V. Diogène Laërce, III, 3j
(30) Page 174.
Dans le passage cité , Jean-Paul prétend que c'est plutôt une surabondance d'imagination qu'un manque de courage qui crée la peur des esprits.
(31) Page 174.
Ces paroles ont passé presque textuellement dans ces vers si souvent cités de Tieck, qui sont devenus un des mots d'ordre de l'école romantique :
Mondbegla?nzte Zauberoacht, Die den Sinn gefangen hœlt, Wundervolle Maehrchenwelt, Steig1 auf in der alten Pracht !
« Nuit magique, éclairée par la lune et qui captives l'âme, monde plein de contes merveilleux, renaissezdans votre ancienne splendeur! »
(32) Page 176.
C'est par ces mots que la loi morale est désignée dans la philosophie de Kant.
poétique. — T. II. 22
(33) Page 178.
...« Ce n'est pas à une élévation et à une richesse plus considérables de sa cime et de ses branches qu'on reconnaît le mieux le génie, mais au caractère exotique de l'arbre tout entier. Le talent possède souvent, dans une mesure pareille, des facultés isolées, par exemple Fimagination, l'esprit, etc.; mais d'autres talents se sont présentés avec ces mêmes facultés et dans la même mesure. Le génie , au contraire , se tient comme un Stylite sur sa colonne. Or, comme l'imitateur (et c'est là ce qui le caractérise) peut très-bien approcher de certaines facultés du génie et même les dépasser, mais qu'il reste toujours loin de son originalité et de sa nouveauté (car une nouveauté répétée n'en serait plus une), il en résulte qu'il croit paraître original en exagérant les éléments étrangers et originaux du génie et en élevant ses superlatifs à des super-superlatifs. Il veut dissimuler son écho en le rendant, devant la nature qui l'écoute , plus fort que le son primitif qu'il répète. » (Supplément à l'Introduction.)
(34) Page 181.
« C'est au moment de leur naissance que des écrivains comme Engel, Moses Mendelssolin, Weisse, Gellert brillent et saisissent le plus -, quant aux génies, c'est au contraire au moment de leur mort, et l' extrêmeonction est leur baptême. La gloire des premiers devait se faner et se flétrir avec le temps, parce qu'ils n'étaient précisément que la fleur d'une époque passée et
formée avant eux, el que, dans leur culture, ils suivaient au lieu de la devancer. Mais une époque nouvelle a vite caché ces anciennes fleura sous les fleurs nouvelles qu elle fait éclore. Le génie, au contraire, qui est plutôt la racine que la fleur de son époque, va jusqu'à repousser le présent pour attirer l'avenir; car il ne représente que lui-même et non les esprits distingués de sou temps. Il survit même aux talents futurs qu'il a formés; car il offre des caractères particuliers qui ne passent pas dans la civilisation générale, et par conséquent le conservent neuf pour tous les temps. Des génies comme Hamann, llerder, etc., ressemblent à la civette et au muse, dont la senteur trop forte ne devient agréable que lorsqu'elle a été adoucie par le temps. Mais les auteurs purement élégants restituent, après leur mort, leurs ornements au siècle qui les leur avait prêtes. » (Supplément à T Introduction.)
(35) Page 181.
L'harmonie préétablie de Leibnitz , l'influence physique des scolastiques , les causes occasionnelles de Deseartes, sont autant d'hypothèses inventées par ces philosophes pour expliquer les rapports de l'âme et du corps.
(36) Page 184.
« La plus petite cabane est assez grande pour un couple que l'amour rend heureux. » (Schiller, le Jeune homme sur la rwiere.)
(37) Page 186.
Sur ce mot, voyez plus loin, note 90.
(38) Page 187.
Otahiti jouissait alors d'une réputation d'Arcadie et d'âge d'or. Voyez Byron, The island.
(39) Page 190.
Jean-Paul ne confond-il pas ici les Furies avec le type de Méduse qui, de hideux qu'il était, devint, à l'époque la plus florissante de la sculpture, d'une beauté régulière portée jusqu'à une immobilité effrayante? Cette transformation est un des événements les plus curieux de l'histoire de l'art dans l'antiquité. Primitivement, c'était une tête monstrueuse avec une chevelure de serpents, un visage laid et écrasé, montrant la langue; aucun homme ne pouvait la voir sans mourir; les Athéniens la plaçaient sur leurs boucliers dans le but d'effrayer l'ennemi. Praxitèle passe pour l'avoir, le premier, représentée d'une façon toute différente, avec des yeux mourants , des lèvres immobiles, une chevelure rayonnant autour d'elle comme celle d'Apollon. (Voy. Otfried Millier, Manuel d'archéologie, § 4o3. — ■ Beulé, V Acropole d'Athènes, t. II, p. i83.) Un exemple à juste titre célèbre de ce nouveau type est conservé à la glyptothèque de Munich. On ne sait pas au juste si la tête de Gorgone, placée par Phidias sur l'égide de sa Minerve, était conforme à l'ancien type ou à celui qu'on
attribue à Praxitèle, et que, dans ce dernier cas, il aurait inauguré; c'esl un point qui divise les archéologues (Voy, L. de Ronehaud, Phidias, p. 109).
(40) Page 192.
dette éloquente et brillante peinture de la Grèce rappelle les excellents travaux de Herder ; comparez également les ouvrages de K. O. Millier, de Boeckh, des deux Hermann, deSchoell, etc.
(41) Page 197.
Ceci est, au point de vue de Jean-Paul, un résumé de l'histoire des arts dans les temps modernes; il passe par le moyen âge, la renaissance et le siècle de Louis XIV, pour s'arrêter à Goethe et à Schiller.
(42) Page 198.
Comme dans la Jeanne d'Arcde Schiller, où le poëte semble avoir certaines croyances naïves qui, en réalité, lui font entièrement défaut.
(43) Page 201.
La question de la polychromie des statues et des monuments antiques a été fortement débattue dans ces derniers temps, sans qu'on soit cependant encore arrivé à une solution définitive. On peut consulter les travaux de Qualremère deQuincy, Letronne, Raoul-Ro-
chette, Hîttorf (De V architecture polychrome chez les anciens). Un des écrits les plus remarquables sur cette matière est le Mémoire de Christian Walz, professeur de philologie et d'archéologie à Tubingue : Ueber die Polychromie der antiken Skulptur, Tubingue, i853. L'auteur adopte à peu près l'opinion de Kugler, d'après laquelle les statues antiques auraient été mises au moins partiellement en couleur.
(M) Page 206.
Les îles Canaries. Les Carthaginois, qui les connaissaient, avaient vanté leur climat délicieux et leur inépuisable fertilité ; la réputation qu'ils leur avaient faite leur valut ce nom d'îles Fortunées. On les appelait aussi îles desHespérides, à cause de leur position géographique.
(45) Page 206 (note).
C'était une conséquence des doctrines mystiques du romantisme, qu'une indolence, un quiétisme philosophiques, étaient le but le plus élevé que l'homme put se proposer. Cela conduisit Schlegel,avec d'autres critiques de la même école, à admirer par-dessus tout la vie calme et apathique des Indiens. Voy. son célèbre ouvrage : Ueber die Sprache and Weisheit der Inder, Heidelberg, 1808. Il ne restait plus qu'un pas à faire pour arriver à proclamer la plante, qui ne fait que végéter, plus heureuse que l'homme.
(46) Page 209.
Ernest l,r ou le Pieux (1601-167Î)), duc de Saxe- Gotha et d'Altenbourg, bon prince et fervent protestant, lit tousses efforts pour répandre parmi ses sujets la connaissance de la bible.
(47) Page 210.
Ils ont même trop de grandeur : l'intérêt, et nous dirions presque la sympathie, que le poëte éveille pour ses démons, dépasse de beaucoup l'intérêt que nous inspirent ses anges, instruments aveugles du Dieu toutpuissant. V. note 195.
(48) Page 210.
La Pléiade de Sophocle. Il ne nous reste que sept de ses tragédies.
(49) Page 211.
L'admiration excessive qui était alors répandue en Allemagne pour Shakespeare, rendait injuste à l'égard de plusieurs de ses contemporains, et notamment à l'égard de Ben Jonson, qui est cependant, dans la comédie, le plus grand rival de Molière. Ben Jonson et Shakespeare, quoique plus dune fois séparés parleurs opinions littéraires, se voyaient souvent et sur le pied de L'amitié. Le vieux Ben était grand admirateur du plus beau génie de son siècle, dont lui seul comprenait alors
toute la portée ; il fut le premier à le célébrer après sa mort. Il n'était donc, en aucune façon, indigne de l'estime que Shakespeare lui portait.
(50) Page 215 (note).
Dans le passage cité, Jean-Paul développe cette pensée que les anciens étaient trop simples pour avoir conscience de leur propre simplicité. « Noire sentiment pour la nature, dit aussi Schiller, ressemble au sentiment que le malade éprouve pour la santé. »
Ancora ! (Encore) est le cri par lequel on demande , dans les théâtres d'Italie, la répétition d'un air favori d'opéra.
(52) Page 217.
Quel est le nom qui manque ici? Mais aujourd'hui à combien d'écrivains conviendrait ce signalement !
(53) Page 218.
Si Jean-Paul avait mieux connu la poésie allemande du moyen âge, n'aurait-il pas nommé ici les Minnesinger, et surtout les auteurs inconnus des Nibelungen et de GudrunP
(54) Page 219.
Thor, un des principaux dieux de la mythologie
DES TRADUCTEURS. r,.r»
scanilinavr, iils aîné d'Odin, et divinité de la guerre.
La foudre est la principale de ses attributions.
(55) Page 219.
Klopstock a été, en Allemagne, le régénérateur de la poésie, et, en général, de la conscience et de la fierté nationales.
(56) Page 221.
« De la poésie naïve (antique) et de la poésie sentimentale (moderne). » 1795. Ouvrage d'une importance capitale pour la critique moderne, et qui expose la différence entre les anciens et les modernes avec autant de bonheur que le fait Jean-Paul dans ce chapitre et dans celui qui précède.
(57) Page 223.
Pour ce paragraphe et les suivants , cf. Julian Schmidt, Geschichte der Romantik, Leipzig , 1846, 2 vol. — Il est bon de rappeler ici que c'est à Schiller et à Goethe que l'on doit la distinction précise des deux genres de poésie. « La détermination de la poésie classique et de la poésie romantique, dit Gœthe, qui fait à présent le tour du monde, et qui cause tant de discussions et de dissensions, est partie au fond de moi et de Schiller. J'avais adopté pour la poésie le procédé objectif, le seul qui me parût bon. Schiller qui, au contraire, procédait d'une manière tout à fait snbjee-
tive, crut sa méthode meilleure, et ce fut pour se défendre contre moi qu'il écrivit son traité de la poésie sentimentale et de la poésie naïve. Les Schlegel se sont emparés de cette distinction pour la pousser plus avant, de sorte qu'à présent elle s'est étendue sur le monde entier. » [Gesprœche mit Eckermann, 2o3.)
« L'opinion de Jean-Paul sur le classique et le romantique est assez remarquable. Après avoir dit que l'essence du classique est la simplicité, la noblesse, la sérénité, et l'essence du romantique la pensée chrétienne, il ajoute que le mode classique peut être transporté dans le romantique, mais que la réciproque n'est pas vraie.» (A. Théry, Histoire des opinions littéraires, tome II, p. 61.)
(58) Page 224.
Cette opinion, qui fait consister le romantique dans un mélange du sublime et du comique, a été depuis très-répandue en France et en Allemagne. Elle est fondée sur l'autorité de Shakespeare, qui cependant se borne à faire alterner des scènes sérieuses avec des scènes comiques, ce qui est encore loin d'une confusion matérielle de ces deux éléments.
(59) Page 226.
« Jupiter a guidé jusqu'aux vaisseaux Hector et ses Troyens. Il les laisse sur cette sanglante arène soutenir seuls tout le poids des combats, et reporte ses immortels regards sur les contrées où le Thrace dompte ses
farouches coursiers, où le belliqueux M\sien grandit pour la guerre et les alarmes, ou les plus justes des mortels, les Eiippomolgues, se nourrissent du lait de leurs Cavales, et, jusqu'aux bornes les plus reculées de la vie, coulent des jours purs et sereins. Ses yeux ne se tournent plus sur les rives d'Ilion ; il ne craint pas qu'aucun des dieux aille, au mépris de ses lois, donner à L'un des deux partis un secours qu'il réprouve. "(Iliade, ch. XIII.)
(60) Page 226.
« Tell. — Vois-tu là-bas ces hautes montagnes dont la pointe blanche s'élève jusqu'au ciel?
Walther. — Ce sont les glaciers qui résonnent la nuit comme le tonnerre et d'où tombent les avalanches.
Tell. — Oui, mon enfant, et les avalanches auraient depuis longtemps englouti le bourg d'Altdorf, si la forêt qui est là au-dessus de nous ne lui servait de sauvegarde.
Walther (après un moment de réflexion). — Mon père, y a-t-il des contrées où l'on ne voit point de montagnes ?
Tell. — Quand on descend de nos montagnes et que l'on va toujours plus bas en suivant le cours du fleuve, on arrive dans une vaste contrée ouverte où les torrents d écument plus, où les rivières coulent lentes et paisibles. Là, de tous les côtés, le blé grandit librement dans de belles plaines, et le pays est comme un jardin.
Walther. — Eh bien ! mon père, pourquoi ne descendons-nous pas à la hâte dans ce beau pays, au lieu de vivre ici dans le tourment et l'anxiété?
Tell. — Ce pays est bon et beau comme le ciel, mais ceux qui le cultivent ne jouissent pas de la moisson qu'ils ont semée.
Walther. — Est-ce qu'ils ne sont pas libres comme toi dans leur patrimoine ?
Tell. — Les champs appartiennent à l'évêque et au roi.
Walther. — Mais ils peuvent chasser librement dans les forêts ?
Tell. — Le gibier et les oiseaux appartiennent au seigneur.
Walther. — Ils peuvent alors pêcher dans les rivières?
Tell. — Les rivières, la mer, le sel, appartiennent au roi.
Walther. — Quel est donc ce roi qu'ils craignent tous ?
Tell. — C'est un homme qui les protège et les nourrit .
Walther. — Ne peuvent-ils pas se protéger euxmêmes ?
Tell. — Là le voisin n'ose se fier à son voisin.
Walther. — Mon père, je serais mal à mon aise dans ce pays, j'aime mieux rester sous les avalanches. [Guillaume Tell, acte III, se. ni.)
(64) Page 226.
« Mes regards ne rencontrent personne, un voile
épais me dérobe et nos soldats et nos chars. Grand Dion ! chasse la nuit qui nous couvre les veux; et si tu veux nous perdre, perds-nous du moins à la clarté des cieux. » (Iliade, XVII.)
(62) Page 227.
République, livre vu.
(63) Page 227.
La question de l'origine du romantisme au moyen âge a été fortement débattue depuis la fin du siècle dernier. Dunlop (H is tory of fiction, Edinburgh, i8i4) expose avec une grande clarté les trois opinions alors répandues, d'après lesquelles cette origine serait à chercher : i° chez les Arabes par l'intermédiaire des Maures d'Espagne ; i° dans le christianisme et la basse latinité; 3° dans le Nord païen Scandinave. — Cf. aussi Warton {History ofenglish poetry , Londres, 1775-81), et Bouterwek.
(6-4)iPage 228.
Poésie née en Norwége et en Islande, et recueillie dans cette île au moyen âge.
(65) Page 228.
L'authenticité des poésies d'Ossian, qui avait déjà été révoquée en doute peu de temps après leur publi-
cation par Macpherson (i 761-6 5), fut affirmée de nouveau après la mort de ce dernier (1796). Macpherson avait légué une somme considérable destinée à couvrir les frais d'impression de l'original en langue gaélique qu'il soutenait posséder, et qu'il n'avait pu produire lors de la discussion. Cet original parut en effet en 1807, à Edimbourg, accompagné d'une traduction latine. Comme son authenticité ne fut réfutée que beaucoup plus tard, Jean-Paul pouvait très-bien croire à l'existence réelle d'Ossian et de ses poésies. Ces chants vagues et nébuleux, inspirés à la vérité par de vieilles traditions celtiques, ne présentent cependant que trèspeu d'analogie avec les traits fermes et vigoureux de la mythologie Scandinave.
(66) Page 230.
Geschichte der Poésie und Beredtsamkeit, I, pp. 20, aï.
(67) Page 233.
Ezéchiel, I, 5, 6, 11, 23. La forme décrite dans ce prophète n'a que quatre ailes, et non six.
(68) Page 237.
« Chaque genre de poésie a, parmi les corps, des images qui nous parlent au cœur. Ainsi, par exemple, la musique est une poésie romantique qui s'adresse à l'oreille. Cette poésie, qui est le beau sans limite, se
DES NUDUCTEl US. 351
présente moins à l'œil, donl les limites ne se perdent pas aussi indistinctement qu'un sou mourant. Aucune couleur n'est aussi romantique qu'un sou, ne Fût-ce que pour cette raison qu'on peut assister à la mort de
ce dernier, et non à celle de la première, et qu'un son n'est jamais un son unique, mais qu'il confond pour ainsi dire avec le présent l'élément romantique du passé et de l'avenir, C'est pourquoi, parmi les instruments à marteau, ce sont les cloches qui attirent le plus les esprits romantiques, parce que leurs sons mettent plus de temps à vivre et à mourir; vient ensuite, parmi les instruments à archet, l'harmonica ; et enfin, parmi les instruments a vent, le cor et l'orgue. Quant à cette dernière, les notes de pédale nous entraînent, plus profondément que celles du dessus, dans F empire du soir romantique.
La forme sous laquelle le beau sans limites se présente le plus souvent et le mieux à l'œil, c'est le clair de lune, avec cette lumière des esprits surnaturels, qui n'a d'affinité ni avec le sublime ni avec le beau, qui nous pénètre d'un désir pénible, qui est, pour ainsi dire, l'aurore d'une éternité pour toujours refusée à la terre. Le ciel rouge du soir est romantique pour la même raison, tandis que l'aurore est sublime ou belle ; ils sont l'un et l'autre des enseignes de l'avenir ; mais le premier annonce l'avenir le plus éloigné; la seconde, l'avenir le plus rapproché. De même une plaine verte sans limites, une rangée de montagnes à l'horizon, sont romantiques ; mais des montagnes rapprochées et le désert sont sublimes.
L'empire du romantique se divise au fond en empire
oriental de l'œil et empire occidental de l'oreille, et en cela il ressemble à son parent, le rêve. Chacun des sens se mêle de notre bonheur d'une façon tout à fait différente. Les deux sens supérieurs, l'œil et l'oreille, ne peuvent nous causer que de faibles peines, tandis qu'ils peuvent nous procurer de grandes joies ; qu'estce, en effet, que toute la peine qui résulte d'un manque d'harmonie ou d'une caricature, à côté de cet empire de joies que nous éprouvons dans une galerie de tableaux? Qu'est-ce qu'une dissonance musicale au prix de cette échelle céleste de la gamme, avec laquelle nous escaladons un nouveau ciel et une terre nouvelle ? Cette supériorité de la quantité et de l'intensité des dons de ces deux sens, sur la quantité et l'intensité de leurs peines, est due en partie à l'imagination, dont les créations se mêlent aussitôt à celles du sens physique, et qui les continue. L'odorat, intermédiaire entre les sens supérieurs et les sens inférieurs, peut blesser aussi fort et aussi souvent qu'il peut causer du plaisir. Le goût, qui ne s'attache qu'au corps, et auquel l'estomac vient en aide, au lieu de l'esprit, pour y ajouter le dégoût, peut, avec le seul secours de ce dernier, et sans parler de ses Assa fœtida, enlever à la jouissance plus qu'il ne pourrait lui donner avec toutes ses pâtisseries. Mais de tous les sens, le plus bas et en même temps le plus étendu, c'est le toucher, véritable chemise de force, véritable vêtement de torture du corps et de l'esprit, qui ne met qu'une faible dose de miel de joie sur la série de blessures qu'il a causée.
C'est à ce sens animal que le corps refuse le plus le secours de l'imagination ou de l'âme ; et il n'y a par
DES TRÀDUCTEl lïs. 85*
conséquent que les sens supérieurs, l'œil et l'oreille,
qui puissent envoyer dans le rêve, dans cette chambre d'enfants, cet infantum limbus de l'imagination, leurs élèves transfigurés. El encore ces derniers y sont-ils
méconnaissables, tandis que les sens inférieurs n'y envoient que rarement leurs créatures plus grossières. Ce sont par conséquent l'œil et l'oreille qui peuplent la poésie romantique. Le bleu de son ciel sera cependant plus pâle cpie le jaune de son enfer; celui-là est plein de désirs, parce qu'il ne peint son bonheur que sur un fond éloigné ; celui-ci contient au contraire ces froids frissons des esprits qui soufflent derrière les joies les plus pures et sortent d'un fond nuageux placé à l'horizon et s'etendant sous lui sans limites. » (Supplément à l'Introduction.)
(69) Page 240.
Schiller a fait une traduction libre du Macbeth de Shakespeare. 11 a changé avec intention le caractère des nois sorcières dont les paroles inspirent au héros de la pièce ses premières pensées d'ambition. Dans Shakespeare, elles ne sont que l'expression des mauvais instincts de L'homme , mais Schiller en fait des Parques, ou plutôt les représentants d'une mauvaise destinée extérieure au héros, qui l'entraîne malgré lui.
(70) Page 2 H.
Bakow, près de la mer Caspienne, lieu célèbre par ses nombreuses sources de naphte, et les colonnes cn-
POÉTIQI'E. — T. 11. 23
flammées qui s'élèvent de terre. Les Guèbres et les Hindous regardent Bakow comme un lieu saint; ils l'appellent le Paradis des roses, et y font des pèlerinages.
(71) Page 245.
Schiller a su tirer un grand parti de la confiance aveugle que Wallenstein avait dans l'astrologie. L'astrologue Seni? dont il se faisait accompagner partout, devient un des principaux personnages des Piccolomini et de la Mort de Wallenstein.
(72) Page 248.
\] Athenœum , revue littéraire fondée par les deux Schlegel, et spécialement consacrée à servir les doctrines de leur école romantique. Elle n'a eu que trois années d'existence, de 1798 à 1800.
(73) Page 248.
Des critiques plus récentes, et surtout celles de Gervinus et de Hillebrand, sont beaucoup moins favorables à l'ouvrage de Schlegel.
(74) Page 248.
Rlopstock a cependant imité avec bonheur la prosodie des odes de Pindare, d'Alcée, de Sapho, etc.
des traducteurs. 365
78 Page 250.
L'esprit romantique était alors étouffé par te classicisme du siècle de Louis XIV, qui axait, pénétré en
Allemagne. Quant à Leasing, c'était avant tout, il est Mai. un homme d'un sens juste et net; cependant le romantisme allemand est assis sur les hases qu'il a fondées.
(7G) Page 230.
Tieek a été attaqué à outrance par les restes de l*école prosaïque de Nicolaï, mais il a été défendu mieux encore par ses propres satires dramatiques et par les autres romantiques, qui finirent par prendre le dessus, précisément dans l'espace compris entre la première et la seconde édition de la Poétique de Jean-Paul.
(77) Page 250.
Les auteurs dramatiques de cette école sont surtout Z. Werner, Kleist, Mullner, Grillpaïzer.
(78) Page 2ol.
Cicéron et Quintilien ont cependant proposé une définition du nsible, ou plutôt ils n'ont fait que reproduire celle qif Aristote donne dans le chapitre V de sa Poétique : que le risihle est une difformité ou une imperfection qui ne cause ni souffrance ni péril.
(79) Page 252.
L'objet lisible, loin d'être un rien, présente une dualité de rapports, dont l'un est généralement vrai ; l'esprit, loin d'éprouver une déception, se trouve surexcité à une double activité. Voyez, pour tout ce cbapitre et les deux suivants, X Essai sur les causes du rire de M- Léon Dumont (Paris, 1862), où la théorie de Jean- Paul lui-même est soumise à un examen particulier. L'auteur de ce traité s'est rendu coupable d'une omission assez grave, et il saisit ici avec empressement l'occasion de la réparer. Quoiqu'il n'ait eu en aucune manière la prétention d'avoir examiné tous les penseurs qui se sont occupés plus ou moins explicitement du rire, et qu'il aitdû en négliger un grand nombre, cette négligence devient répréhensible, quand c'est de Platon qu'il s'agit. Le passage du Philèbe où cet auteur expose sa théorie, assez brièvement et assez vaguement d'ailleurs, lui avait complètement échappé ; c'est de là que tire son origine la théorie qu'il a présentée comme appartenant à Aristote.
Ce dernier définit le risible une imperfection qui n'est ni douloureuse ni destructive. La définition de Platon était plus stricte. Selon lui, le rire est le plaisir causé par la vue de l'ignorance de soi-même (ce qui est bien une imperfection, mais une imperfection déterminée) accompagnée de l'impuissance de nuire (V. le Philèbe., 2.9). On est ridicule, dit-il, i° quand on se croit plus riche qu'on ne l'est en effet ; 20 quand on se croit grand, beau, doué de toutes
DES TRADUCTE1 RS, :i,>7
les qualités du corps et qu'on n'est réellement rien de tout cela ; 3° quand on se trompe a l'égard des qualités de son âme, s1 imaginant, en lait de vertu, être meilleur qu'on ue 1 est ; par exemple, si l'on croit penser juste, et que Ton n'est plein que de fausses Lumières et d'erreurs. Ces mêmes défauts deviennent odieux chez les personnes puissantes, parce que nous avons alors lieu de craindre qu'ils ne deviennent les causes d'actions nuisibles.
L'homme aime la supériorité, il désire rencontrer des imperfections dans ses semblables; le rire est, suivant Platon, le sentiment de plaisir qui accompagne la satisfaction de cette passion (cpOo'vo;). Il en résulte deux conséquences : la première c'est que le rire est indigne du sage, car son âme doit rester fermée à toutes les passions haineuses : « Il faut condamner le penchant au rire, car on ne se livre pas à une grande gaieté sans que l'âme éprouve une grande agitation (République, 1. n). » — La seconde conséquence, c'est que le rire est une marque de désapprobation, et que l'on ne doit rire ou faire rire que de ce qui est véritablement blâmable : « Il n'y a qu'un homme superficiel qui trouve du ridicule autre part que dans ce qui est mauvais en soi ; qui cherche à faire rire, en prenant pour objet de ses railleries autre chose que ce qui est déraisonnable et vicieux, et qui poursuit sérieusement un autre but que le bien » (République, livre v).
La définition de Platon ne convient qu'à une des espèces du lisible, celle qui a la sottise pour cause ; et on peut lui appliquer les mêmes objections qu'à celles d'Aristote, de Cicéron, de Quintilien, de Hobbes, de
Leibnitz, etc., qui, à peu de chose près, n'en sont que la reproduction.
Ajoutons que Platon a très-bien défini l'ironie, qu'il a d'ailleurs maniée avec tant d'habileté dans la bouche de Socrate. « Il y a, dit-il dans le Sophiste (32), des imitateurs qui laissent assez voir, par la versatilité de leurs discours, qu'ils soupçonnent et appréhendent fort eux-mêmes de ne rien savoir de ce qu'ils font semblant de savoir auprès des autres. Nous les appellerons imitateurs ironiques. Je vois dans ce genre deux espèces distinctes : les uns exercent leur ironie en public dans de longs discours adressés à la multitude ; les autres l'exercent dans le particulier par discours entrecoupés, en forçant leur interlocuteur de se contredire luimême. » Toutefois rien ne fait supposer que Platon ait, en aucune manière, rapporté l'ironie au rire.
A propos d'ironie, remarquons en passant qu'il n'y a point de collégien qui ne sache que ce mot vient du grec (eîpwveia). Cela n'empêche pas le plus populaire de nos écrivains de proposer sérieusement une étymologie toute nouvelle : « Iron est un mot anglais qui veut dire fer. Serait-ce de là que viendrait Ironie? » (Victor Hugo, les Misérables.)
(80) Page 253 (note).
Jean-Paul paraît avoir fait de nombreux emprunts à cet excellent ouvrage, sans avoir toujours le soin de le citer. C'est ce qui arrive pour l'exemple desKamtschadales (habitants du Kamtschatka). V. Floegel, t. I, pp. 99 et 322. Il nous semble, quoi qu'en dise Jean-
Paul, qu'un pareil trait est asse/. risiblc, surtout pour ceux qui en peuvent être témoins.
si) Page 253.
« Le prince de Pallagonie possède à Bagaria, petit -sillage à dou/e milles de Palerme, un palais dont Brydone a déjà fait la description. Dans la tète du prince une dévotion exagérée se mêle à tous les caprices d'une individualité romantique. Dans ce palais, on voit par exemple une danse de paysans placée près d'un basrelief qui représente la passion du Christ, etc. Le goût du prince pour tout ce qui est extraordinaire est porté à ee point, que sa femme avant un jour accouché d'un monstre, il fut transporté de la joie la plus vive. » (V. les Lettres du comte de Borch sur la Sicile et sur Malte; Floegel, Hlst. de la litt. comique, t. I, pp. 66, 68). — Breughel d'Enfer, au génie duquel Jean-Paul compare celui du prince de Pallagonie, est un peintre flamand du dix-septième siècle, qui aimait à représenter des scènes infernales : par exemple, la descente d'Enée aux enfers, Orphée jouant de la lyre devant Pluton et Proserpine, la tentation de saint Antoine, et autres sujets où les contrastes ne faisaient pas défaut. On peut voir un tableau de lui, représentant l'enfer, au musée Campana.
(81 bis.) Page 254.
Ienaer allgemeine Literaturzeitung ; ce journal , fondé en i j85 par Christ. -Gottfr. Schùtz (qu'il ne faut
pas confondre avec Stephan Schùtz, l'esthéticien cité par Jean-Paul quelques lignes plus bas), Bertuch et Wieland, fut d'abord un organe important de la philosophie de Kant. Plus tard, sous l'influence de deux illustres collaborateurs, Schiller et A. W. Schlegel, il contribua à répandre les théories de l'école romantique. En 1804, Schùtz étant allé se fixer à Halle, sa gazette l'y suivit. Un second Ienaer ait 'gemeine Literarzeitung fut alors fondé par le professeur Eichstaedt. Goethe lui a fourni de nombreux articles.
(82) Page 254.
Schiller donne ici une très-bonne définition du comique, et non une définition du risible. Le risible et le comique sont deux choses qui devraient être soigneusement distinguées : le risible est la cause du rire ; le comique est ce qui appartient ou convient à la comédie. L'étude du premier rentre dans l'esthétique ; celle du second dans la poétique. Un personnage comique peut ne pas faire rire du tout, ou ne faire rire qu'à certains moments. Il reste toujours comique, il devient quelquefois risible. Le rire n'est pas la fin de la comédie, mais seulement un des moyens qu'elle emploie. — V., sur cette distinction, Y Essai sur les causes du rire, cité plus haut.
(83) Page 254 {note).
« Zeitung fur die élégante Welt^ » peut-être le plus ancien des journaux allemands purement consacrés
DES TRADUCTEURS. Ml
aux belles-lettres, fondée Leipzig, en 1801 par K. Spaaier, qu'il ne faut pas confondre avec le neveu et biographe de Jean-Paul, 11. Spazier.
(84) Page 258.
« 11 dit, et fronça ses noirs sourcils : sa chevelure parfumée d'ambroisie Ilot ta sur sa tête immortelle, et Le vaste Olympe fut ébranlé. » [Iliade, ch. I, v. 528, 29 et 3o.)
« Annuit, et totum nutu tremefecit Olympum. »
[Enéide, X, 115.)
« Lorsque Phidias exécutait la statue de Jupiter Olvmpien, interrogé où il prendrait le modèle de l'effigie du Dieu, il répondit qu'il avait trouvé l'archétype de Jupiter dans les trois vers d'Homère cités plus haut, et qu'il avait tiré de ces sourcils et de cette chevelure le visage entier de sa statue. » Macrobe, Saturnales, 1. V, ch. xiii.
(84 bis.) Page 259.
Ceci est probablement une allusion aux rochers lancés par Polyphème sur le vaisseau d'Ulysse. V. Odyssée, ch. IX, v. 4^i, sq., 53y, sq.
(85) Page 260.
« 11 serait préférable de diviser le sublime , d'après les trois quantités, en sublime d'extension, sublime de
protension et sublime d'intensité, ou, ce qui revient au même, en sublime d'espace, sublime de temps et sublime de force. Dans les deux premiers, ce sont nos facultés de connaissance qui entrent en jeu ; dans le dernier, ce sont nos facultés morales. Un objet est extensivement ou protensivement sublime, quand il comprend un si grand nombre de parties , que l'imagination et l'entendement échouent, la première dans son essai de le représenter par une image, et le second dans son essai de le mesurer comparativement à d'autres quantités. Trompé dans l'effort intellectuel qu'il a fait pour faire rentrer l'objet dans les limites des facultés qui devraient le saisir, l'esprit renonce à sa tentative, et conçoit l'objet, non positivement, mais par une notion négative ; il le conçoit comme inconcevable, et se laisse tomber dans un repos qui lui est agréable par opposition avec la continuité d'une activité tout à la fois forcée et entravée... Un objet est intensivement sublime, quand il renferme un tel degré de force ou de pouvoir, que l'imagination ne peut représenter, et que l'entendement ne peut mesurer le quantum de cette force; et quand, la nature de l'objet faisant paraître l'impuissance de l'esprit à son égard, celui-ci ne prolonge pas un effort inutile , et arrête, dans leur tentative, l'exercice de ses facultés. » William Hamilton, Leçons de métaphysique , Edimbourg, 1859, t. I, p. 5i3 sq.
(86) Page 264.
Le langage deJean-Paul manque ici de clarté. — Il
DBS TRADUCTEURS. 169
sera difficile de retrouver l'infinimenl petit dans L'analyse que lui-même va donner du risible. Au fond, rinfinimenl petit n'est [)as moins sublime que l'infiniment grand : car c'est à l'infinité même, et non à la grandeur ou à la petitesse, qu'appartient la sublimité. — Le sentiment du lisible n'est pas réellement le contraire du sentiment du sublime ; le contraire du rire est le sérieux, et le sérieux comprend toutes les modifications de la sensibilité autres (pie le sentiment du risible : depuis ceux du beau et du sublime jusqu'aux plaisirs des sens.
(87) Page 272.
« Il n'y a ni amour égoïste, ni amour-propre; il n'existe que des actions égoïstes. » [Quintus Fixlein, loc. cit.)
(88) Page 275.
La théorie de Jean-Paul peut se résumer ainsi : Le risible c'est l'absurdité, c'est-à-dire la négation de l'entendement, ou l'entendement, en tant qu'il \iole ses propres lois. Cette absurdité doit être exprimée de manière à devenir saisissable par les sens. Il n'est pas nécessaire que cette absurdité soit réelle : il suffit qu'elle soit apparente. Elle ne résulte pas préeisement d'une contradiction entre les pensées d'un individu et l'acte de son entendement, mais d'une contradiction entre cet acte et les pensées que nous attribuons a cet individu. — Il y a par conséquent trois éléments dans le risible : i° les pensées que nous attribuons a autrui; 2° l'acte de son -entendement en
contradiction avec ces pensées ; 3° l'action extérieure qui lui correspond. — On y trouve également une triple contradiction ou plutôt, c'est la môme contradiction qui peutétre considérée à trois points de vue différents : i° dans l'action extérieure elle-même, en tant qu'elle est absurde (contraste sensible) ; i° entre les pensées attribuées et l'acte de l'entendement (contraste subjectif) ; 3° entre ces mêmes pensées et l'action extérieure (contraste objectif). — Jean-Paul paraît avoir surtout senti le défaut des théories qui font consister le risible dans une simple absurdité , et avoir voulu échapper au reproche qu'on leur fait, de ne pas s'appliquer aux situations risibles qui naissent des circonstances. D'après lui nous rions, non d'une absurdité réelle, mais de l'absurdité hypothétique que nous prêtons à un individu, en lui supposant notre manière de voir. Mais cette attribution de nos pensées à autrui est un fait purement imaginaire , créé par Jean-Paul uniquement pour les besoins de sa cause. Notre esprit ne procède pas ainsi, et le phénomène du rire peut trèsbien être expliqué sans cette supposition. Entia non sunt creanda prœter necessitatem. Cette théorie a encore l'inconvénient de déplacer le risible : de l'attribuer à l'entendement lui-même , en tant qu'il est le sujet d'une absurdité: tandis qu'il se trouve réellement dans le fait extérieur, en tant qu'il éveille à la fois dans l'esprit la conception de deux rapports contraires. Ce fait peut être le résultat d'une absurdité, mais il peut avoir aussi d'autres causes. La cause reste distincte de son effet, et c'est cet effet seul qui est véritablement risible. Nous renvoyons encore à cet égard à Y Es-
sai sur /es causes du rire dont nous avons déjà parié.
Cette théorie de Jean-Paul a été exposée (Tune manière assez obscure par M. Chaignet, dans ses Principes
de la science du beau (Paris, 1860). Cet auteur, tout en luisant grand cas de cette théorie du rire, ajoute : « Il n'y a pas |à un principe suffisant pour expliquer tous les arts, et la beauté partout où elle se présente.» Qui a jamais dit le contraire? Où M. Chaignet a-t-il pris que Jean-Paul considère le rire comme le principe de Fart , et confond le ridicule avec la beauté ?
(89) Page 270.
Jean-Paul prête à Y ironie une très-grande importance dans la poésie comique. Mais d'autres auteurs de l'école romantique sont allés bien plus loin que lui : Solger, Tieck, et Fr. Schlegel ont fait de l'ironie un des éléments les plus élevés de l'inspiration artistique, le moment où l'artiste plane sur sa matière et s'en est rendu maître au point de jouer librement avec elle; en un mot, le dernier perfectionnement du chef-d'œuvre. L'ironie des romantiques est devenue fameuse en Allemagne: elle a été combattue par Hegel.
Ramenée à sa véritable valeur, et considérée en ellemême, en dehors de ses applications à la poésie, l'ironie est simplement un des modes de la plaisanterie; elle consiste dans l'affirmation volontaire du contraire de la vérité. Pour qu'elle soit réellement l'ironie, il faut une nous sachions nous-mêmes que nous disons le contraire de ce qui est ; car sans cela ce serait une absur-
dite, non une plaisanterie. D'un autre côté, l'ironie ne fait rire que ceux qui connaissent la vérité relativement à l'objet auquel elle s'applique; car c'est seulement dans l'esprit de ceux-là qu'elle peut éveiller le double rapport qui occasionne le rire ; il en résulte que tantôt l'ironie produit son effet sur tout le monde, sur celui qui la fait, sur celui qui en est l'objet et sur ceux qui en sont témoins (spectateurs, auditeurs ou lecteurs) ; tantôt, au contraire, elle n'est plaisante que pour son propre auteur : on se donne alors à soi-même et à soi seul le plaisir de placer son prochain dans une situation ridicule. Souvent on éclate de rire en exprimant son ironie ; mais les gens qui se possèdent et qui sont maîtres de leurs mouvements, gardent leur sérieux et ne rient qu'intérieurement; cela est vrai, d'ailleurs, de toute plaisanterie ; et nous pouvons aussi rappeler cette loi générale d'esthétique, qu'une proposition que nous ne découvrons qu'à l'aide de la réflexion ne produit pas nécessairement sur notre propre sensibilité le même effet que sur celle des personnes auxquelles nous la présentons toute faite. On a dit que l'ironie était le contraire de l'humour, que la première était le risible sous l'apparence du sérieux; le second, le sérieux sous l'apparence du risible (Schopenhauer) ; mais c'est une erreur -.l'ironie est une espèce de plaisanterie, l'humour est une cause de plaisanterie, et peut très-bien s'exprimer avec ironie. L'ironie peut avoir en particulier chacune des causes que la plaisanterie a en général (laune, joie, humour, mépris, haine, mélancolie, amertume, etc.). Elle peut être louangeuse, moqueuse ou indifférente.
W3S ïHAhicn ;i us. ,( .
Elle peul étrecqntinue ou momentanée el oe consister qu'en une seule épitbète; elle s'applique aux choses sublimes comme aux objets les plus bas; on la ^ouveégalemenl dans la tragédie et dans la comédie. Elle a généralement pour effet d'attirer, l'attention sur ■on objet, quel qu'il soit, d'empêcher qu'il ue passe «perçu et d'ajouter le rire à l'impression qu'il pro-
duit
-Nous avons cru que ces observai ions sommaires pourraient rendreplus faciles à lire les tnéories de Jean- Paul. Pour des développements plus considérables, des exemples, et la distinction des différentes espèces d'ironie, A . X Essai sur les causes du rire.
Humour et launc. - Nous avons respecté partout, dans notre traduction, ces deux mots étrangers ; le premier est depuis longtemps accepté par la critique; le second a. chez les esthéticiens allemands et en particulier dans la langue de Jean-Paul , la valeur d'un terme technique, et aucun mot delà langue française ne pourrait éveiller précisément l'idée dont il est le signe. Des théories de V humour et de la /aune sont des choses presque nouvelles et un peu obscures pour des lecteurs français; nous continuons à emprunter «à Y Essai sur les causes du rire quelques éclaircissements.
Humour a signifié primitivement liquide, et en particulier les éléments liquides du corps des animaux. L hypothèse, longtemps acceptée, que l'état des différentes humeurs de l'organisme était la cause des dif-
férents tempéraments et caractères, a fait étendre le nom d'humours aux différentes dispositions de l'âme.
Aswlien some one peculiar quality Doth so possess a man that it doth draw Ail Iris afiects, Iris spirits and Iris powers Jn their constructions ail to run oneway, This rnay be truly said to be a humour.
(Ben Jonson, The man out of his humour.)
(On peut appeler humour ce fait qu'une seule qualité particulière possède si bien un homme, qu'elle entraîne dans une seule direction tous ses sentiments, son esprit et ses facultés.)
Indépendamment de cette acception générale, le mot a été, dans la suite, spécialement employé [sensu stricto) pour désigner deux choses différentes :
i° L'état d'une âme qui a l'habitude de s'abandonner entièrement à son humour, ou plutôt aux différents humours ou dispositions naturelles qui se succèdent en elle; l'humour cède à tons les mouvements de la spontanéité. On appelle humoriste, dans ce sens, un écrivain qui laisse son imagination se porter sur les objets les plus différents, aller du bas au sublime, du triste au gai, et qui rapproche par conséquent les choses les plus éloignées. Les humoristes produisent des œuvres pittoresques et pleines de variété ; mais la beauté n'est pas le but qu'ils se proposent.
2° \J humour par excellence , c'est-à-dire V humour exceptionnel et par lequel on se distingue des autres. — L' humour gai étant le plus ordinaire, passe inaperçu et n'attire pas l'attention ; l'humour triste est le seul
DES TRADUCTEl US. 369
qui se fesse remarquer, et par conséquent quand on observe qu'un homme a de l'humour, c'est ordinairement de L'humour triste qu'on veut parler; dans les autres cas on ajoute au nom une épithète quelconque. ^l n l'ait correspondant s'est produit dans la Langue fran :aise où avoir de L'humeur » signifie « être de mauvaise humeur. ») — C'est dans ce sens que le mot humour joue un si grand rôle dans les théories romantiques. Toutefois, dans ces théories mêmes, le tei nu n'est employé avec cette acception que pour désigner L'humour triste ou la mélancolie, en tant qu'elle se réalise dans sa forme la plus frappante et la plus élevée; c'est a-dire i" quand elle existe d'une manière continue clans un individu et forme le fond de son caractère; 2 " quelle a pour cause la connaissance des limites des facultés humaines, des imperfections des sociétés et des misères de la vie (c'est un caractère de Y humour sur lequel Jean- Paul a insisté longuement et à plusieurs reprises ; 3° et qu'elle s'exprime dans la forme qui commande le plus L'attention, c'est-à-dire avec la plaisanterie. — En somme, l'humour, dans son sens le plus strict, est une cause de plaisanterie : c'est la mélancolie d'une âme supérieure à qui il arrive de plaisanter.
Toutefois le terme n'est pas (Tune application aussi restreinte clic/, tous Les auteurs. Quelques-uns remploient dans des cas ou il n'y a aucune plaisanterie, aucun élément risible, et ou cette mélancolie, dont nous avons parlé, s'exprime seulement avec esprit; ainsi cette pensée de Byron:
Man. thou, pendulum belween a smile and a tear, roénoui . — t. n. 24
est citée comme un trait d'humour ; il n'y a là rien de risible ; il en est de même de la plupart des pensées d'Hamlet. Schlegel paraît même n'avoir considéré que cette forme de l'humour, quand il le définit : « L'esprit dans le sentiment. » — Il serait peut-être plus convenable d'appeler en général humour \a. mélancolie qu'inspirent le spectacle du monde et l'étude de l'homme, quelle que soit la forme sous laquelle elle se présente à nous. On pourrait distinguer un humour sérieux et un humour plaisant; l'un et l'autre pourraient devenir spirituels. Les meilleurs exemples d'humour purement sérieux seraient empruntés aux penseurs qui ont le mieux senti combien les limites de l'esprit humain sont étroites, et qui ont reconnu que la consommation de la sagesse humaine n'est qu'une ignorance savante. (V. Pascal et William Hamillon.)
L'alliance de la mélancolie avec la plaisanterie n'est étonnante que pour ceux qui considèrent le rire comme étant exclusivement le signe de la joie. Mais le rire est un plaisir purement intellectuel, qui peut trèsbien coexister avec une peine morale. La mélancolie vient d'un désir de grandeur ou de perfectionnement que nous ne pouvons satisfaire ; le rire naît d'une surexcitation de l'activité de l'entendement.
Certains théoriciens se sont fortement trompés en faisant consister le risible de Y humour dans un contraste entre la mélancolie et la plaisanterie. (Floegel, Geschichte cler komischen Literatur. — Schopenhauer ', Die Welt als Wille und Vorstellung.) Le risible est dans la plaisanterie elle-même, dont Y humour est une cause et non un élément. Le rire de Y humour n'est
DES TRADUCTEl Us. 371
pas ujq rire spécial, ei l'humour peut disposer de tomes les espèces de plaisanteries (ironie, moquerie, jeux de mots, et»
U humour est tellement rare dans l'antiquité qu'on a eu raison de le considérer comme propre à la poésie el a la philosophie modernes. Les anciens ne connaissaient pas cette mélancolie qui lui donne naissance; ils aimaient la vie et s'aimaient eux-mêmes plus que nous, parce qu'ils vivaient dans des conditions plus faciles, qu'ils avaient une morale plus riante, des institutions politiques pins pures et plus naturelles, et peut-être parce que leur science n'avait pas encore mesuré aussi exactement les bornes de l'esprit humain.
La mélancolie de V humour peut inspirer de longues œmres poétiques toutentières, et devenir même, comme la flamme jaillit du sombre charbon, l'âme qui vivifie toutes les productions d'un poète. Elle peut inspirer, dans un drame ou un roman , la création de personnages qui n'ont rien de mélancolique; et cependant leurs plaisanteries sont encore indirectement de Vhumour ; car au fond, ce sont les plaisanteries du poëte, et c'est V humour qui en est la première cause. Telles sont celles de Mercutio dans Bornéo et Juliette, et celles de Sancho Panca dans Don Quichotte.
L'humour véritable et sincère ne peut être le partage que d'une âme élevée, capable de promener sur le double univers, physique et spirituel, le coup d'œil du génie. Mais la foule a singé Y/iumour, a répété ses pensées et ses plaisanteries, et les poètes les plus médioerc> ont usurpé la dénomination d'humoristes. Jean- Paul lui-même ne va-t-il pas trop loin quand il dit que
tout ce qui est comique dans la poésie romantique est de l'humour. « Le mot humoristique est aujourd'hui, dans la littérature allemande, employé communément dans le sens de comique en général. Cela vient de la tendance déplorable qui nous porte à donner aux choses un nom supérieur à celui qui leur convient, comme par exemple celui dune classe qui est au-dessus d'elles. De même que chaque auberge s'intitule hôtel, chaque changeur, banquier; chaque manège ambulant, cirque; le moindre concert, académie de musique; toute boutique de marchand, bureau; tout potier, sculpteur; de même le dernier farceur se fait appeler humoriste... « Grands mots et petites choses, » telle est la devise du noble siècle où nous vivons. » — (Schopenhauer , Die Welt als Wille und Vorstellung, 1859, t# H> P- m0
Quant à la laïuie , certains auteurs la regardent comme la même chose que Y humour (Floegel); quelques-uns en font une espèce d! humour (Jean-Paul) , d'autres font de Y humour une espèce de laune (Schopenhauer). Etymologiquement, le mot n'a rien à faire avec la lune [lutta), comme on le répète ordinairement. Dans l'ancien allemand, liuni signifie quelque chose d'accidentel, de fortuit, qui arrive par hasard (Voyez Schwenck, Woert.erbuch der deutschen Sprache). Laune offre un sens général et deux sens particuliers :
I. (Sensu lato.) Cette qualité de l'âme qui change suivant toutes les circonstances et les accidents de la vie. Disposition, humeur (bonne ou mauvaise),
II. Un caractère particulièrement changeant, qui s'abandonne à tous les mouvements de l'humeur; qui obéit à toutes les dispositions différentes qui se succè-
déni dans L'âme. Caractère capricieux el fantasque. Dans ce sens, launeesX réellement synonyme d'humour, en tant que ce dernier mol signifie disposition changeante el goût de la variété.
JU. Dans le sens K' plus strict, iaune signifie une disposition à rire et à fane rire», l'habitude et le goût de la plaisanterie, s' exerçant sur les objets les plus différents, aussi bien sur ceux qui inspirent de la gaieté que -m- ceux dont la vue ou la connaissance sont de nature à attrister. \ Force de faire et d'entendre des plaisanteries, <>n finit par acquérir une sagacité merveilleuse pour trouver, à l'égard de tout objet, ce qu'il faut dire ou faire pour le rendre risible. Faute de but extérieur, on va jusqu'à exercer sa laune sur soi-même; c'est ainsi que la bouffonnerie devient en même temps le sujet et l'objet du rire. Aussi Jean-Paul a-t-il raison de dire que dans la poésie lyrique, le comique est le plus souvent de la Iaune ; la verve de Rabelais et celle de Heine peuvent être eitées parmi les meilleurs exemples de faune. — La laune est en somme l'habitude de la plaisanterie, et, dans ce sens, elle peut se combiner avec Y humour. On peut être mélancolique et plaisanter sur tout.
(91) Page 277.
Le persiflage est la satire plaisante. — La satire est un discours qui a pour but de rendre un ou plusieurs individu- haïssables ou méprisables. On peut l'introduire partout, et elle ne forme pas, à proprement parler, un genre littéraire particulier. L historien, l'ora-
teur, le critique, le poëte peuvent être également satiriques. On la retrouve dans la simple conversation aussi bien que dans les œuvres d'art. Elle joue un grand rôle dans la vie, car la médisance et la calomnie elles-mêmes sont de véritables satires. Tantôt elle remplit une œuvre tout entière (satire proprement dite), tantôt on l'y jette comme en passant, et elle n'en forme alors qu'un détail isolé. Le plus souvent la satire est sérieuse; elle l'est surtout quand elle inflige un blâme sévère et qu'elle veut rendre sa victime odieuse. Mais quelquefois, quand elle ne s'attaque qu'à de légers travers, qu'elle ne veut inspirer que du mépris pour la sottise , le ridicule devient dans ses mains une arme redoutable. Le risible n'est pas méprisable par lui-même ; il n'est nécessairement le signe d'aucun vice, d'aucun travers. Mais quand il se rencontre avec un vice ou un défaut , il le fait ressortir davantage, le rend plus frappant, attire sur lui l'attention et le grave dans la mémoire.
Jean-Paul était fils d'un ministre protestant.
(93) Page 282.
Hanswurst. Ce mot, qu'on peut traduire par ceux de Jean Boudin, est un personnage grotesque du vieux théâtre allemand. Pendant la période de léthargie où se trouva plongée la poésie allemande, entre la guerre de Trente ans et la renaissance du siècle dernier, la scène comique se nourrissait presque exclusivement
lus TRADUGTE1 lis.
«1 imitatioiis du bas comique français ou italien. Jean Boudin \ prenaii une Importance de plus eu plus considérable. La réforme moitié classique, moitié nationale, essayée par Gottshed, s'efforça de renverser la puissance de cet usurpateur le plus souvenl ignoble, i a prologue composé exprès fit, sur la scène de Leipsick, le procès à cette espèce d1 arlequin, et le héros favori de la populace fui brûlé eu effigie. Toutefois ce procédé n'eut pas un succès général, et Lessing, qui disposait, pour corriger la scène, de moyens plus efficaces, le qualifie de - la plus grande des arlequinades. »
94) Page 283.
The rape oj the loch, poëme liéroï-comique de Pope, imitation très-bien réussie du Lutrin, et fondée comme lui sur un fait réel. Un lord était venu à bout de couper une mèche de cheveux sur la tête d'une beauté alors fêtée a la cour d' \ngleterre. Ce larcin allait donner lieu à des querelles sérieuses, quand le poëme vint à propos faire rire et réconcilier tout le monde.
(95) Page 285.
Philémon, contemporain et rival de Ménandre, auteur de 97 comédies, dont il ne nous reste que des fragments.
(96) Page 291.
« On lit quand on est chatouillé, dit Sulzer dans sa
théorie des beaux-arts, parce qu'on ne sait si on sent de la douleur ou du plaisir. » (?)
(97) Page 291.
Cette citation est une plaisanterie. Les Années d'école buissonniére forment un ouvrage inachevé et dont l'auteur n'a écrit que les quatre premiers volumes. Il est difficile de penser que, dans le cas où fauteur l'aurait achevé, il serait arrivé au nombre de 29.
(98) Page 295.
Swift devint, sur la fin de sa vie, d'un caractère singulier et insociable. Les uns attribuent ce changement au remords d'avoir également trompé sa femme et sa maîtresse Vanessa, qui mourut de chagrin après avoir appris qu'il était marié. Peut-être aussi était-il fatigué par ses travaux excessifs ou abattu par les déceptions de sa vie politique. Il finit par tomber dans une sorte d'imbécillité, et, dans les trois dernières années de sa vie, on l'entendit à peine prononcer quelques paroles. Ses derniers ouvrages se ressentent de cet affaiblissement mental.
(99) Page 296.
L'oncle Toby, un des personnages principaux du Tristram Skandf, est un vieux loup de mer, qui croit devoir parler à tout propos de ses exploits militaires.
DBS TRADUCTEURS. 871
100) Page 197.
Leibgeber et Siebenkaea sont deux héros du roman de Jean-Paul intitulé : Blumen-Frucht-und Dornenstïukc, oder Ehestand^ Tod und Hochzeit des Armenadvokaten F, St. Siebenhars.
(100 bis.) Page 298.
Livres à L'usage des éeoles et des gymnases. On connaît les Elementa art/s docimasticœ de Cramer, le célèbre minéralogiste allemand du XVIIIe siècle, traduits en allemand, en anglais et en français.
(101) Page 298.
L1 Allgemeine deutsche Bibliothek, grande entreprise de l'école de Lessing, fondée en iy65 et rédigée, jusqu'en 1792, par le célèbre éditeur Nicolaï, de Berlin. De 1792 à 1801, des raisons politiques l'obligèrent à paraître à Hambourg; elle revint ensuite à Nicolaï qui la termina en 1806, après lui avoir fait atteindre le nombre de plus de s>5o volumes. Presque tous les esprits distingués du temps y prirent part, et le nombre de ses collaborateurs s'éleva jusqu'à 4°°- Libérale et rationaliste, elle se fourvoya cependant en littérature dans des notions tellement prosaïques et utilitaires, mi'elle resta longtemps en dehors du grand mouvement imprimé à l'Allemagne par les génies de Gœtbe et de Schiller. Le romantisme lui fit une guerre achar-
née, qui finit par briser l'influence presque toute-puissante que cette publication avait obtenue à la fin du siècle dernier.
(102) Page 303.
Whimsical, capricieux, fantasque, plein de fantaisies.
(103) Page 303.
On appelle moresque ou arabesque, en architecture, des ornements de peinture imitant les formes et les couleurs des fleurs et des fruits, qui furent primitivement usités chez les Arabes et chez les Maures. L'Islam défendait à ses adhérents les représentations d'hommes et d'animaux , parce qu'elles auraient pu conduire à l'idolâtrie.
(104) Page 303.
La Sacountala, célèbre drame hindou, par Kalidasa, le premier des poètes non brahmaniques, et composé dans le premier siècle de notre ère. M. Chézy l'a traduit en français (Paris, i83o). — Plus récemment il l'a été de nouveau par M. H. Fauche (OEuvres de Kalidasa, 1860, i vol.)
(105) Page 303.
« Socrate força ses deux interlocuteurs (Aristophane et Agathon) à reconnaître qu'il appartient au même
DES rRADUGTEURS. 370
bomme de savoir traiter la comédie et la tragédie, et que le vrai poëte tragique qui l'est avec art, est en
même temps poète comique. »> (Le Banquet, aa3.) (100) Page 304.
Il y a ici de l'exagération. Le « monstre Wallensteinien , » comme Schiller et Goethe appellent cette grande trilogie dans leur correspondance, se compose de trois pièces a<se/. indépendantes les unes des autres pour qu'elles puissent être jouées séparément. La première, le Camp de Wallenstein, n'est pas une comédie, bien qu'elle renferme quelques traits risibles ; c'est un drame sérieux qui met sur la scène la vie militaire de la guerre de Trente ans, et fait allusion aux projets particuliers de Wallensteiu. D'ailleurs il est. le plus souvent joué seul.
(107) Page 306.
Fenk, personnage du roman de Jean-Paul intitulé : « La Loge invisible. » Il est fait dans ce roman (I, 3i8) allusion à un discours sur l'estomac d'un prince; cependant cette œuvre, humoriste par excellence, ne se trouve que dans un ouvrage publié postérieurement : Katzenberçer (III, 5j4). C'est là une de ces bizarreries dont notre auteur offre souvent l'exemple.
(107 bis.) Page 310.
Le Teutschcr Mercur, fondé en 1773 par Wieland,
et dirigé par lui jusqu'en 1789, fut continué de 1790 à 1810, sous le titre de Neuer deutsche Mercur. Bien que l'on trouve de grands noms parmi ses collaborateurs (Jacobi, Reinhold, Schiller, etc.), on lui reproche d'être plus d'une fois tombé dans la platitude, les abus de l'industrialisme et l'esprit de coterie.
(108) Page 315.
Cette mauvaise habitude d'une modestie exagérée dans le style épistolaire s'est corrigée, comme tant d'autres ridicules, sous l'influence de la littérature du siècle dernier.
(109) Page 320.
Pistol, espèce de Miles gloriosus , personnage que Shakespeare fait paraître à côté de Fallstaff dans ses drames de Henri IF et de Henri V.
(110) Page 325.
Bedlam, hôpital des fous à Londres. — Grubstreet, rue de Londres, où habitaient un grand nombre d'auteurs de petites histoires, de dictionnaires et de poëmes d'actualité. On appelait les mauvais ouvrages des publications de Grubstreet.
(111) Page 325.
C'est probablement l'estaminet où Goethe place la scène tumultueuse et magique de son Faust (I, 5).
des traducteurs. 881
«< Sous les tilleuls » (ou plutôt aujourd'hui « sous les marronniers »), rue principale de Berlin ornée d'une
double allée.
(113) Page 32;>.
Wilhelmshoehe, parc public et lieu de divertissement très-fréquente, près de Cassel (Hesse électorale). On a cherché à y imiter les eaux de Versailles.
(IH) Page 325.
Le Prater, promenade de Vienne où s'épanouit, mieux que partout ailleurs, la gaieté du midi de l'Allemagne.
(115) Page 329.
« V humour est la véritable poésie de Cornus ; la /aune, la satire et la comédie en partie, en sont plutôt la prose. V humour est un esprit qui passe à travers l'ensemble pour I animer invisiblement; par conséquent, il n'en écarte pas telle ou telle partie, et l'on ne peut mettre sur lui Je doigt à tel ou tel endroit. Véritable poésie, il affranchit l'homme; il fait paraître et fuir légèrement devanl nous les taches d'été, de printemps, d'automne et d'hiver de nos saisons intérieures, de même que la poésie tragique en fait paraître et fuir les blessures. En quittant un livre humoriste, on ne hait
ni le monde ni soi-même. Les enfants saisissent le ridicule sans être portés à haïr ou à mépriser, et même sans en aimer moins l'objet; l'humour nous fait devenir comme les enfants. Aussi peut-on relire, om me l'a faitWieland, dans la bibliothèque duquel j'ai vulelivre, le Tristram Shandy , au point de Fuser comme un alphabet, ce qui serait impossible pour un recueil d'épigrammes ou de satires. Le trait d'esprit ou la saillie comique s'épuisent ou se déchargent comme la foudre anguleuse, dès le premier coup ; mais l'humour ne nous offre que le jeu tranquille et innocent d'éclairs éloignés, qui brillent, non au-dessus de notre tête, mais à l'horizon lointain pour annoncer de belles journées.
« Après Shakespeare, Sterne est, de tous les Anglais, celui qui a volé avec le plus de facilité à travers les brouillards et les nuages de fumée de son pays , et les a le mieux dissipés par son souffle. Sterne est encore , de tous les Anglais, celui qui s'est le plus rapproché de notre Gœthe par son âme véritablement poétique et libre, par son hilarité et sa facilité qui vont jusqu'à la négligence, et par le don qu'il a de *nous toucher et d'être naturel avec art ; il marche cependant dans une toute autre voie que le poëte allemand. C'est précisément à ses compatriotes qu'il ressemble le moins ; car il faisait rire et jouer sa gaie philosophie non-seulement sur le papier à impression, par exemple dans son Voyage sentimental, mais aussi sur le sol anglais et comme homme : contraste vivant de l'anglicisme, il recherchait continuellement la société et la conversation. » {Supplément à l'Introduction.)
DES rRADl CTEURS.
116] IVu.f. 330.
Welzlar Prusse rhénane) fut, de 16'rp à 1806, le siège de la chambre Impériale allemande. Goethe 3 lii ses études de droit. La scène de son Werther&e trouve placée aux «'mirons de cette petite ville, pittoresqueinent assise sur les rives de la Lahn.
(416 bis.) Page 330.
Gomme la procédure criminelle et civile était alors, en Ulemagne, tout à fait secrète et entièrement fondée sur 1 écriture, le dossier des actes jouait le plus grand rôle dans les procès, et surtout clans ceux qui étaienl portes devant les tribunaux supérieurs. Quod non in octis non in tnundo. — Ces cotes écrits devaient être examinés par chacun des conseillers successivement et à son aise, et on avait l'usage, pour garantir ces précieux dépôts des accidents matériels et des indiscrétions subalternes, de les faire circuler dans de petite- boîtes ou étuis de fer-blanc fermés à clef. Il y a des endroits où cette ingénieuse institution est encore en pleine vigueur.
(117) Page 33-2.
Bel!" humori. La plus ancienne des académies italiennes, fondée parPomponio Leto, à Rome, et dissoute lors du désastre de 1527. — Voy. Tiraboschi, Storia délia iitt. ital., VII , t. 112 ; — et Quadrio, Storia et ragione d'ogni poesia.
(118) Page 336.
Le célèbre critique A.-W. Schlegel a véritablement mérité ce reproche; entraîné par ses préventions romantiques, il jugeait avec intolérance tout ce qui ne sentait pas le moyen âge et le mysticisme.
(119) Page 341 {note).
Licbtenberg, un des écrivains les plus spirituels de l'Allemagne, n'est pas connu en France autant qu'il mériterait de l'être. Nous croyons être agréables à nos lecteurs en insérant ici une traduction inédite de la satire citée par Jean-Paul :
« Affiche au nom de Philadelphia.
« Les amateurs de physique surnaturelle sont informés que le sorcier Philadelphus-Philadelphia, célèbre dans l'univers entier, déjà cité, dans le livre de la nature naturelle, par Cardan, qui le proclame un objet de jalousie pour le ciel et pour l'enfer, vient d'arriver ici par la poste ordinaire, bien qu'il lui eût été facile de voyager en l'air. 11 faut qu'on sache que c'est le même personnage qui, en 1482, sur la place publique de Venise, lanea dans les nuages une pelote de ficelle, à l'aide de laquelle il grimpa dans l'air, jusqu'à ce qu'il fût impossible de l'apercevoir. Ce sera le 9 janvier de l'année courante qu'il commencera, en public et en secret, dans notre maison de commerce, à offrir pour un écu ses tours aux yeux des spectateurs; ensuite il
procédera, de semaine en semaine, à des tours meilleurs, jusqu'à ce qu'il arrive à ceux de cinq cents louis d'or, qui, soit dit sans vanité, surpassent le merveilleux même, el sont positivement à peu près impossibles, lia daigné produire son habileté, avec le plus grand succès, devant les grands et petits princes (les quatre parties du monde, et, même, la semaine dernière, dans la cinquième, devant sa majesté Oberea à Otahiti. 11 sera visible ici tous les jours et à toute heure, excepté: i°. les lundis et les jeudis, jours où il doit aller chasser les pensées noires du congrès de ses compatriotes à Philadelphia ; 2°, de onze heures à midi, heure pour laquelle il a un engagement à Constantinople ; 3°, d'une heure à deux, heure de son dîner. — Nous allons dé cure quelques-uns de ses tours ordinaires pour un écu, moins les plus forts que ceux dont on peut donner une idée en quelques mots :
« l. — Sans sortir de sa chambre, il enlève le coq de l'église Saint-Jacques, et le pose sur l'église Saint-Jean; et il met sur Saint-Jacques la girouette de Saint-Jean. Après quelques minutes, il remet les choses à leur place. A. B. Tout cela sans aimant, et sans autre secours que la rapidité.
« 11. — 11 prend cent grammes du meilleur arsenic, les met en poudre, les t'ait bouillir dans quatre pintes de lait et en légale ces dames. Dès qu'elles se sentent malades, il leur fait avaler deux ou trois cuillerées de plomb fondu, et la société se sépare en riant.
« III. — Il se fait apporter une hache, avec laquelle il frappe un homme à la tête. Celui-ci tomhe à terre comme mort. 11 lui donne alors un second coup, et
l'homme se relève, en prononçant ordinairement cette question : « Quelle était cette musique ? »
« IV. — Il arrache doucement les dents à trois ou quatre dames, et les fait secouer avec soin dans une bourse par une personne de la société. Il en charge ensuite un un petit canon, dont il fait feu sur la tête des dames susdites ; chacune se trouve ravoir dans sa bouche ses dents, blanches et propres.
« V. — Un tour de métaphysique par lequel il démontre qu'une chose peut en même temps être et n'être pas. Ce tour exige de grands frais et de grands préparatifs. Aussi n'est-il exécuté qu'en l'honneur de l'université!!!
«VI. — Il prend toutes les montres, les bagues, les bijoux et même l'argent des spectateurs, et en donne à chacun un reçu. Le tout est jeté dans une malle avec laquelle il part pour Cassel. Huit jours après, chacun déchire son reçu, et, dès que la déchirure est faite, les bagues et les bijoux se retrouvent chez leurs propriétaires. C'est avec ce tour qu'il s'est fait beaucoup d'argent.
« N» B. Pendant la première semaine, les séances auront lieu au premier étage de la maison de commerce ; mais ensuite ce sera en plein air, au-dessus de la fontaine du marché. Car ne verra rien qui n'aura pas payé.
« Gœttingue, le 7 janvier 1777. »
(120) Page 343.
Meistersaenger. — On appelait ainsi les poètes qui,
DES IHÀDUCTEUBS. 387
sur la tin ilu moyen Age et à la renaissance, cultivaient leur art d'après les règles ei dans les formes fixées par les Rlinnesaenger, mais qui le firent peu à peu descendre a L'état d'un «net 1er purement mécanique, ilans Sacha, le cordonnier de Nuremberg, est leur représentant le plus célèbre. — Conf. IVagenseil, Commentatio de cù'itate Noribergensi, 1697.
(121) Page 343 (note).
Bragur, magasin littéraire des antiquités de l'Allemagne et du Nord, publié par F.-D. Graeter. y vol. Leipsiek, 1791-1802. — Bragur est le nom de l'Apollon de la mythologie Scandinave.
(121 bis.) Page 35* (note).
Fleck, grand acteur tragique, une des gloires de la scène allemande, excellent surtout dans le répertoire de Shakespeare. (1757-1801.) — Ifïland, acteur et auteur dramatique ; excellent acteur comique, poëte assez plat. (1759-1814.)
(122) Page 361.
\ oyez ci-dessus, note 93. — La Pleisse est une rivière qui arrose Leipsiek.
(123) Page 3G5.
L'Allemagne, placée au centre de l'Europe, ouverte
par conséquent à toutes les influences morales, politiques ou littéraires de ses différents voisins, théâtre de longues guerres qui ont introduit sur son territoire de nombreuses armées étrangères, et douée d'ailleurs d'un certain goût cosmopolite, a vu se glisser dans salangue un grand nombre d'éléments exotiques. Purifiée plusieurs fois par les efforts de quelques savants illustres, tels qu'Opitz au dix-septième siècle , Gottshed au dixhuitième, et tout une école au dix-neuvième, elle s'est toujours néanmoins ressentie de ces influences. Les causes de l'introduction spéciale d'un grand nombre de termes français, sont la prépondérance en Europe de Louis XIV, que tous les princes allemands se sont efforcés de singer, et l'admiration pour son siècle littéraire, que tous les poètes de l'Europe ont imité jusqu'au milieu du siècle dernier.
Les philosophes de l'école de l'identité sont ceux qui rejettent le témoignage de la conscience relativement à la dualité du sujet et de l'objet dans la perception, et qui prétendent que l'esprit et la matière ne sont que des modifications phénoménales d'une seule et même substance. Les plus illustres représentants de cette doctrine dans les temps modernes sont Schelling et Hegel. On sait que le système de Schelling a été appelé la philosophie du romantisme.
(125) Page 370 {note).
« La philosophie moderne, dit Jean-Paul dans le
DES TRADUCTFXRS. 389
passage cité, ressemblée cet aubergiste qui n'avait fait peindre sur son enseigne qu'une autre enseigne, el sur cette dernière une autre, et ainsi de suite. »
(126) Page 371.
C'est un des caractères de la poésie des psaumes, et en général de la poésie hébraïque, toujours religieuse el toujours en prose, de répéter plusieurs fois et sous des formes diverses, la même chose.
(127) Page 375.
La profondeur est le fait ou le pouvoir de trouver ce qui est difficile au moyen d'une attention forte et soutenue. Elle est une des premières conditions du génie, et c'est dans ce sens que ce dernier a été défini une longue patience.
(128) Page 375.
La sagacité est un des modes de la profondeur : elle distingue ce qui est confus.
The sun had long since, in the lap Of Thetis, taken out his nap, And, like a lobster boil'd, the morn From black to red began to turn.
(Hudibras, ch. V.)
Phébus ayant fait sa visite
A Thétis, et refait au mieux,
Dans son char remontait aux cieux;
Déjà la fraîche matinée,
Du noir au rouge était changée,
Comme un homard, par la cuisson,
De noir devient rouge au chaudron.
{Traduction de Towneley.)
(130) Page 378.
Il existe un sentiment du spirituel tout aussi bien qu'un sentiment du risible. Le premier est le plaisir qu'éprouve l'entendement à découvrir un rapport entre deux choses éloignées ; le plaisir du risible est, comme nous l'avons déjà dit , celui que nous ressentons quand l'entendement saisit à la fois deux rapports opposés.
(131) Page 384 (noté).
Herder s'est beaucoup occupé des questions relatives aux premiers siècles du genre humain et à la formation des sociétés. V. ses Stimmen der Voelker, qui contiennent des modèles de ce que devait être la poésie primitive de tous les peuples, et son célèbre ouvrage : « Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité. » Ses hypothèses sont souvent plus ingénieuses que d'une véritable utilité pour l'histoire. Jean-Paul a surtout en vue son traité : De l origine du langage (Ueber den Ursp rung der Sprache) , Berlin , 1772.
(132) Page 384.
Voyci notre préface, subfine.
(133) Page 386.
Cette critique s'applique seulement aux odes, et non à la Messiade, où les longueurs de toute espèce ne font nullement défaut. Pour ses odes, Klopstock s'inspirait tout à la fois d'Ossian et des anciens ; il imitait les mètres de ces derniers. Il lui arrivait souvent d'exagérer encore la marche saccadée du poëte du Nord et la concision classique, qui convient seulement aux langues plus synthétiques de l'antiquité.
(134) Page 389.
Il y a dans le théâtre espagnol plus d'une Éléonore dont les Grecs auraient peut-être médit; mais de laquelle s'agit-il ?
(135) Page 393.
Ces observations forment un singulier contraste avec l'opinion si répandue que le style français est généralement clair, que le style allemand est généralement obscur. Mais si l'on y regardait de plus près, on verrait que la clarté de notre littérature et l'obscurité de la littérature allemande tiennent plus au fond qu'au style; la première affecte de bannir de sa considération un
grand nombre de matières qui ne peuvent être comprises qu'avec des efforts d'attention, et que l'esprit patient et studieux de l'Allemagne recherche au contraire avec prédilection.
Si les peuples du Nord font moins de cas du nez que ceux du Midi, c'est peut-être que chez eux les parfums sont plus rares et les rhumes de cerveau plus communs.
(137) Page 398 (note).
Ce sont les Phéniciens, le peuple le plus commerçant de l'antiquité, qui passent pour avoir les premiers fait usage d'une écriture alphabétique. Cependant cette opinion vient d'être récemment attaquée par M. Renan : « Les Phéniciens ayant été les seuls intermédiaires entre les races sémitiques et le reste du monde, ont dû passer bien souvent pour les inventeurs de ce qu'ils n'ont fait que transmettre. Les Phéniciens ne sont, en général, que les courtiers d'une civilisation qui a son centre àBabylone. Tout porte à croire que Babylone, qui a donné au monde le système des poids et mesures, a créé également l'alphabet de vingt-deux lettres. A Babylone, s'en retrouvent les plus anciens spécimens ; l'antiquité associe souvent l'Assyrie à la Phénicie dans le suprême honneur de cette invention. » (Histoire générale des langues sémitiques.) Le déchiffrement des inscriptions cunéiformes, tant de fois annoncé et promis encore récemment par l'illustre philologue Oppert,
dans le dernier congrès des philologues allemands, à Francfort (i86'i), pourrait jeler la plus vive Lumière sur cette question.
(138) Page 402.
Jean-Paul nous fournirait plus d'un exemple de ces comparaisons : « Il vous jette des allusions sans nombre à ce que vous ne savez, pas, à ce mie vous ne saurez jamais, à une ligne égarée d'un auteur hébreu inconnu, à une expérience physique tentée par un savant d'Odessa. » [P hilare te Chastes, Dict. de la conversation.) Nous pourrions citer un de nos auteurs populaires, qui compare une beauté à un tableau du musée le plus reculé de l'Espagne.
TIMII SECOND.
(138 bis.) Page 3.
Lessing a toujours passé cependant pour un excellent écrivain. Du reste, la pensée que Jean-Paul cite ici est très-juste en elle-même, et nous fait connaître exactement la méthode critique de Lessing.
(139) Page 7.
Quoique Jean-Paul cherche à excuser Shakespeare en faisant observer que ses mauvais jeux de mots sont, dans la bouche de ses personnages, des traits de caractère, il n'en est pas moins vrai que ce défaut a été celui de toute son époque, et qu'il est même , à cet égard, d'un goût encore meilleur que ses contemporains. — Lancelot et Lorenzo, personnages du Marchand de Venise,
(140) Page 12.
Bœh est le cri du mouton , son bêlement ; or Voss aimait la campagne. V. son poëme champêtre, Louise.
(141) Page 12.
« Schelling a reconnu impossible de déduire le fini de l'infini, sans employer des suppositions gratuites et contradictoires. Il n'a pu, par aucun Salto mortale, franchir le cercle magique dans lequel il s'était enfermé lui-même. Ne pouvant joindre l'absolu et le conditionnel par aucune relation naturelle, il a diversement essayé d'expliquer l'univers phénoménal, tantôt en imposant à l'absolu la nécessité de sa propre manifestation, c'est-à-dire en conditionnant l'inconditionnel , tantôt en faisant tomber le fini de l'infini, c'est-à-dire en supposant le phénomène même que son hypothèse prétend exclusivement pouvoir expliquer. » [William Hamilton. Revue d'Edimbourg, octobre 1829.)
(112) Page 13 {note).
On appelle Philistins, en Allemagne, dans l'argot des universités, tout ce qui n'est ni étudiant ni professeur.
(143) Page 14 (note).
Aleph et Kuf, deux caractères de l'alphabet sémitique.
(144) Page 15.
« Sans avoir la valeur d'une lumière, l'esprit a du moins celle d'une étincelle ; s'il n'éclaire et n'échauffe pas une vie tout entière, il embellit du moins pour un instant ; il n'a pas, comme les images et les systèmes, besoin d'emprunter sa force à la vérité, à ses rapports ou à son voisinage. Est-ce qu'il ne doit y avoir que des feux de travail pour aider notre main, ou des feux pour nous réchauffer ? et ne faut-il pas qu'il y ait aussi des feux d'artifice ? Non, dira l'Allemand, car ce n'est pas avec les feux d'artifice de l'esprit que je puis forger, rôtir, durcir, fondre quelque chose. Mais qu'il songe seulement pendant trois minutes que l'esprit peut devenir , à l'égard de toutes choses, un abrégé et un épitome de l'entendement , surtout dans les cas où ce dernier a seul à parler. C'est pourquoi le Français et 1 Violais cherchent et montrent de l'esprit dans les revues, les discourspublics, les journaux. Cela fait frémir lef Ulrmands ; même dans leurs défenses personnelles, dans leurs ennuveuses critiques, dans ces cas où l'on
veut se causer du dépit à soi-même et aux autres, ils n'emploient pas encore l'esprit pour dissiper le froid, ou des vapeurs de vinaigre pour combattre l'odeur cadavéreuse de pareilles productions. Ils aiment mieux accumuler l'imagination où elle ne convient pas, que l'esprit où il convient. Ils prodiguent les images plus que le sel, bien qu'elles excitent moins que lui ; car on les trouve avec plus de facilité et en plus grande abondance. Ils en mettent cependant un peu dans les tragé dies d'aujourd'hui, là où il est si bien à sa place (c'est pour cela qu'ils n'en mettent pas dans la comédie) ; c'est lorsque la tragédie veut s'élever à cette hauteur dœuvre d'art exigée au temps de Schlegel, et qui consiste à ne point arracher de larmes aux hommes, mais à les sécher ; c'est là cette perfection de l'eau-de-vie qui, une fois allumée, doit se consumer sans produire une seule goutte d'eau.
Il y a assurément plus d'esprit dans les discours et les débats publics des Anglais et des Français que dans ceux des Allemands, où il n'y en a point, depuis Francfort jusqu'à Vienne. Ce fait s'explique facilement par la concision de ces deux langues : de l'anglais, cohéritier du latin concis et qui abrège encore par sa prononciation; et du français, qui abrège le latin, sa belle-mère, par des coups de plume et de langue. Mais en allemand tout doit devenir long, et, pour conserver les proportions, large en même temps : long parles sons et large par les idées. Il en résulte ce fait aussi facile à expliquer qu'édifiant : queleshommes d'Etat en Allemagne, depuis*Francfort jusqu'à Vienne, ont sur les lèvres, aulieu d'esprit, une longueur et une largeur
telles, qu'on peut très-bien les comparer aux Indiens du
nord-ouest de [% Amérique*. (Ces Indiens suspendent à la lèvre inférieure une grande cuiller ou une assiette
de bois: et e'est dans eelte cuiller et sur cette assiette qu'ils nous servent nous autres Ulemands.) » [Supplément à l' Introduction.)
(145) Page 16.
Liqueur très-forte, que Ton obtient en exposant le \iu a un froid très-intense qui le congèle, à l'exception d'une partie ou viennent se condenser les huiles essentielles qu'il renferme.
(146) Page 19.
Benjamin Thompson, comte de Rumford, célèbre philanthrope américain (1752-1824), qui combattit contre l'indépendance des Etats-Unis, et se fixa ensuite en Allemagne, à Munich, où il inventa une soupe économique pour les pauvres, qui se distribue encore aujourd'hui.
(147) Page 21.
Allusion aux Fréquents changements dynastiques qui eurent lieu de 1798 à 181 5, dans les différentes parties du territoire allemand.
• « Remarques de Lanysdorf sur un voyage autour du monde. Tome II. »
(148) Page 21
George Chr.-G. von Wedekind(i76i-i83i), médecin et publiciste distingué, a laissé plusieurs écrits pathologiques.
(149) Page 22.
Une idée semblable a inspiré à Fr. Rûckert une excellente poésie, qui commence ainsi : « L'imagination, cette géante énorme, était assise sur une montagne ; elle avait à côté d'elle l'Esprit, ce pygmée. Le Jugement se tenait à côté..., etc. »
(150) Page 23.
Allusion au traité de Lunéville, qui dépouille l'électeur de Bavière, au profit de la France, de ses possessions sur la rive gauche du Rhin (1801).
(154) Page 24 (note).
« Avant le développement du corps , l'âme de l'homme souffre de tout développement artificiel ; les efforts philosophiques de l'entendement, les efforts poétiques de l'imagination ne servent qu'à ruiner les jeunes facultés. Il n'y a que le développement de l'esprit qui ne soit pas nuisible aux enfants, parce qu'il n'exige que des efforts faibles et momentanés ; il leur est utile parce qu'il force à marcher vite le jeune rouage de leurs idées. » (Loge invisible). C'est à la négligence que
DBS TRADUCTEURS. Stt
l'on apportait en Allemagne à la culture de l'esprit chez les enfants, qu'il (allait, d'après Jean-Paul, attribuer la rareté dos inventeurs parmi tant de savants.
(152) Page 25 (vote).
Les deux Forster, le père et le fils, ont pris part au second voyage que fit Cook autour du monde en 1772. Ils ont laissé l'un et l'autre différents ouvrages de géographie, de physique et d'histoire naturelle.
(153) Page 27.
Dans une lettre à madame Herder, Jean-Paul dit qu'il y a dans les écrits de Hamann, comme dans les Alpes, un rapprochement de toutes les zones et de toutes les saisons. (Ans Herders Nachlass , t. I, p. 269.)
(154) Page 27 (note).
Allusion de l'auteur à ses énormes recueils de notes. V. notre préface.
(155) Page 28 (note).
L'importance de la noblesse germanique, soumise dune manière très-peu déterminée à la souveraineté de l'empereur, s'était affaiblie pendant tout le XV11P siècle. La paix de Lunéville (i8o3), et l'établissement de la confédération du Rhin, donnèrent le coup de grâce
à l'indépendance de ses petits autocrates , soumis depuis à quelques maîtres un peu plus puissants qu'eux.
(156) Page 33 (note).
C'est-à-dire à celui qui a puisé sa science dans les journaux, multa, non multum.
(157) Page M.
Ce n'est pas sans raison que Jean-Paul rend hommage à la patience de ses lectrices, qui a toujours été plus grande que celle de ses lecteurs. C'est parmi elles qu'il a trouvé les plus fervents admirateurs ; on sait qu'elles portaient dans leur sein des cheveux de notre poëte, et, quand elles ne pouvaient s'en procurer, des poils de son barbet blanc.
(158) Page 36.
Presque tout ce chapitre de Jean-Paul peut être considéré comme un plaidoyer pro domo sua. C'est d'ailleurs un des plus remarquables et des plus originaux de ce livre.
(159) Page 38 (note).
Leibgeber, personnage de Slebenkaes ; Victor, personnage de YHesperus. Ce sont deux romans de Jean- Paul.
DES TRADUCTEURS. iOi
Le Miroir d'or ) 4 vol. Leip&ick, 1772, roman politique', inspiré par les opinions de Jean-Jacques Rousseau et semblable, pour la Forme, aux oontes des Mille et une Nuits,
(161) Page 44.
Liane, héroïne du Titan, roman de Jean-Paul.
\&2) Page 48.
Paierie . célèbre roman de madame de Kriïdener, ceiit et publié d'abord en français [Paris, 1 vol. 1804), et traduit immédiatement en allemand.
(163) Page 50.
Reproche indirect à l'adresse de Schiller et surtout de Goethe qui aime à reproduire dans ses drames un certain type de caractère bien doué, quoique faible. Cf. le Wetsslmgen dans Gœtz, Cla\igo, Tasso, Fernando dans Stella, Brakenburg dans Egmont , etc. Mais presque tous les critiques littéraires de l'Allemagne ont avec raison reproché à Jean-Paul lui-même V uniformité de sis principaux caractères (\ . Gervmus, Hillebrand, etc. .
(164) Page 50.
Le | remier aime une femme qu'il sait être la mai-
ini uni i. — t. il. 26
tresse du héros de la pièce ; le second a deux femmes à la fois.
(165) Page 51.
Aristippe (i 800-1 802) , roman historique dans le genre du Poyage du jeune Anacharsis. Laïs esl un de ses personnages.
Ce n'est pas seulement dans les ouvrages, mais aussi dans le caractère de Schiller que Jean-Paul croit rencontrer ce manque d'amour qu'il semble lui reprocher ici. Lorsqu'il fit son voyage à Weimar, en 1796, il fit la connaissance des deux grands génies qui venaient de se lier intimement. Il trouva Gœthe froid comme un Dieu ; Schiller, rocailleux, anguleux, tranchant et sans amour. (Y. notre préface.)
(167) Page 52.
Nom sous lequel Klopstocka chanté sa femme, Marguerite Moller, de Hambourg, qu'il avait épousée en 1754 et perdit en 1758.
(168) Page 54.
Clarisse Harlowe, célèbre roman de Richardson ; — Grandison, autre roman du même auteur, et dont le héros est le miroir de toutes les perfections possibles.
169 PàS] 55 {note).