V. note
(204) Page 125.
Robert Biiyle, célèbre physicien, philosophe et phi-
lanthrope anglais du \\ ir1 siècle. Ses œuvres oui été réunies en i~'\ [, 5 vol. in-ïol.
(203) Page 126 (note).
Allusion au stylo tout méridional de la jeune littérature passionnée de l'Allemagne et à la froideur de Goethe. On sait que, depuis son voyage en Italie, Gœthe avait quitté cette ardeur toute romantique qui lui inspira Werther et le Gœtz, pour un ealme et une mesure plus classiques. Il commença dés lors à préférer Homère comme il avait préféré Ossian, et devint admirateur de L'architecture grecque comme il l'avait été de l'architecture gothique. Ce sang-froid et ce calme devinrent tels, non-seulement dans ses œuvres, mais encore dans sa conduite, qu'on se plut à le comparer au Jupiter Olympien. •< Gœthe domine même son talent, dit madame de Staël ; il ne perd jamais terre, tout en atteignant aux conceptions les plus sublimes. » Quand Jean- Paul alla visiter Gœthe à Weimar, sa sensibilité expansée se trouva choquée par la froideur presque roide que ce dernier apportait dans le commerce de la vie.
(206) Page 127.
Le Visionnaire est de Schiller; Woldemar, deJacobi; Ardinghello ou les Iles des bienheureux, roman d'aventures entremêlé de réflexions sur les beaux -arts, par J.-J.-G. Heinse (1787), auteur rempli de cette ardeur qui règne dans les mœurs comme dans les arts des nations méridionales de l'Europe; Le comte Donamar,
poétique. — t. 11. 27
roman fondé sur des épisodes de la guerre de Sept ans par Bouterwek , l'esthéticien et l'historien littéraire (1791); Valérie, par madame de Krùdener (i8o3) ; Jgathon, par Wieland ; Agnes des lis, par madame de Wolzogen.
(207) Page 128.
Siegfried de Linderberg, par Mùller. Wutz, Quintus Fixlein, Fibel, trois romans de Jean-Paul.
(208) Page 131.
Auguste Hùbner, auteur d'un cours de style allemand, Anweisung zum deutschen Stjl ; Hanovre, 1720.
(209) Page 132.
Parmi les différentes réformes littéraires qu'a produites en Allemagne le réveil de l'esprit national, il faut ranger celle de l'idylle, à laquelle tout ce paragraphe fait allusion. Gessner est encore, à beaucoup d'égards, l'imitateur des bergeries fadement innocentes et optimistes de la poésie pastorale française. Frédéric Mùller, peintre etpoëte, esprit original et vigoureux, mais trop exubérant dans son réalisme, introduit dans ses idylles bibliques, grecques et allemandes, un naturalisme hardi. Ses idylles allemandes, surtout, abandonnent cette mise en scène banale et usée du classicisme vulgaire, et s'attachent à certains traits de la vie des campagnes allemandes ; celles de Voss en font autant.
E.-Chr, vod kleist, officier prussien tué à la haiaille de Kunersdorf (lySg) el qu'il ne faut pas confondre avec l éminenl poète dramatique de l'école romantique,
Heinrich von Kleist, qui se suicida ^1811), obtint un grand SUCCès par son poème descriptif du Printemps; il n'entre qu'en partie clans cette réaction contre les bergeries à L'eau-rose ; mais, comme Millier, Voss, et tous ces jeunes portes qui s'inspirent de Rlopstock et qu'on a L'habitude de ranger dans l'école de Gœttingue, il ne place nullement la scène de ses idylles dans l'âge d'or fabuleux critiqué par notre auteur.
(210) Page 137.
Le beau poëme lyrique de Schiller intitulé Résignation commence par ce vers :
« Auch ich war in Arcadien geboren ! »
a Et moi aussi je suis né en Arcadie ! » vers qui est devenu, pour la vocation de poëte d'idylles ou d'élégies, ce qu'est devenu pour la vocation de peintre le cri célèbre du Gorrége : Ed. io anche son pittore! « Et moi aussi je suis peintre ! »
(211) Page 137.
Pour qu'on n'accuse pas Jean-Paul d'une partialité trop allemande pour les beautés du Rhin et pour cet air de fête et de bonheur qui règne perpétuellement
sur ses rives, nous ne pouvons résister au désir de citer le passage suivant de Byron [Ckilde Harold, III, 46) :
. ...True wisdom's world will be
Within its own création, or in thine,
Maternai nature ! For who teems like thee
Thus on the banks of thy majestic Rhine?
There Harold gazes on a work divine,
A blending of ail beauties : streams and dells,
Fruit, foliage, crag, wood, corn-field, mountain, vine
And chiefless castles, breathing stern farewells
From grey but leafy walls, where ruin greenly dwells.
« Le monde du vrai sage ne se trouve qu'en luimême ou chez toi, nature, mère de tout! Où trouver des charmes pareils à ceux que tu déroules sur les bords de ton Rhin majestueux? C'est là qu'Harold contemple une œuvre divine , le mélange de toutes les beautés, rivières et vallées, fruits et feuillage, rochers, forêts, champs de blé, montagnes, vignes et châteaux sans maîtres, qui, du haut de leurs remparts noircis, mais ombragés, où la ruine se cache sous la verdure, semblent vous adresser un sombre adieu. >»
(212) Page 140.
Gessner était né à Zurich.
(213) Page 143.
« J'ai vu morts deux hommes, l'un, de cinquante, et l'autre de soixante-dix ans, qui, dans leur vie, ne parais-
DBS TRADUCTEURS. 421
safent pas avoir la moindre ressemblance avec leurs fils, dont les figures semblaient même appartenir à un tout autre rang que ceux des pères. Le second jour après leur mort, le profil de l'un ressemblait au profil de son aîné, celui de l'autre au profil de son troisième fils, d'une manière frappante; une partie de cette ressemblance se perdit au troisième jour. » (Lavater, La Physion omon ie, S 4 ° • )
(214) Page 14G.
L'auteur joue ici sur la ressemblance des mots Lèsesessel et Leseesel. Ce jeu de mots est intraduisible.
(215) Page 150.
Jean-Paul fait probablement allusion à une île ainsi nommée dans le lac artificiel d'un jardin public de Leipsick, et qui joue un grand rôle dans le troisième volume de son Introduction à £ esthétique. V. notre préface, page 96.
(216) Page 154.
Ce héros maladif est celui du Voyage dans le midi de la France. C'est un homme distingué, dont la santé s'est altérée par la vie de cabinet et les travaux de la pensée. On lui conseille, pour se rétablir, d'aller dans le pavs de la légèreté; il doit apprendre à rire et à plaisanter. Les plaisirs de la table et le commerce des femmes doivent remplacer ses habitudes sédentaires. Mais
l'abus des jouissances physiques, après l'avoir guéri, le fait tomber dans une maladie précisément contraire. Il est facile de tirer la moralité de ce roman, qui recommande le juste milieu entre tous les excès.
(217) Page 157.
On ne peut dire que ce trait se retrouve dans les mœurs françaises, quoiqu'elles en offrent d'analogues. Tous les jours de la semaine, excepté le mardi et le jeudi, ont quelque chose de particulier : vendredi, jour d'Allah; samedi, jour du sabbat; dimanche, dies Domini; lundi, commencement, et mercredi, milieu de la semaine.
(218) Page 158.
Leibnitz, Nouveaux essais sur l entendement humain^ 1. III, ch. m. — Cf. Pott, die Personennanem; Leipsick, i853.
(219) Page 158.
Conveniunt rébus nomina sœpe suis. — Qu'on nous permette de rapprocher de ce passage une remarque analogue d'un spirituel romancier français : « Je ne voudrais pas prendre sur moi d'affirmer que les noms n'exercent aucune influence sur la destinée. Entre les faits de la vie et le nom des hommes il est de secrètes et d'inexplicables concordances ou des désaccords visibles qui surprennent ; souvent des corrélations lointaines, niais efficaces, s'y sont révélées. Notre globe est
plein, tout s\ lient : le hasard est le résultai (rime immense équation dont nous m connaissons pas toutes les racines.
Ne- voyez-vous pas dans La construction du Z une
allure contrariée? Ne figure-t-elle pas le zigzag aléatoire et fantasque dune vie tourmentée? Quel vent a souille sur cette lettre qui, dans chaque langue où elle est admise, commande à peine à cinquante mots? » (Balzac, '/.. Marais.) — « Les trois choses que j'aime le plus au monde, dit quelque part Jean-Paul lui-même, ce sont les Heurs, les montagnes et la bière, et toutes les trois commencent par un b (Blume, Berge, Bîer). »
(220) Page 161.
C'est sur ce même principe qu'Aristote se fonde pour établir la distinction des trois genres de poésie. (Poet., cb. III.)
Cependant les bonnes épopées italiennes, celle de Spenser, celle de Cervantes, etc., renferment un grand nombre d'excellents passages purement lyriques.
(222) Page 164.
« Le sentiment à lui seul ne produit pas le poëte ; mais le poëte à lui seul ne produit pas non plus le sentiment. La première erreur est celle du jeune homme; la seconde, celle du critique.
Le sentiment croit que rien n'est plus facile pour lui que de passer d'un premier cœur dans un autre ; il pressent son frère dans ce dernier ; mais un cœur plein ressemble au vase plein qui, tant qu'il se trouve encore dans le puits, monte avec facilité, mais qui devient plus difficile à tirer dès qu'il commence à dépasser la surface de l'eau. Le jeune homme prend tout sentiment pour une ode ou pour un monologue ou un dithyrambe tragiques, auxquels il ne manquerait, pour voler, que les pieds ou les appareils métriques de locomotion ; il prend généralement les larmes de la peine ou de la joie pour les ondes de l'Hippocrène ; mais, pour être poète, il faut être un homme double, tout à la fois objet et sujet.
D'un autre côté, une école à moitié abandonnée aujourdhui, dont les disciples et les mémoires poétiques, comme par exemple ceux de Fr. Schlegel, ont survécu à sa courte immortalité, a voulu nous faire croire qu'on peut faire des vers et trouver des rimes de sonnet sur tout objet, tout en éprouvant en même temps tous les sentiments qu'on aurait envie de sentir ; qu'on pouvait par exemple couver un psaume de pénitence dans le Palais-Royal, ou un chant de bayadères dans la cathédrale ; car la forme serait tout ; elle serait elle-même le véritable contenu ; une tasse à thé chinoise serait en même temps du thé chinois importé par caravane ; et la meilleure preuve de tout cela serait leur maître Gœthe.
Mais ce dernier est précisément la meilleure preuve du contraire. Pour lui toute pièce lyrique est une pièce d'occasion, et sa biographie nous montre bien que sa vérité n'était pas de la fiction, mais que sa fiction était
DES TRADUCTEUR& 42r,
de la vérité [Diehtung und Wahrheit)y et que ses ouvrages poétiques étaient des produits du cœur, tout aus>i bien que ses actions morales. C'est pourquoi un poète ne peint jamais un sentiment aussi bien que la première lois ; plus tard sa description perd de plus en plus le rang divin d'une première naissance. Toutefois l'artiste ne devrait pas attribuer cet affaiblissement de ses couleurs à la perte de ses propres forces, mais à son cœur qui ne peut faire une seconde et une troisième déclaration d'amour avec tout le feu qu'il a mis dans la première. Mais que le poëte choisisse un objet tout à fait nouveau et il retrouvera, pour le peindre, ses forces d'autrefois. L'objet épuisé par ses sentiments renaîtra même pour son pinceau avec de nouvelles couleurs matinales, lorsqu'il le portera devant de nouveaux regards et qu'il puisera dans des cœurs étrangers des sentiments nouveaux et de nouvelles couleurs pour le même lever de soleil, pour le même printemps, pour le même ciel d'amour. » [Supplément à V Introduction.)
(223) Page 170.
Difficultés de la prose. — « La prose artistique demande autant d'efforts que l'art des vers; seulement elle en demande d'un genre différent. Le rhythme de la prose change continuellement, tandis que le mètre poétique se prolonge pendant le poëme tout entier; ici les vers se forment les uns sur les autres , là une période n'en gouverne pas une autre. Ce sont les lois innombrables du moment, c'est-à-dire de la matière, qui produisent dans la prose le changement continuel de
la longueur des périodes et de leurs constructions. La prose ne répète rien, le poëme répète tout. C'est pourquoi cette variété de formes qui est propre à la première, s'empreint plus facilement que la poésie des différentes particularités des auteurs; de sorte que les grands prosateurs offrent entre eux moins de ressemblance que les grands lyriques ; ainsi les prosateurs Hérodote, Xénophon, Thucydide, Platon, Cicéron, César, Tacite, et surtout les Allemands : Lessing, Winckelmann, Hamann, Gœthe, Jacobi, Wieland, etc. Les Français ne volent que lorsqu'ils sont enchaînés, et marchent à pied quand ils s'enlèvent; il ne reste point de différence entre leurs poètes et on n'en trouve que chez leurs prosateurs : par exemple, chez Montaigne, Voltaire , Diderot , Jean- Jacques , Montesquieu , Buffon, etc. Aussi est-il vrai que dans les hautes régions de la poésie, la diversité manque généralement. De même le ciel n'offre que peu de couleurs, tandis que la terre en offre des millions ; de même la poésie sublime n'admet aucune particularité, tandis que la poésie comique en comporte de toutes les espèces ; c'est ainsi encore que chaque homme, en parlant, a son timbre de voix à lui, tandis que, dans le chant, toutes les voix se ressemblent.
LemotdeBuffon : « Le style, c'est l'homme, » trouve encore sa confirmation dans ce fait, que de grands écrivains, malgré la mesure et la variété de forces et de lumières qu'ils doivent acquérir avec les années et dans leurs ouvrages postérieurs, présentent déjà, dans leurs premières productions, le caractère bien tranché de leur style. C'est ainsi que, dans la première préface
HF.s TRADUCTEURS. 427
de Lessing, la Minerve de son style sort toute armée
de la tête de L'auteur; c'est ainsi que dans les premiers ouvrages de Hamann, elle présente déjà au monde, pour récarter, son bouclier à tête de Méduse. 11 y a du reste deux espèces de style, comparables aux fruits de garde et à la bière de mars. Le fruit de Hcrdcr, destiné à mûrir tardivement, s'adoucit et s'anoblit avec le temps; la boisson, faible d'abord, devient plus forte et même plus amére en vieillissant : par exemple, Wieland, dans ses dernières années, Rousseau et même Ctcéron, dans ses discours pour Atticus, etc. Cependant, dans l'antiquité, on trouve moins de différence entre la vieillesse et la jeunesse des auteurs, parce qu'on commençait relativement tard et qu'on mûrissait, non en écrivant, mais pendant quelques dizaines d'années avant d'écrire. Chez les modernes, au contraire , le st\le doit parcourir tout le chemin qui conduit du jeune homme au vieillard. » (Supplément à l'Introduction.)
(224) Page 171.
Le système de sténographie qui est actuellement le plus répandu en Allemagne, celui de Gabelsberger, est ingénieusement fondé sur cette idée de la présentation optique des sons. Ainsi l'O, son rond, est indiqué par un signe rond; 6>*z, son grave ou bas, s'exprime en faisant descendre au-dessous de la ligne les consonnes qui l'accompagnent; Fi, son aigu, les fait au contraire monter au-dessus; et ainsi des autres voyelles. — V. Geiger, projet de Sténographie française. Dresde, i86'o.
(225) Page 179»
Description de l'odalisque Almansaiïs dans YOberon, ch. XI, str. 9.
(226) Page 182.
Ces figures pâles ne manquent pas dans les romans de Jean-Paul, dont les héros et les héroïnes ne jouissent que rarement d'une santé florissante. Solger, et après lui Hillebrand, ont blâmé cette manie de rendre souffrants la plupart de ses caractères ; le dernier éprouve même l'envie d'appeler la poésie de notre auteur une poésie de la maladie. C'est surtout dans Y Hesperus que nous voyons comparaître toute une série d'êtres affectés d'infirmités diverses.
(227) Page 185.
rXauxwTciç, aux yeux gris; — Boto7ctç, aux yeux de bœuf; — Jean-Paul, qui écrivait avant la traduction de Voss, ne connaissait pas encore exactement la valeur des épithètes homériques.
(228) Page 189 (note).
Allusion aux qualités sympathiques du « père Gleim, » qui pratiquait la charité d'une manière aussi large que délicate. Il avait si bien contracté l'habitude de la bienfaisance, qu'il lui arriva plusieurs fois de se fâcher,
DES TRADUCTEURS. Itt
Uniquement parce qu'on Lui avait laissé ignorer quoi ques occasions de l'exercer.
(229) Page 190 [note).
Klopstock dit en effet : » Lorsque l'étoile du soir monte dans le ciel désert... » — Vénus, appelée aussi Hespems, Lucifer, étoile du soir et du matin, étoile du Berger, est une planète qui se montre à l'horizon, tantôt après le coucher, tantôt avant le lever du soleil. Quand elle paraît le soir, elle ne monte pas dans le ciel, elle descend à l'horizon et se couche plus ou moins longtemps après le soleil.
(230) Page 191.
fVilhelm Meister, années d'apprentissage, liv. 111, chap. 3.
(231) Page 193.
Les Genevois passent pour être froids, roides, compassés, cérémonieux et n'avoir rien de pittoresque.
(232) Page 197.
La eatachrèse est un abus du langage. Elle a lieu toutes les fois que l'emploi d'un mot oblige l'esprit à laisser de côté ou plutôt à rejeter une partie de la notion que ce mot signifie. Quand on dit, par exemple : a Un cheval ferré dyargent, » l'esprit doit négliger
l'idée de fer contenue dans le mot ferré. — Il en est de même des expressions : aller à cheval sur un bâton, une feuille de papier. » Le Dante parle de « ténèbres visibles. » Un poëte contemporain a dit : « Le bruit du silence. » Il y a un grand nombre de catachrèses que la pauvreté d'une langue justifie, ou que l'autorité de l'usage a légitimées.
(233) Page 203.
C'est ainsi qu'un poëte contemporain, imitateur de Byron et de Lamartine, Adolphe Doerr, de Francfort, parle des « sons bleus de la flûte. »
(234) Page 208.
L'écriture allemande est fondée sur une ingénieuse combinaison qu'Ulphilas a faite des caractères de l'alphabet grec et des Runen (jnystéres), signes d'origine en partie phénicienne, gravés par les prêtres germains sur des morceaux de bois.
(235) Page 209.
Tempora mutantur et nos mutamur in illis!... On retrouverait difficilement aujourd'hui en Allemagne ce dénigrement des individualités étrangères et cet engouement pour les individualités nationales. Les progrès qu'a faits la critique littéraire depuis le commencement de ce siècle ont enseigné, avec cette impartialité qu'imposent des théories profondes et une large érudition, à
DLS IUA1UUI.I EiS. 181
apprécier chacun à sa jusle valeur. Cependant nous devons reconnaître qu'un des traits caractéristiques el en même temps une des principales qualités de V Allemagne, a toujours été uue curiosité singulière à l'égard des choses étrangères, qui la conduit à imiter souvent ce qu'elle trouve de bien dans les autres nations. Elle offre, par son goût cosmopolite, un contraste frappant avec les autres peuples de l'Europe, dont le goût est peut-être trop exclusivement national. Aucun autre ne prend autant d'intérêt à ce qui se passe hors de lui. A certaines époques de son existence littéraire ou même politique, cet amour de ce qui est étranger s'est développé au point de devenir un véritable défaut. « En littérature comme en politique, dit madame de Staël, les Allemands ont trop de considération pour les étrangers, et pas assez de préjugés nationaux. C'est une qualité dans les individus que l'abnégation de soi-même et l'estime des autres; mais le patriotisme des nations doit être égoïste. »
236) Page 209.
Surtout ceux de Lessing et de Jean-Paul lui-même.
(237) Page 210.
Image fondée sur une erreur célèbre dans la traduction de la Bible par Luther. Le grand théologien prend un chameau entier pour ce poil de chameau qui entrerait plutôt dans le trou dune aiguille qu'un riche dans le paradis.
(238) Page 210.
Usus
Quem pênes arbitrium est et jus et norma loquendi.
{Horace.)
(239) Page 210.
A un certain point de vue, c'est-à-dire relativement aux langues à suffixes et au chinois, les langues indoeuropéennes n'ont qu'une seule grammaire.
On trouve surtout un grand nombre de ces locutions dans les premières productions de Goethe et de Schiller.
(241) Page 211.
Ce travail a été récemment entrepris par les frères Grimm, avec le concours d'une grande partie de l'Allemagne littéraire.
(242) Page 215.
Le goût cosmopolite de l'Allemagne, favorisé par la guerre de Trente ans et par l'imitation des auteurs français du siècle de Louis XIV, avait introduit dans la langue un grand nombre de mots étrangers. C'est à cet abus que Klopstock, Kampe et d'autres opposèrent avec raison un véritable svstème de purisme. Aujour-
DES ntADUCTBURSi 433
(lliui encore il reste en Allemagne tout un parti littéraire qui vomirait remplacer chaque terme étranger par un mot allemand, par exemple celui de Doctor par celui de Jt'issmeister.
(243) Page 229.
Ou plutôt dans sa « Réponse à M, de la Condamine, » le jour de sa réception à l'Académie française (21 janvier 1761).
(244) Page 231.
On sait que la même affectation a régné assez longtemps parmi les dandies de l'Angleterre, qui, au lieu de dire : « A great groom , prononçaient « A gweat gwoom. »
(245) Page 243.
« Il y a dans le monde des institutions excellentes pour tenir les sots en respect et maîtriser le peuple, afin que les gens habiles soient plus à leur aise. Vues de près, ce sont pourtant de plaisantes institutions ; elles ressemblent, pour moi, à ces haies que nos paysans plantent prudemment autour de leurs champs pour empêcher les lièvres d'y entrer; et, en effet, aucun lièvre ne passe par là. Mais arrive leur gracieux seigneur, qui donne de l'éperon à son cheval et galope à travers toutes les espérances de moissons. » Schiller, les Brigands, I, 1.
(246) Page 244.
« Si l'adresse du voleur n'ennoblit pas le vol, la valeur du vol ennoblit le voleur. Il y a de l'infamie à vider une bourse ; il y a de l'impudence à manquer à sa foi pour un million, mais il y a une grandeur indicible à voler une couronne : la honte diminue quand le forfait grandit. » (Schiller, Fiesque, III, 2.)
(247) Page 245.
Cette anecdote est ici fortement altérée. Voici le fait véritable , qui n'a nullement un caractère odieux. La simplicité de manières de Grébillon, sa paresse insurmontable, avaient donné créance à cette fable ridicule que ses pièces n'étaient pas de lui, mais d'un frère qu'il avait chez les chartreux. Un jour, dans une société nombreuse, quelqu'un lui ayant demandé lequel de ses ouvrages lui paraissait le meilleur : « Je ne sais , répondit-il ; mais, ajouta-t-il en montrant son fils, voilà, je crois, le plus mauvais. — C'est, répliqua vivement celui-ci, que celui-là n'est pas du chartreux.... »
(248) Page 253.
La ville de Vienne a eu, pendant tout le siècle dernier, une mauvaise réputation en matière de goût ; malgré tous les encouragements donnés par le gouvernement d'alors à la culture des arts, elle est toujours restée en dehors du progrès de la grande époque littéraire.
DES 1HÀDUGTEURS. 435
Nîcolaï écrivait en i;(u : « L'Autriche ne nous a pas encore donné un seul auteur qui ail mérité L'attention du reste de l'Allemagne; le hou goût y est encore dans l'enfance. Schœoaich, Gottshed, hués partout ailleurs, \ passent encore pour des poètes. Comment pourraiton attendre d'un tel pays la production d'auteurs comiques et tragiques? Et, s'il venait à en produire, comme ils seraient misérables ! » On vit l'école appelée réaliste ou utilitaire y régner sans partage jusqu'à la fin du siècle, et, en 1796, Schiller, dans un distique à l'adresse de l'indolence sensuelle des Viennois, pouvait encore mettre dans la bouche du Danube ces mots : « Sur mes bords habite la nation des Phéaciens aux yeux brillants ; chez eux, chaque jour est un dimanche, le tourne-broche tourne au feu sans relâche. » C'est seulement au commencement de ce siècle que la grande école romantique put enfin pénétrer à Vienne et dissiper cette somnolence. Depuis cette époque, la partie allemande de l' Autriche a enrichi de plus d'un grand poëte le trésor littéraire de la patrie commune.
£49) Page 258.
Presque tous les poètes de l'école romantique ont été en même temps des critiques et des théoriciens. Ce n'est pas sans raison que Jean-Paul trouve leur critique essentiellement négative ; car ils ne veulent que de la nouveauté et attaquent toutes les grandes autorités littéraires, qu'elles appartiennent à l'antiquité ou qu'elles soient de leur siècle, dans quelque école qu'elles se rangent, Schiller et Wieland, aussi bien que Kotzebue
et Nicolaï ; ils n'épargnent que Shakespeare et Gœthe, qu'ils vénèrent comme des divinités. En dehors de leurs œuvres, il n'y a rien de bon que dans l'avenir, et l'avenir appartient à ceux qui sont jeunes. (Voyez notre préface.)
Bedlam, hôpital des fous à Londres.
C'est cette grossièreté que Schlegel trouve divine.
(252) Page 270.
Plusieurs mythologues ont prétendu que le centaure était le symbole de la supériorité de l'esprit sur la matière, de l'âme sur le corps.
(253) Page 271.
Jean-Paul reproche à ces poètes, non de l'immoralité, mais le choix de sujets non nationaux. A.-W. Schlegel et son frère Frédéric ont mérité ce blâme, le premier pour son Ion, et en voulant imposer les croyances de la Grèce païenne ; le second, en voulant intéresser, dans son Alarcos, aux exagérations du point d'honneur castillan. Mais Schiller, bien qu'il ait mis sur la scène des événements étrangers, reste toujours un poète national; les noms et le fond historique de ses pièces
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appartiennent, il esl vrai, à d'autres nations que l'Allemagne, niais ses caractères sont purement des caractères modernes, sans particularités étrangères, e1 (jiiï, en Allemagne, n'ont jamais choqué personne. Ses pièces sont encore jouées sur toutes les scènes, lues par tout le monde, tandis que Y Ion et X Alarcos ne sont plus connus que des littérateurs.
(254) Page 283.
Cette pensée brillante se trouve admirablement développée dans un morceau lyrique, à juste titre célèbre : Le dernier poète (Der letzte Dichter), par le poëte autrichien Anastasius Griin, comte d'Auersperg.
(255) Page 288.
Est-il besoin de rappeler qu'on donnait ce nom, chez les Grecs, au Doryphore, admirable statue de Polyclète, où toutes les proportions du corps humain étaient observées avec tant de bonheur, qu'on accourait de toutes parts l'étudier comme le modèle le plus achevé de la perfection plastique?
(256) Page 298.
« Il y a deux espèces de critiques, dit ailleurs Jean- Paul : les uns ont un goût bien formé, mais stérile, incapable d'aucune conception originale; ceux-là ne comprendront jamais rien aux œuvres du génie : tel est cet impuissant Boileau ; tel est aussi Voltaire, lorsqu'il