‹ Poésies compleÌ€tesChapitre 10 sur 48 · LA FILLE DE JEPIITB · texte numérisé non relu

LA FILLE DE JEPIITB

% Et, le jour de ma mort, nulle vierge jalouse Ne viendra demander de qui je fus l’épouse.

Quel guerrier prend pour moi le cilice et le deuil, Et seul vous pleurerez autour de mon cercueil. »

Après ces mots, l’armée assise tout entière Pleurait, et sur son front répandait la poussière. Jephté sous un manteau tenait ses pleurs voilés ; Mais, parmi les sanglots, on entendit : « Allez. »

Elle inclina la tète et partit. Ses compagnes.

Gomme nous la pleurons, pleuraient sur les montagnes; Puis elle vint s’offrir au couteau paternel.

— Voilà ce qu’ont chanté les filles d’Israël.

Écrit en 1824.

LA FEMME ADULTERE

POEME

« L’adultère attend le soir, et se dit ; « Ancan œil ne * me verra ; » et il se cache le visage, car la lumière est pour lui comme la mort. »

/oh>ch. XXIV, V. 15-17.

« Mon lit est paifumé d’aloès et de myrrhe ; L’odorant cinnamome et le nard de Palmyre Ont chez moi de TÉgypte embaumé les tapis. J’ai placé sur mon front et l’or et le lapis; Venez, mon bien-aimé, m’enivrer de délices Jusqu’à l’heure où le jour appelle aux sacrifices Aujourd’hui que l’époux n’est plus dans la cité, Au nocturne bonheur soyez donc invité;

•74 POÉSIES COMPLETES d’ALFRED DE VIGNV.

Il est allé bien loin. » — C’était ainsi dans l’ombre,

S^ir les toits aplanis et sous l’oranger sombre,

(iu’une femme parlait^ et son bras abaiss-^

Montrait la porte étroite à l’amant empressé.

Il a franchi le seuil où le cèdre s’entr’ouvre.

Et qu’un verrou secret rapidement recouvre;

Puis ces mots ont frappé le cyprès des lambris :

« Voilà ces yeux si purs dont mes yeux sont épris I Votre front est semblable au lis de la vallée,

De vos lèvres toujours la rose est exhalée.

Que votre voix est douce et douces vos amours !

Oh ! quittez ces colliers et ces brillants atours I

— Non; ma main veut tarir cette humide rosée Que Pair sur vos cheveux a longtemps déposée •

C’est pour moi que ce front s’est glacé sous la nuit!

— Mais ce cœur est brûlant, et l’amour l’a conduit.

Me voici devant vous, ô belle entre les belles ! Qu’importent les dangers? que sont les nuits cruelles Quand du palmier d’amour le fruit va se cueillir.

Quand sous mes doigts tremblants je le sens tressaillir?

— Oui... Mais d’où vient ce cri, puis ces pas sur la pierre?

— C’est un des fils d’Aaron qui sonne la prière.

Eh quoi! vous pâlissez! Que le feu du baiser Consume nos amours qu’il peut seul apaiser,

Qu’il vienne remplacer cette crainte farouche,

Et fermer au refus la pourpre de ta bouche ! ... »

On n’entendit plus rien, et les feux abrégés Dans les lampes d’airain moururent négligés.

LA FEMME ADULTÈRE

Quand le soleil levant embrasa la campagne Et les verts oliviers de la sainte montagne,

A cette heure paisible où les chameaux poudreux Apportent du désert leur tribut aux Hébreux; Tandis que, de sa tente ouvrant la blanche toile, Le pasteur qui de Taube a vu pâlir l’étoile Appelle sa famille au lever solennel.

Et salue en ses chants le jour et l’Éternel;

Le séducteur, content du succès de son crime, Fuit l’ennui des plaisirs et sa jeune victime.

Seule, elle reste assise, et son front sans couleur Du remords qui s’approche a déjà la pâleur;

Elle veut retenir cette nuit, sa complice.

Et la première aurore est son premier supplice : Elle vit tout ensemble et la faute et le lieu, S’étonna d’elle-même et douta de son Dieu.

Elle joignit les mains, immobile et muette,

Ses yeux toujours fixés sur la porte secrète:

Et semblable à la mort, seulement quelques pleurs Montraient encor sa vie en montrant ses douleurs. Telle Sodome a vu cette femme imprudente Frappée au jour où Dieu veisa la pluie ardente,

Et, brûlant d’un seul feu deux peuples détestes, Éteignit leurs palais dans des flots empestés :

Elle voulut, bravant la céleste défense,

Voir une fois encor les lieux de son enfance,

Ou, peut-être, écoutant un cœur ambitieux,

Surprendre d’un regard le grand secret des deux;

\Iais son pied tout à coup, à la fuite inhabile.

Se fixe, elle pâlit sous un sol immobile,

Et le juste vieillard, en marchant vers Ségor,

N’entendit plus ses pas qu’il écoutait encor.

Tel est le front glacé de la Juive infidèle.

Mais quel est cet enfant qui paraît auprès d’elle?

Il voit des pleurs, il pleure, et, d’un geste incertain, Demande, comme hier, le baiser du matin.

Sur ses pieds chancelants il s’avance, et, timide,

De sa mère ose enfin presser la joue humide.

Qu’un baiser serait douxl elle veut l’essayer;

Mais l’époux, dans le fils, la revient effrayer; Devant ce lit, ces murs et ces voûtes sacrées,

Du secret conjugal encore pénétrées.

Où vient de retentir un amour criminel,

Hélas! elle rougit de l’amour maternel,

Et tremble de poser, dans cette chambre austère, Sur une bouche pure une lèvre adultère.

LA FEMME ADULTERE

Elle voulut parler, mais les sons de sa voix, Sourds et demi-formés, moururent à la fois,

Et sa parole éteinte et vaine fut suivie D’un soupir qui sembla le dernier de sa vie. Elle repousse aiors son enfant étonné,

Tant la honte a rempli son cœur désordonné î Elle entr’ouvre le seuil, mais là tombe abattue, Telle que de sa base une blanche statue.

Ce jour-là, des remparts^ on voyait revenir Un voyageur parti pour la ville de Tyr.

Sa suite et ses chevaux montraient son opulence,

Guidés nonchalamment par le fer d’une lance, Fléchissaient sous leur poids, et l’onagre rayé.

Et l’indolent chameau, par son guide effrayé;

Et douze serviteurs, suivant l’étroite voie.

Courbaient leurs fronts brûlés sous la pourpre et la sole; Et le maître disait : « Maintenant, Séphora Cherche dans l’horizon si l’époux reviendra;

Elle pleure, elle dit : « Il est bien loin encore!

» Des feux du jour pourtant le désert se colore!

» Et du côté de Tyr je ne l’aperçois pas. »

Mais elle va courir au-devant de mes pas;

Et je dirai : « Tenez, )ivrez-vou3 à la joie!

» Ces présents sont pour vous, et la pourpre et la soir » Et les moelleux tapis, et Tambre précieux^

» Et L*^cier des miroirs que souhaitaient vos yeux, r Voilà ce quhl disait, et de Sien la sainte Traversait à grands pas la tortueuse enceinte.

Tout Juda cependant, aux fêtes introduit.

Vers le temple, en courant^ se pressait à grand bruit : Les vieillards, les enfants, les femmes affligées.

Dans les longs repentirs et les larmes plongées.

Et celles que frappait un mal secret et lenL Et Taveugle aux longs cris, et le boiteux tremblant,

Et le lépreux impur, le dégoût de la terre,

Tous, de leurs maux guéris racontant le mysitère,

Aux pied^te leur Sauveur l’adoraient prosternés.

Lui, né dans les ^uleurs, roi des infortunés.

D’une féconde hiain prodiguaitlles miracles,

Et de sa voix sortait une source d’oracles :

De la vie avec l’homme il partageait l’émèiFh Venait trouver le pauvre et s’égalait^ lui. Quelques hommes, formés à sf divine école.

Nés simples et grossiers, mais forts de sa parole.

LA FEMME ADULTÈRE

Le suivaient lentement, et son front sérieux Portait les iHiix divins en bandeaux glorieux.

?ar ses cheveux épars une femme entraînée,

Qu’entoure avec clameur la foule déchaînée,

Paraît : ses yeux brûlants au ciel sont dirigés.

Ses yeux, car de longs fers ses bras nus sont chargés. Devant le Fils de l’Homme on l’amène en tumulte,

Puis, provoquant l’erreur et méditant l’insulte.

Les scribes assemblés s’avancent, et l’un d’eux :

« Maître, dit-il, jugez de ce péché hideux ;

€ette femme adultère est coupable et surprise :

Que doit faire Israël de la loi de Moïse? »

Et l’épouse infldèle attendait^ et ses yeux Semblaient chercher encor quelque autre dans ces lieux El la pierre à la main, la foule sanguinaire S’appelait, la montrait : « C’est la femme adultère ! Lapidez-la : déjà le séducteur est mort 1 »

Et la femme pleura.— Mais le juge d’abord:

« Qu’un homme d’entre vous, dit- il, jette une pierre S’il se croit sans péché, qu’il jette la première. »

H dit, et, s’écartant des mobiles Hébreux,

^])aisés par ces mots et déjà moins nombreux.

so

Son doigt mystérieux, sur Tarene légère. Écrivait une langue aux hommes étrangère, En caractères saints dans le Ciel retracés... Quand il se releva, tous s’étaient dispersés.

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