 120.

« Le véritable poëte, dit Novalis, est un univers en miniature. >» Le héros de son roman, Henri d'Ofterdingen, est un poète lyrique estimé du moyen âge allemand. Tieck, dans les Voyages de François Stembald, nous présente un peintre imaginaire , dont il fait un élève d'Albert Durer. Un autre romantique, Brentano, met en scène, dans une comédie, le poëte lyrique espagnol Ponce de Léon; Hoffmann prend pour héros Salvator Rosa, etc.

(11) Page 121.

« J'ai donné aux jeunes gens et aux poètes le conseil d'apprendre quelque chose ; de même que, d'après les lois, le grand sultan, et, d'apfrès Rousseau , le savant, doivent savoir un métier indépendamment de l'art de régner et de la science ; de même un jeune artiste, écrivain ou poëte, doit s'occuper, en dehors de la poésie, de sciences, et par exemple d'anatomie, de botanique, ae géographie , etc. Après les anciens classiques, qui s'instruisaient par la vie et par ses expériences autant que nous par les livres, et qui traçaient leurs tableaux poétiques sur une riche base de savoir, je cite encore Gœthe, qui s'est occupé de sciences autant que s'il n'avait jamais fait de vers. Le même principe s'applique à la satire et à l'humour; l'une et l'autre n'aboutissent à rien sans science, témoin Rabelais, Butler, Swift, Sterne , qui tous ont été beaucoup plus savants que Rabener et d'autres Allemands, qui veulent être plaisants à tout prix. » (Supplément à V Introduction à l'Esthétique. Voy. notre Préface, p. 93.)

« On trouve, dans Y Introduction à l'Esthétique, une large impartialité. C'est là ce qui distingue Richter comme critique. Il s'élève contre ce qu'il appelle le Nihilisme poétique , c'est-à-dire contre ce système de poésie qui semble méconnaître la réalité pour aller se perdre dans les abstractions les plus vaporeuses. Il combat avec force le matérialisme poétique, qui ne cherche que dans l'image, ou plutôt dans la copie sensible, les mystères de cet art divin. Il reconnaît la matière, mais il veut que l'esprit la domine : il ad-

DES TRAD1 » il I RS. 828

met que nous imitions la nature, mais il exige que le spiritualisme soil rame de notre imitation. >»(A.Théry,

Histoire des opinions littéraires, t. Il, p, Go.)

Kgo Telephon Iiasta

Pogaantem domui, victum orantemque refeci.

(Ovide. )

(13) Page 124 (nofe\

Carrier, l'inventeur des mariages républicains, et l'un des héros les plus sanguinaires delà révolution. Klopstoek, qui avait, comme un grand nombre de littérateurs allemands , accueilli avec enthousiasme et chanté les débuts de la révolution, changea de sentiment devant les excès des années de la Convention, et éleva la voix avec non moins de chaleur contre les tyrans qui opprimaient la France au nom de la liberté.

(14) Page 138.

Stahl, un des plus grands médecins du XVIIe siècle et fondateur de la théorie de l'animisme. Rejetant les esprits animaux de Gaiien et de Descartes, ainsi que toutes les explications chimiques et mécaniques des fonctions vitales, il attribua à une seule et même âme l'ensemble de tous les phénomènes de la vie, depuis l'exercice le plus pur de l'intelligence jusqu'aux mou-

venients inférieurs de l'organisme animal. Cette âme prédispose et organise toutes les parties d'un embryon, pour un but unique, la vie de l'individu et l'exercice de ses organes avec toutes leurs fonctions , selon l'espèce, le genre d'existence auquel il est destiné , et de manière à résister aux obstacles et aux maladies qui peuvent entraver son développement.

(15) Page 139.

Comme dans les romans d'Anne Radcliffe et leurs nombreuses imitations en France et en Allemagne, où des événements surnaturels, qui se passent dans de vieux châteaux , finissent par être reconnus comme l'œuvre d'un intrigant, d un faux mort, etc.

Dans Wilhelm Meister.

(17) Page 141.

Sans être encore ce qu'il est devenu depuis, le rationalisme des théologiens protestants portait déjà en germe Strauss et Feuerbach. Rant avait transporté dans l'exégèse la critique philosophique, et essayé de renverser l'un après l'autre tous les retranchements de la foi. Il ne s'agissait plus seulement des erreurs de la Bible au point de vue des sciences physiques ; mais l'authenticité historique des récits de la sainte Ecriture et de l'Ecriture elle-même était mise en question.

|>| s TRADUCTEURS. MJ

Schleiermacher était déjà de ceux qui ne s'attachent plus à la vérité historique des traditions chrétiennes, et qui en font consister toute l'importance dans la valeur

intrinsèque de ht doctrine et surtout de la morale, le reste étant considère comme de la mythologie pure.

(48) Page 141.

Wilhelm Meister, années (V apprentissage, liv. VIII, chap. vni et i\.

(19) Page 147.

Ainsi, par exemple, nous ne voyons pas périr Wallenstein , mais nous entendons la prédiction de la catastrophe par l'astrologue, nous assistons à tout l'appareil des préparatifs; et enfin le cadavre, enveloppé d'un linceul rouge, est porté à travers la scène.

(20) Page 148.

Allusion à l'étymologie italienne de ce mot : « D'où Ton voit ce qui est beau. »

« Pendant un certain temps tout homme a de la poésie. Au fond , chaque émotion forte est déjà un abrégé de la poésie ; et c'est surtout l'amour, du moins le premier amour, qui est, comme la peinture, une poésie muette... Un fait contraire, mais qui n'est pas

sans beauté, c'est que des facultés puissantes, m ai multiples qui, pendant leur jeunesse, ont eu à trava iller et à lutter contre l'Egypte de la réalité, n'ont projeté l'éclat de la poésie qu'après avoir atteint à la hauteur de législateurs. C'est ainsi que les traits déjà âgés de Lessing brillent poétiquement dans son Nathan et dans son Pugilat contre l'orthodoxie protestante; mais, dans ses essais de jeune homme, c'était plutôt la prose qui faisait de la poésie. Il y a des hommes qui n e rencontrent leur jeunesse que dans leur vieillesse. » (Supplément à l'Introduction.)

(22) Page H9.

Dans les fables des rabbins, dans les contes héroïques ou erotiques des Persans ou des Arabes, Salomon est célébré comme un roi fabuleux ; sa sagesse y devient de la magie, et sa puissance y prend des proportions merveilleuses. (Voy. les Mille et une Nuits et le recueil des Légendes orientales du docteur G. Weill.) D'après ces traditions poétiques, Salomon aurait possédé plusieurs talismans , un anneau célèbre, une clef {Clavicula Salomonis) au moyen desquels il pouvait commander au monde des esprits, aux animaux et aux éléments. On retrouve les mêmes traditions en Europe au moyen âge et plus tard dans les Mystères des francsmaçoiis et des rose-croix. Quand Faust se prépare à exorciser le chien mystérieux qui s'est introduit chez lui, Gœthe lui fait dire (I, 3) : « Contre ce monstre à demi infernal, c'est de la clef de Salomon qu'il est bon de se servir. »

1>I> THADLCTEl RS. 333

Plusieurs penseurs modernes., dans le bul de faire ressortir davantage l'ordre général qui règne dans L'uni- \ ei b, se sont efforcés de décou\ rirdes rapports cuire les différentes parties de la plante. D'après eux les sépales, les pétales, les et aminés, le pistil , en un mot toutes les parties des Heurs, pourraient être considérées comme îles feuilles transformées, ou plutôt comme étant soumises, dans leur développement, à la même loi générale que les feuilles proprement dites. — Yoy. Gœthe , Essai sur la métamorphose des plantes. — Sehleidcn, La plante. — James M'Cosh, t/ie metkod of the divine governmen t. Edimbourg, 1 85 5 .

(24) Page 153.

Les génies passifs sont une invention du romantisme allemand. Frédéric Gentz , le célèbre publiciste autrichien, dans sa correspondance avec llahel Levin (de Varnkagen se proclame un être réceptif au suprême degré, la plus femme de toutes les femmes. Franz Horn attribue a A. \\ . Sclilegel ce même génie passif et féminin.

(25) Page 157.

Va tssing dirait, en parlant de lui-même : « Celui qui m'appellera un génie recevra de moi un soufflet qui en vaudra deux. » Cependant il a écrit quelque part: «< Je me Halte d'approcher beaucoup du génie dans la critique, quoiqu'elle passe pour étouffer le génie. »

(26) Page 459.

On sait que les anciens , sous le nom d'airain , désignaient tantôt le cuivre pur, tantôt son alliage avec d'autres métaux, tels que le plomb, Tétain, For, l'argent. Mais on n'a aucun renseignement certain sur le procédé qu'ils employaient pour former cet alliage. Eux-mêmes attribuaient l'airain de Gorintlie à la fusion et au mélange de plusieurs métaux lors de l'embrasement de cette ville, en i^6 avant J.-G. Mais ce fait ne peut être admis par la science. Pline le rejetait déjà, et il se fondait avec raison sur ce que les statues des grands maîtres, en métal de Corinthe, avaient été faites plus d'un siècle avant l'incendie de cette ville. Les opinions varient sur la valeur de cet alliage : les uns le regardent comme le plus précieux métal de l'antiquité; Plutarque, au contraire (De Pith. OracuL), lui reproche d'être pâle et de donner aux statues une teinte maladive.

(27) Page 160.

Les Papous, race hybride ou mulâtre, provenant du mélange des Malais avec les Papous, habitant le littoral des îles Vuguiou , Saloéati, Gamen et Battanta, ainsi que la côte septentrionale de la Papouasie , en Océanie. — Les Grecs Zinzares, ou Macédono-Valaques, race de métis, sortie du mélange continu des Slaves et des Grecs, et habitant en Turquie, sur la rive droite du Danubeè

DES HïAlu t. Il i KS

(-28) PAGE 163 {note).

]Nous donnons ici le résumé de ce passage : D'après Kant , tout ce que Newton énonce dans son célèbre ouvrage sur les Principes de la philosophie naturelle, peut être appris . tandis qu'on ne peut apprendre à être un poëte spirituel, quelques préceptes qu'on nous donne , et quels que soient les modèles qu'on nous propose ; aussi Newton a-t-il pu décrire pas à pas le procédé qu'il a suivi, et montrer à chacun ce qu'il fallait faire pour arriver aux mêmes résultats, tandis qu'aucun Homère, aucun Wieland ne peut dire comment ses idées, les brillants produits de sa pensée et de son imagination , ont pu se rencontrer et s'élaborer en lui; le plus grand inventeur dans les sciences ne diffère que par le degré de son imitateur, ou de son disciple le plus lourd; il y a au contraire une différence spécifique entre lui et celui qui est doué par la nature pour comprendre la beauté de la nature.

Jean-Paul soutient au contraire, et avec raison, qu'on peut apprendre à la vérité les principes de Newton, mais seulement comme on peut apprendre les poèmes d'autrui ; mais on ne peut pas plus apprendre à inventer ces principes, qu'apprendre à devenir poëte. Si une nouvelle idée philosophique paraît se trouver plus clairement préparée dans ses prémices et ses « molécules organiques, » qu'une idée poétique, pourquoi voyonsnous cependant que Newton a eu le premier telle idée scientifique? Ni lui ni Kant ne peuvent découvrir corn-

ment L'éclair dune pensée neuve jaillit tout à coup du nuage des pensées antérieures; ils peuvent démontrer la connexion, mais non expliquer la production; et cela est également vrai des pensées poétiques. Que Kant nous apprenne à inventer des systèmes ou des vérités, et nous lui apprendrons à inventer des épopées. Kant peut bien former des disciples, mais non un autre Kant. Les systèmes nouveaux ne se découvrent pas à l'aide des syllogismes, qui cependant leur servent de preuve et d'appui. La monadologie, l'harmonie préétablie de Leibnitz, sont des émanations du génie aussi pures et aussi brillantes que les caractères les mieux tracés d'Homère ou de Shakespeare.

L'incompatibilité de l'imagination créatrice avec le talentphilosophiquen'apas été seulement soutenue par Kant ; Hume , Reid et un grand nombre de penseurs ont professé la même doctrine. La théorie de Jean- Paul n'en est pas moins la plus juste, et nous sommes heureux de pouvoir compléter sa réfutation de Kant par quelques lignes d'un des plus grands philosophes de notre siècle: « Le métaphysicien, dit W. Hamilton, n'a pas moins besoin d'imagination que le poète, quoique l'imagination de chacun soit d'une espèce particulière. En fait, on peut douter qui, d'Aristote ou d'Homère , a possédé cette faculté à un plus haut degré. Les représentations philosophiques, n'étant pas évidentes et palpables comme celles de la poésie, supposent même une opération plus difficile, et , par conséquent , une faculté plus vigoureuse. Mais, dans l'un et l'autre cas , l'imagination exige, en proportion de sa propre puissance, une grande puissance d'intelligence; car l'ima-

ginatiou n'est ni la poésie ni la philosophie , mais seulemenl la condition de rime el de L'autre, »

29) Page 167.

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